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PARIS : Mediapart – « Une atteinte d’une exceptionnelle gravité à la vie privée de Rima Hassan »

L’eurodéputée LFI Rima Hassan a fait l’objet d’une surveillance policière massive dans le cadre d’une enquête pour apologie du terrorisme.

Selon des informations révélées ce jeudi 16 avril par Mediapart, des moyens d’enquête d’une ampleur exceptionnelle ont été déployés pour surveiller l’eurodéputée La France insoumise (LFI), Rima Hassan. Dans le cadre d’une enquête pour apologie de terrorisme ouverte le 27 mars 2026 par le parquet de Paris, la ligne téléphonique de l’élue a été géolocalisée sur une période de trois mois, bien avant les faits qui lui sont reprochés, suscitant l’indignation de sa défense qui dénonce une procédure disproportionnée.

L’affaire débute le 26 mars, suite à un message publié sur le réseau social X par Rima Hassan, citant le terroriste Kozo Okamoto, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et l’un des auteurs de l’attentat de l’aéroport de Tel-Aviv en 1972. Dès le lendemain, le parquet de Paris a ouvert une enquête en flagrance, confiant les investigations au 2ème district de la police judiciaire.

Une surveillance rétrospective et intrusive

Plutôt que de procéder à une simple convocation, les enquêteurs ont mis en place un dispositif de surveillance de grande envergure. Ils ont sollicité l’opérateur téléphonique de Rima Hassan pour obtenir sa géolocalisation sur une période s’étendant du 1er janvier au 28 mars 2026. Les faits reprochés datant du 26 mars, la surveillance a donc couvert près de trois mois d’activité précédant le message incriminé.

Le détail des investigations révèle un suivi méticuleux des moindres faits et gestes de l’élue. Ses déplacements ont été consignés de manière exhaustive : des vacances à l’étranger début janvier, son retour à Paris, ses trajets à Saint-Denis, dans l’Oise, à Bruxelles pour ses fonctions parlementaires, à Strasbourg pour les sessions du Parlement européen, ou encore à Lyon le 14 février. Les enquêteurs ont également interrogé les fichiers de l’Agence nationale des données de voyage (ANDV) et réquisitionné ses historiques de trajets auprès de la SNCF et de Thalys. L’agence de coopération policière européenne, Europol, a même été sollicitée.

L’immunité parlementaire contournée

Le cadre de l’enquête en flagrance a permis aux autorités de contourner l’immunité parlementaire dont bénéficie Rima Hassan. Cette procédure, normalement réservée aux cas où il est nécessaire d’éviter la fuite d’un suspect ou la dissimulation de preuves, est vivement contestée par la défense et des élus LFI.

Pour son avocat, Maître Vincent Brengarth, ces méthodes sont injustifiables.

« Il n’existe aucune justification à ces mesures, à plus forte raison compte tenu de la date du début de la géolocalisation en janvier 2026, alors que le message qui lui est reproché date du 26 mars », dénonce-t-il.

Il estime ces investigations « totalement disproportionnées ».

« Cela porte une atteinte d’une exceptionnelle gravité non seulement à la vie privée de Rima Hassan, mais aussi à son activité en tant que parlementaire. Ce volet procédural, sans même évoquer le fond du dossier, porte clairement atteinte à son immunité parlementaire », poursuit l’avocat.

Une « répression d’opposante politique »

L’élue elle-même rapporte un épisode troublant survenu lors de sa garde à vue le 2 avril.

« Lorsque mes affaires ont été inventoriées, un policier s’est étonné de constater que j’avais seulement un iPad, et pas mon téléphone. Il m’a indiqué savoir que je l’avais quelques minutes avant à gare du Nord », explique Rima Hassan.

Les procès-verbaux confirment que sa ligne était encore tracée le matin même de sa convocation, alors qu’elle se rendait volontairement dans les locaux de la police. Face à ce qu’elle qualifie de fiasco judiciaire, l’eurodéputée voit dans ce traitement une manœuvre politique.

« Toute cette investigation et le traitement qui m’a été réservé montrent que cette procédure s’inscrit surtout dans une répression d’opposante politique. C’est inquiétant que cela se produise dans un État démocratique », a-t-elle déclaré.

Rima Hassan a annoncé son intention de saisir le rapporteur indépendant des Nations unies ainsi que le Parlement européen.

Contactés par Mediapart, le parquet de Paris n’a pas souhaité commenter ces investigations, indiquant que le point « pourra être débattu à l’audience », tandis que le service de presse du Parlement européen a rappelé qu’il ne commente pas les procédures judiciaires en cours.

via Press Agence.