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PARIS : Bernard Bertucco Van Damme : « La France manque de compétences, pas de projets industriels »
Face à l’ambition de l’exécutif d’accélérer les démarches pour 150 projets industriels et agricoles, une voix critique s’élève pour dénoncer une approche jugée superficielle et dangereusement déconnectée des réalités productives.
La France ne souffre pas d’un manque de projets, mais d’une profonde érosion de son outil industriel et, plus grave encore, des compétences humaines qui le font vivre.
L’analyse part d’une comparaison présidentielle devenue le symbole de cette méprise.
« Rien ne justifie que nous soyons une nation qui sait faire en cinq ans la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris et qui parfois met plus de cinq ans à faire un projet industriel ou un poulailler », a affirmé Emmanuel Macron.
Une déclaration qui, selon l’auteur, résume une vision erronée, réduisant le défi colossal de la réindustrialisation à une simple question de délais administratifs.
Une analogie trompeuse
Comparer la reconstruction d’un monument emblématique, aussi complexe soit-elle, à la renaissance d’un écosystème productif est une erreur fondamentale. Un chantier, même prestigieux, a un début et une fin. Une industrie, elle, est un organisme vivant, qui innove, produit et se bat sur les marchés en continu. Penser qu’il suffit d’appliquer la « méthode Notre-Dame » en accélérant les procédures revient à ignorer la racine du mal : la France n’a pas seulement perdu du temps, elle a perdu son savoir-faire.
On ne peut décréter la création de « cathédrales industrielles » en oubliant que pendant trente ans, le pays a fermé des usines, démantelé des ateliers, abandonné des centres de recherche et développement et laissé les filières techniques se vider. L’hémorragie de talents a laissé des cicatrices profondes, et les incantations politiques ne suffiront pas à remplacer des milliers d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers hautement qualifiés partis ou non formés.
Le véritable enjeu : la perte des compétences
Une industrie ne se résume pas à un slogan politique, à un ruban inaugural coupé devant les caméras ou à un décret de simplification. Elle repose sur un triptyque essentiel et interdépendant : innover, fabriquer et vendre. Chacune de ces étapes exige un écosystème robuste que la France a laissé s’affaiblir.
L’innovation demande des années de recherche, de prototypage et de savoir-faire accumulé dans des bureaux d’études et des laboratoires. La fabrication requiert des machines performantes, des chaînes d’approvisionnement fiables, des opérateurs formés, des sous-traitants de qualité et une maîtrise parfaite des normes. La vente, enfin, suppose une stratégie commerciale agressive, un accès aux marchés et une compétitivité réelle, basée sur la qualité et le prix, et non sur une volonté politique théorique.
Une classe politique déconnectée de la réalité productive
Ce triptyque ne peut fonctionner sans les compétences humaines qui en sont le moteur. Or, c’est précisément ce maillon essentiel qui fait défaut aujourd’hui. L’auteur pointe une déconnexion de la classe dirigeante, accusée de parler de l’industrie comme d’un concept abstrait, sans jamais avoir affronté la réalité matérielle d’une ligne de production, d’une gestion de stock ou d’une panne machine.
Cette méconnaissance profonde conduirait à des politiques qui traitent les symptômes, comme la lenteur administrative, sans jamais s’attaquer à la maladie : la disparition du tissu de compétences. Tant que ceux qui décident continueront de confondre un chantier exceptionnel avec la complexité d’un écosystème industriel vivant, la réindustrialisation risque de rester une ambition de discours plutôt qu’une réalité économique tangible et durable pour le pays.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME (PRESSE AGENCE – LA GAZETTE DU VAR) via Press Agence.


