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PARIS : Clara ANGUENOT : « Prêter l’oreille à la forêt devient un geste de soin »
Le festival Les Nuits des Forêts revient du 5 au 21 juin 2026 pour une 7e édition axée sur l’écoute des sons du vivant dans les forêts françaises.
Pour sa septième édition, qui se tiendra du 5 au 21 juin prochains, le festival Nuits des Forêts invite le public à se mettre « à l’écoute des vivants ». Dans plus de 250 sites en France métropolitaine et en Outre-mer (La Réunion, Nouvelle-Calédonie, Mayotte), des centaines d’événements gratuits proposeront une immersion sensorielle pour redécouvrir la forêt et comprendre les enjeux qui la traversent. Cette année, l’accent est mis sur le paysage sonore comme témoin de la santé des écosystèmes, dans un contexte de bouleversements climatiques et d’érosion de la biodiversité.
« Au temps où les forêts subissent les désordres du climat et le vacarme du monde humain, prêter l’oreille devient un geste de soin. C’est aussi entendre ce qui s’exprime dans le monde vivant, et les voix de celles et ceux qui veillent sur lui », souligne Clara Anguenot, co-fondatrice des Nuits des Forêts.
Une écoute essentielle face à l’urgence écologique
Le constat scientifique est alarmant. Selon l’Office national des forêts, la mortalité des arbres a augmenté de 80 % en dix ans en France, et près de 670 000 hectares sont considérés comme dépérissants. Ces chiffres traduisent une transformation silencieuse mais profonde des milieux forestiers. Le son devient alors un indicateur précieux de cette évolution. Plusieurs travaux en bioacoustique et éco-acoustique ont démontré un appauvrissement dramatique des paysages sonores naturels. Bernie Krause, musicien et scientifique américain, référence mondiale en la matière, alertait déjà en 2023 : « Près de 70 % de mes enregistrements proviennent d’habitats qui ont aujourd’hui disparu ». Écouter la forêt n’est donc plus seulement une expérience poétique, mais un acte de vigilance pour percevoir des signaux souvent imperceptibles à l’œil nu.
Ressentir, comprendre et agir sur le terrain
Le festival propose une multitude d’activités pour tous les publics : balades guidées, sorties crépusculaires, veillées, ou encore des concerts en pleine nature. Ces moments sont conçus pour favoriser la rencontre avec les acteurs du monde forestier, qui partagent leur savoir-faire et leur observation quotidienne des changements. « Être à l’écoute de la forêt, c’est apprendre à mieux comprendre tout ce qu’elle nous dit de son équilibre, de sa diversité, mais aussi de ses usages. Pour PEFC France, cette attention est essentielle, car une forêt durable est une forêt que l’on gère en tenant compte à la fois du vivant, de celles et ceux qui y travaillent, et des besoins de la société », explique Christine De Neuville, forestière et Présidente de PEFC France, partenaire du festival.
Pour aller au-delà de la simple observation, une campagne pédagogique est déployée en partenariat avec des programmes scientifiques comme SonoSylva. Ce dernier développe des outils d’analyse des paysages sonores pour mesurer l’impact des activités humaines. « Les enregistrements de SONOSYLVA permettront de mesurer l’espace occupé par les bruits au sein des paysages sonores, une étape indispensable à la protection de ce patrimoine commun de la nation », précise Nicolas Hette-Tronquart, chargé de mission recherche à l’Office Français de la Biodiversité.
Enfin, pour ceux qui souhaitent s’engager concrètement, le mouvement « Wooding », inspiré du wwoofing et lancé par l’association en 2024, propose des chantiers participatifs où des bénévoles peuvent aider les forestiers dans leurs tâches quotidiennes. Plus d’informations sont disponibles sur le site du festival.
La forêt, source d’inspiration artistique
L’art occupe une place centrale dans la programmation, utilisant le son comme matière première de création. Des concerts, installations et performances inviteront le public à vivre l’écoute comme une expérience esthétique. « Dans un contexte de fragilisation des écosystèmes, l’écoute des sons du vivant associée au pouvoir émotionnel de la musique devient ici un geste de reconnexion, invitant chacun à retisser un lien sensible avec le vivant », commente Thomas Cochini (Tomkin), artiste compositeur et lauréat de l’appel à résidences des Nuits des Forêts.
Parmi les temps forts, on retrouvera un concert des Chanteurs d’Oiseaux en Seine-Maritime, une immersion sonore mêlant field recording et composition électronique en Loire-Atlantique ou encore une expérience théâtrale dans le Parc national de forêts. Nouveauté de l’édition 2026, trois résidences de création artistique sont lancées pour approfondir le dialogue entre art, science et forêt, dont les restitutions auront lieu pendant le festival.
L’agenda complet de cette 7e édition des Nuits des Forêts sera mis en ligne fin avril sur le site officiel de l’événement : www.nuitsdesforets.com.


