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WASHINGTON : Kevin URAMA : « Ne pas céder à la panique face aux crises du Moyen-Orient »
Un rapport de la BAD et ses partenaires alerte sur l’impact des crises du Moyen-Orient, qui pourraient coûter 0,2 point de croissance à l’Afrique.
Les tensions persistantes au Moyen-Orient pourraient amputer la croissance économique africaine de 0,2 point de pourcentage en 2026. Telle est la conclusion alarmante d’un document de politique conjoint présenté ce mardi 15 avril 2026 à Washington DC, en marge des réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. L’étude, intitulée « Impacts du conflit au Moyen-Orient sur les économies africaines », est le fruit d’une collaboration entre la Commission de l’Union africaine, le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Elle souligne la vulnérabilité du continent, à peine remis des chocs successifs de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine.
Le rapport complet est accessible via les liens suivants :
– Document 1 : https://apo-opa.co/4mBpy5u
– Document 2 : https://apo-opa.co/484mxEK
Un continent résilient mais fragilisé
Si le continent africain a montré une capacité de résistance notable face aux crises récentes, les conflits au Proche-Orient surviennent dans un contexte de fragilité macroéconomique accrue.
« Le rapport rappelle que le continent fait preuve d’une très grande résilience », a souligné Francisca Tatchouop Belobe, commissaire de l’Union africaine chargée de l’Économie.
Toutefois, cette résilience est mise à l’épreuve par des défis structurels persistants, notamment une inflation élevée, des risques de refinancement de la dette et des marges de manœuvre budgétaires réduites. Les économies africaines, encore très dépendantes des financements extérieurs et des importations de denrées alimentaires, d’énergie et d’engrais, se trouvent particulièrement exposées.
Hydrocarbures, commerce et devises : les principaux vecteurs d’impact
Le rapport identifie plusieurs canaux de transmission des effets de la crise. Le plus direct concerne l’envolée des prix des hydrocarbures, des produits alimentaires et des engrais.
« 80 % du pétrole importé en Afrique vient de cette zone ainsi que 50 % du pétrole raffiné », a précisé Claver Gatete, secrétaire exécutif de la CEA.
Conséquence directe, 31 pays africains enregistrent déjà une dépréciation de leur devise.
Kevin Urama, l’économiste en chef du Groupe de la Banque africaine de développement, a également mis en exergue les perturbations du commerce mondial et des chaînes logistiques, citant l’exemple de la fermeture potentielle du détroit d’Ormuz et ses conséquences majeures pour le transport maritime. S’ajoute à cela la volatilité des marchés des capitaux et des changes, qui freine les investissements et les flux financiers vers le continent.
Des recommandations pour une gestion de crise prudente
Face à cette situation, l’économiste en chef de la BAD a lancé un appel au calme, exhortant les gouvernements africains à « ne surtout pas céder à la panique en prenant des décisions précipitées, préjudiciables à leurs équilibres budgétaires ». Le document préconise une série de mesures pour naviguer la crise. Il conseille une gestion stratégique de l’inflation, une discipline budgétaire rigoureuse, notamment par une gestion prudente des recettes exceptionnelles pour les pays exportateurs de pétrole, et un contrôle renforcé de la dette. Le rapport recommande aussi le déploiement de mesures de protection sociale temporaires et ciblées pour les populations les plus vulnérables, tout en mettant en garde contre les subventions généralisées qui pourraient creuser les déficits à long terme. La diversification des sources d’approvisionnement et le renforcement du commerce intrarégional sont également cités comme des leviers de résilience essentiels.
Un appel à la coordination et à l’innovation
Au-delà des réponses immédiates, les organisations appellent à des réformes structurelles. L’accélération de l’opérationnalisation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et le renforcement de la mobilisation des capitaux domestiques, via la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), sont jugés prioritaires.
« Nous devons œuvrer à ce que les Objectifs de développement durable dans le cadre de l’agenda 2030 et de l’Agenda 2063 soient atteints », a insisté la vice-secrétaire générale des Nations unies, Amina J. Mohammed.
Pour sa part, Marie-Laure Akin-Olugbagde, vice-présidente principale de la BAD, a insisté sur la « nécessité d’une coordination globale car, aucun pays ni institution ne peut faire face seule aux chocs ».
Un sentiment partagé par Ahunna Ezioknwa, directrice du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique : « Les chocs nous touchent profondément et nous n’avons pas le choix que d’être résilients et les pays africains ont les moyens de réagir. Nous avons besoin, en Afrique, de gagner la lutte pour l’indépendance énergétique… Il nous faut investir dans les solutions nationales et inciter les jeunes à s’investir dans l’innovation, le numérique et l’intelligence artificielle ».
via Press Agence.


