PARIS : IA souveraine – Un décalage entre les ambitio…
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PARIS : IA souveraine – Un décalage entre les ambitions et la réalité des entreprises françaises
Une étude Red Hat révèle un fossé entre l’ambition des entreprises françaises pour une IA souveraine et leur préparation réelle.
PARIS – Alors que l’intelligence artificielle (IA) s’impose comme un enjeu stratégique majeur, une nouvelle étude publiée ce jeudi 16 avril par Red Hat (https://www.redhat.com/fr), leader mondial des solutions open source, met en lumière une dichotomie préoccupante au sein des entreprises françaises. Si l’aspiration à une IA souveraine est forte, la préparation opérationnelle et la gouvernance des données peinent à suivre, créant un risque de perturbation significatif.
L’enquête, menée auprès de 500 décideurs informatiques en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas, montre que la souveraineté de l’IA – c’est-à-dire le contrôle total sur les données, les infrastructures et les fournisseurs – est devenue une priorité. Cependant, les résultats révèlent un écart notable entre la confiance affichée et la résilience effective des organisations.
Un optimisme de façade face au risque de dépendance
Le chiffre est éloquent : 61 % des décideurs informatiques français affirment disposer d’une « stratégie de sortie » prête à être déployée en cas de restriction d’accès imposée par leur principal fournisseur d’IA. Pourtant, cet optimisme est à nuancer. Près de quatre entreprises sur dix (37 %) reconnaissent qu’une telle transition aurait un impact « modéré à important » sur la continuité de leurs activités. Ce décalage suggère que de nombreuses stratégies de secours restent théoriques et pourraient s’avérer difficiles à mettre en œuvre en cas de crise, exposant les entreprises à une forte dépendance technologique.
« Les plateformes d’IA sont de plus en plus intégrées aux infrastructures critiques des organisations françaises. Bon nombre de ces organisations ont élaboré des stratégies de sortie pour se préparer à tout problème éventuel. Mais notre étude révèle que mettre en œuvre ces stratégies de transition sans que cela n’engendre de perturbations reste difficile », analyse Rémy Mandon, Country Manager, France, chez Red Hat.
L’IA agentique en plein essor, la gouvernance à la traîne
L’étude souligne une adoption massive de l’IA agentique, ces systèmes capables d’agir et de lancer des processus de manière autonome. La France se positionne même en tête des pays européens sondés, avec 91 % des entreprises déclarant utiliser déjà cette technologie.
Toutefois, cette avance technologique ne s’accompagne pas d’un cadre de gouvernance à la hauteur. Seul un tiers des répondants (34 %) affirment avoir mis en place des cadres de gouvernance solides. À l’inverse, 29 % disposent d’une gouvernance partielle et 26 % admettent n’avoir qu’une gouvernance basique ou minimale. Ce manque de contrôle structuré dans un contexte d’adoption accélérée expose les entreprises à des risques opérationnels et de conformité non négligeables.
Le défi de la visibilité et du contrôle des données
La souveraineté repose avant tout sur la maîtrise des données. Or, l’enquête révèle une lacune majeure dans ce domaine. Si la moitié (50 %) des organisations françaises déclarent une visibilité totale sur le stockage et le traitement de leurs données, une part très importante (41 %) admet n’avoir qu’une visibilité partielle. Pour ces entreprises, une souveraineté complète reste un objectif lointain, car on ne peut contrôler ce que l’on ne voit pas.
« Dans la zone EMEA, les discussions au sein des conseils d’administration ne tournent plus autour de l’expérimentation de l’IA mais se focalisent désormais sur la manière de déployer l’IA pour répondre aux exigences de souveraineté, de sécurité et de réglementation », commente Hans Roth, Senior Vice President & General Manager EMEA, chez Red Hat.
L’open source plébiscité comme levier de souveraineté
Face à ces défis, les entreprises françaises voient dans l’open source une solution crédible pour regagner en contrôle. Trois quarts des décideurs (75 %) estiment que les technologies ouvertes sont un moyen efficace d’éviter la dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique. Pour les trois prochaines années, ils identifient plusieurs avantages clés de l’open source pour une IA de confiance : une meilleure transparence et auditabilité (80 %), une personnalisation accrue pour répondre aux besoins métiers (74 %) et un meilleur contrôle sur les processus de développement (75 %).
Fait notable, si 70 % des répondants français souhaitent que les politiques publiques imposent les principes de l’open source pour garantir la souveraineté, ce chiffre place la France en retrait par rapport à ses voisins européens (moyenne de 77 %) et loin derrière le Royaume-Uni (89 %).
L’étude, menée par le cabinet Censuswide entre le 20 et le 25 mars 2026, souligne ainsi l’urgence pour les entreprises françaises de passer de l’ambition à l’action en alignant leurs stratégies d’IA avec des cadres de gouvernance robustes et des choix technologiques garantissant une réelle autonomie.


