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PARIS : Eric DARROUZET : « Les pièges faits maison sont ine…

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PARIS : Eric DARROUZET : « Les pièges faits maison sont inefficaces et destructeurs »

Face à la progression du frelon asiatique, l’association Prosane alerte sur les dangers des pièges amateurs, néfastes pour la biodiversité.

Alors que le frelon asiatique étend son territoire en France, l’Association des Professionnels de la Protection de la Santé et des Environnements (Prosane) lance une mise en garde ce mardi 14 avril 2026. Elle alerte sur les dérives des solutions de piégeage artisanales, souvent partagées sans discernement, qui s’avèrent non seulement inefficaces mais également dangereuses pour l’écosystème. Face à cette espèce invasive, qui menace à la fois les insectes pollinisateurs et la sécurité publique, le recours à des professionnels formés reste la seule approche jugée responsable et efficace.

Pour éclairer le public, Eric Darrouzet, enseignant-chercheur à l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (IRBI, Université de Tours) et membre du comité scientifique de Prosane, détaille les risques de ces fausses bonnes idées.

Un désastre pour la biodiversité

L’expert est formel quant à l’inefficacité et la nocivité des pièges « faits maison ». « Ils sont à la fois inefficaces contre le frelon asiatique et très destructeurs pour la biodiversité », affirme Eric Darrouzet. Les conseils populaires, comme l’usage de bouteilles en plastique contenant un liquide sucré, causent des dommages collatéraux considérables. Les données scientifiques sont alarmantes : pour une capture de deux à trois frelons asiatiques, ce sont entre 1 500 et 2 000 autres insectes, souvent utiles, qui périssent chaque semaine dans un seul piège.

Ces dispositifs non sélectifs déciment des populations de papillons, de mouches et d’autres pollinisateurs essentiels, aggravant un déclin déjà critique. Les études montrent en effet que près de 74 % de la biomasse d’insectes a disparu au cours des cinquante dernières années. Pire encore, ces pratiques peuvent être contre-productives : « Les insectes capturés libèrent des phéromones lors de leur noyade, susceptibles d’attirer davantage les frelons à proximité », précise le chercheur. Il conclut sans appel : « Ces pratiques donnent une illusion d’action mais elles aggravent en réalité le problème au lieu de le résoudre ».

Un piégeage utile mais strictement encadré

Le piégeage n’est cependant pas à proscrire totalement, à condition d’être mis en œuvre dans un cadre strict et collectif. Selon Eric Darrouzet, son utilité est conditionnée à plusieurs impératifs : il doit s’agir de campagnes organisées, menées généralement entre début mars et fin mai, en utilisant exclusivement des pièges sélectifs qui ne provoquent pas la noyade. Ces opérations exigent une gestion quotidienne avec des relevés réguliers et, surtout, la libération systématique de tous les insectes non ciblés qui pourraient y être capturés. Une telle rigueur est rarement compatible avec une initiative individuelle.

Prévention et professionnalisme : les seules solutions viables

La meilleure stratégie pour les particuliers reste la surveillance active et préventive. Il est conseillé d’inspecter régulièrement les lieux propices à l’installation des nids primaires, de petite taille au printemps : abris de jardin, nichoirs, boîtes aux lettres, haies ou encore dessous de toiture. Si un nid embryonnaire peut parfois être détruit par un particulier avec d’infinies précautions, l’intervention d’un professionnel devient absolument impérative dès que la colonie se développe. Un nid peut en effet abriter plusieurs centaines d’individus extrêmement agressifs si leur habitat est menacé. Les experts disposent d’équipements de protection spécifiques, bien supérieurs aux simples combinaisons d’apiculteurs, et de la connaissance comportementale nécessaire pour opérer en toute sécurité.

Enfin, Prosane rappelle l’importance de ne pas confondre le frelon asiatique (Vespa velutina) avec son cousin européen (Vespa crabro), une espèce locale utile qui joue un rôle de régulateur, notamment en chassant les mouches. Si un nid de frelons européens ne présente pas de danger immédiat, sa destruction n’est pas recommandée.

Prosane (Association des Professionnels de la Protection de la Santé et des Environnements) fédère les entreprises du secteur du pest management. Elle œuvre pour la professionnalisation de la filière et la promotion de pratiques responsables. Plus d’informations sont disponibles sur son site officiel : https://www.association-prosane.fr