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PARIS : Ondine SUAVET : « Combien ça coûte de ne pas passer…

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PARIS : Ondine SUAVET : « Combien ça coûte de ne pas passer à l’électrique ? »

Trois décisions politiques récentes consacrent l’autoconsommation solaire comme le nouveau modèle économique pour les foyers français.

Une véritable convergence réglementaire vient de redéfinir le paysage de l’énergie pour les particuliers en France. En l’espace de quelques jours, la publication quasi simultanée du plan d’électrification du gouvernement, du rapport Lévy-Tuot sur la compétitivité de la filière et du nouvel arrêté tarifaire S21 sur le surplus solaire a consacré un changement de paradigme majeur : celui de la maison productrice et gestionnaire de sa propre énergie. Pour les millions de foyers concernés, la question n’est plus de savoir s’il faut passer à l’électrique, mais plutôt de mesurer le coût de l’inaction.

Une convergence réglementaire historique

Trois signaux forts, émis par la puissance publique, façonnent ce nouveau cadre. Premièrement, le plan d’électrification des usages, porté par le ministre Sébastien Lecornu, fixe des objectifs ambitieux avec un investissement de 10 milliards d’euros par an d’ici 2030. Il prévoit l’installation d’un million de pompes à chaleur par an, l’interdiction des chaudières à gaz dans les constructions neuves et l’accélération du passage au véhicule électrique, notamment via le leasing social.

Deuxièmement, le rapport Lévy-Tuot, auquel a contribué l’entreprise mylight150 via le collectif LUCIOLE et le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER), vient apporter des outils fiscaux et financiers concrets pour accompagner ce mouvement. Il recommande ainsi l’application d’un taux de TVA réduit à 5,5 % sur les batteries de stockage résidentielles et la création d’un prêt à taux zéro pour les ménages s’équipant d’une installation solaire combinée à une solution de stockage.

Enfin, l’arrêté S21, présenté cette semaine en Conseil Supérieur de l’Énergie, acte la fin du modèle basé sur la revente. En fixant le tarif de rachat du surplus d’électricité solaire à seulement 1,1 centime d’euro par kilowattheure (ct/kWh) et en supprimant les primes à l’autoconsommation, il rend la revente anecdotique.

Un basculement du modèle de valorisation

L’impact de ces mesures est direct : la valeur de l’énergie solaire ne réside plus dans ce que l’on injecte sur le réseau, mais dans ce que l’on parvient à consommer soi-même. Ce basculement consacre l’autoconsommation comme le modèle économique dominant pour les particuliers. Le gisement est immense : la France compte 21 millions de maisons individuelles, qui représentent 20 % de la consommation d’énergie finale du pays. Pour ces foyers, dont 95 % possèdent au moins un véhicule, l’essentiel des dépenses énergétiques se concentre sur trois postes (eau chaude, chauffage et mobilité), dont 80 % peuvent être pilotés automatiquement. C’est précisément cette flexibilité que les nouvelles réglementations visent à exploiter.

Le pilotage intelligent, clé de voûte du système

L’électrification massive des usages n’atteindra sa pleine efficacité que si la consommation est synchronisée avec les moments où l’électricité est abondante et peu coûteuse, typiquement la production solaire en milieu de journée. C’est là qu’intervient le pilotage intelligent, véritable maillon manquant de la transition. Une pompe à chaleur pilotée pour fonctionner prioritairement lorsque le soleil brille peut générer jusqu’à 30 % d’économies sur la facture de chauffage. De même, un véhicule électrique rechargé grâce aux panneaux solaires voit son coût de « carburant » tendre vers zéro.

Les bénéfices sont déjà documentés chez les ménages équipés de ces technologies. Certains foyers combinant véhicule électrique et pompe à chaleur pilotés ont ainsi économisé 350 euros en seulement huit mois. D’autres, en autoconsommation, perçoivent même des revenus mensuels automatiques en participant à l’équilibre du réseau électrique grâce à la flexibilité offerte par leur installation.

« On parle beaucoup du coût de la transition énergétique. Mais pour les ménages qui ont électrifié leurs usages et appris à consommer au bon moment, la facture a baissé, parfois de plusieurs centaines d’euros par an. La vraie question n’est plus “est-ce que ça coûte trop cher de passer à l’électrique ?” C’est “combien ça coûte de ne pas y passer ?” », analyse Ondine Suavet, fondatrice et CEO de mylight150 et responsable du GT Autoconsommation au SER.