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PARIS : Régine HATCHONDO : « Le recul de la transmission du goût de lire est un enjeu majeur »
Le CNL révèle une érosion de la lecture chez les jeunes, concurrencée par les écrans et fragilisée par un recul de la transmission parentale.
Le Centre national du livre (CNL) rend publics ce mardi les résultats de la cinquième édition de son étude « Les jeunes Français et la lecture », menée par l’institut Ipsos bva auprès d’un échantillon représentatif de 1 500 jeunes de 7 à 19 ans. Si le nombre global de jeunes lecteurs reste stable, le rapport met en lumière des fragilités préoccupantes : un décrochage marqué à l’adolescence, une qualité de lecture altérée par les distractions numériques et une transmission familiale en nette perte de vitesse.
Un décrochage adolescent qui se confirme
L’étude révèle une stabilité de façade : 84 % des jeunes lisent dans un cadre scolaire et 81 % pour leurs loisirs, des chiffres similaires à 2024. Cependant, une analyse plus fine montre une fracture générationnelle importante. Le décrochage reste massif chez les 16-19 ans, dont plus d’un tiers ne lit aucun livre. Ce phénomène est particulièrement visible chez les garçons, dont le taux de lecture loisir chute de 91 % entre 7 et 12 ans à seulement 56 % entre 16 et 19 ans.
Au-delà du temps consacré à la lecture, c’est la qualité de l’attention qui inquiète. L’étude souligne une fragmentation croissante de la pratique : 67 % des 16-19 ans déclarent faire autre chose en même temps qu’ils lisent (contre 21 % chez les 7-9 ans). Cette difficulté à se concentrer se répercute sur la compréhension et l’appréciation des ouvrages, notamment ceux imposés par le cadre scolaire.
La suprématie écrasante des écrans
Le constat est sans appel : les jeunes passent en moyenne dix fois plus de temps devant les écrans qu’à lire des livres. Le temps de lecture loisir quotidien s’érode, s’établissant à 18 minutes (-8 minutes par rapport à 2016), tandis que le temps passé sur les écrans (hors lecture numérique) atteint 3 heures et 1 minute, et dépasse même les 5 heures pour les 16-19 ans.
Les activités plébiscitées sur écran sont majoritairement passives, comme le visionnage de vidéos courtes (56 %). L’usage des réseaux sociaux est quasi universel chez les adolescents (99 % des 16-19 ans), avec une part significative y consacrant plus d’une heure par jour, principalement sur TikTok, Instagram et Snapchat.
BD, mangas et dark romance en tête des lectures loisirs
Lorsqu’ils choisissent de lire pour le plaisir, les jeunes se tournent massivement vers la bande dessinée, les mangas et les comics. Les romans suivent, affichant une légère progression (+4 pts), avec une prédilection pour l’aventure, la science-fiction et la romance. Un phénomène notable émerge chez les jeunes filles de 16 à 19 ans, où la « dark romance » connaît un succès fulgurant, citée par 57 % d’entre elles (+7 pts).
Si les conseils de l’entourage, et notamment de la mère, restent un déclencheur majeur, l’influence du monde numérique se fait sentir. Une adaptation en film ou en série (28 %) ou des publications en ligne (jusqu’à 51 % chez les 16-19 ans) deviennent des portes d’entrée vers le livre. Par ailleurs, le marché de l’occasion gagne du terrain, avec une augmentation de 5 points des achats de seconde main.
La transmission familiale en perte de vitesse
L’étude confirme le rôle fondamental de la lecture partagée durant l’enfance, une pratique plébiscitée par la quasi-totalité des jeunes en ayant bénéficié. Néanmoins, cette transmission s’affaiblit. En dix ans, la lecture régulière d’histoires par les parents a diminué, y compris auprès des plus jeunes (-8 pts chez les 7-9 ans par rapport à 2024). L’exemple parental s’estompe également : 18 % des jeunes affirment que leurs parents ne lisent jamais de livres, contre seulement 7 % en 2016.
« Un devoir commun de réaffirmer la place de la lecture »
Face à ces constats, la présidente du CNL, Régine Hatchondo, tire la sonnette d’alarme. « Il est de notre devoir commun de réaffirmer la place centrale de la lecture dans nos vies. Lire est un temps essentiel, un temps pour soi, qu’il faut absolument préserver », a-t-elle déclaré.
« Notre étude 2026 révèle plusieurs indicateurs préoccupants. Les sollicitations permanentes des réseaux sociaux éloignent les jeunes de la lecture. Elles fragmentent leur attention et altèrent profondément leur capacité à se concentrer. Un indicateur qui nous inquiète particulièrement : notre étude montre que les temps de lecture partagée sont plébiscités par tous les jeunes qui en ont bénéficié. Pourtant les parents lisent moins souvent des histoires en particulier à leurs plus jeunes enfants », poursuit-elle.
Pour Régine Hatchondo, ce recul constitue « un enjeu majeur sur lequel nous devons agir collectivement. Cela passe notamment par le déploiement de campagnes de sensibilisation, mais aussi par un renforcement massif des moyens en faveur du livre et de la lecture ». Elle appelle à massifier les actions existantes comme le Quart d’heure de lecture national, les Nuits de la lecture ou le pass Culture pour redonner à la lecture sa dimension de plaisir.
Les résultats complets de l’étude seront présentés au Festival du livre de Paris le vendredi 17 avril à 11h et sont disponibles sur le site du Centre national du livre (www.centrenationaldulivre.fr).


