ALGER : Pape Léon XIV : « La paix n’est possible que par le…
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ALGER : Pape Léon XIV : « La paix n’est possible que par le pardon »
En visite à Alger, l’appel au pardon du pape Léon XIV face au monument aux Martyrs ravive les mémoires oubliées de l’histoire franco-algérienne.
La première étape du voyage apostolique du pape Léon XIV en Algérie a été marquée par un geste symbolique fort, porteur d’un message universel mais qui, paradoxalement, a souligné la complexité des blessures mémorielles. Ce mardi, en se recueillant devant l’imposant monument aux Martyrs d’Alger, haut lieu de la mémoire de la lutte pour l’indépendance, le souverain pontife a appelé à la « réconciliation des mémoires » dans un contexte diplomatique toujours sensible entre Paris et Alger.
Après avoir déposé une sobre gerbe de roses blanches au pied du mémorial, le pape a observé un long moment de silence avant de prendre la parole.
« La paix n’est possible que par le pardon », a-t-il solennellement déclaré, saluant « le courage » du peuple algérien dont l’histoire fut traversée par la violence. Il a également lancé un appel puissant à ne pas transmettre « le ressentiment de génération en génération », une invitation à tourner les regards vers un avenir apaisé. Si les autorités algériennes ont unanimement qualifié ce geste d’« historique », sa résonance a été bien différente pour les communautés dont la souffrance reste souvent en marge du récit officiel.
Les « oubliés » de la réconciliation
L’appel pontifical au pardon a été accueilli avec une certaine amertume par plusieurs groupes qui se sentent exclus de ce grand mouvement de réconciliation. En France comme en Algérie, des voix se sont élevées pour regretter que certaines pages sombres de l’histoire commune n’aient pas été explicitement mentionnées.
C’est le cas des descendants des prêtres, religieux et missionnaires catholiques, dont beaucoup étaient présents en Algérie bien avant la colonisation française. Plusieurs d’entre eux furent assassinés durant la guerre d’indépendance et dans les années qui suivirent, victimes d’un climat de violence généralisée. Leur souvenir, encore très vif au sein des communautés chrétiennes locales, n’a trouvé aucun écho dans le premier discours du pape.
La déception est également palpable du côté des associations de harkis. Ces Algériens, qui avaient combattu aux côtés de l’armée française, espéraient que le chef de l’Église catholique, en tant que figure morale d’envergure mondiale, rappellerait le sort tragique qui fut le leur. Après l’indépendance en 1962, des dizaines de milliers d’entre eux furent massacrés ou persécutés dans l’indifférence. Leur histoire demeure l’un des points de friction les plus douloureux entre les deux rives de la Méditerranée.
Enfin, la communauté des pieds-noirs s’est aussi sentie absente du tableau brossé par le souverain pontife. Profondément marquée par les violences, les enlèvements, les disparitions et l’exode massif qui a suivi les accords d’Évian, elle attendait un mot, même symbolique, pour les familles contraintes de quitter une terre où elles étaient installées, pour certaines, depuis plusieurs générations.
Un contexte religieux fragile
Cette visite papale intervient dans un climat d’inquiétude pour les minorités chrétiennes en Algérie, une situation régulièrement dénoncée par les organisations internationales de défense des droits humains. Ces dernières années ont vu la fermeture administrative de la quasi-totalité des lieux de culte protestants. Bien que la liberté de culte soit inscrite dans la Constitution, son exercice est strictement encadré par la loi.
Aujourd’hui, on estime à plus de 150 000 le nombre de chrétiens vivant en Algérie. Il s’agit en grande majorité de convertis, issus du mouvement d’évangélisation des années 1990. Leur présence, bien que discrète mais socialement active, demeure un sujet sensible dans un pays où l’islam est religion d’État. Pour de nombreux observateurs, le silence du pape sur cette question délicate lors de son premier discours relève d’une prudence diplomatique visant à ne pas tendre les relations avec ses hôtes. Pour d’autres, c’est une occasion manquée de rappeler que la réconciliation ne peut être complète sans la reconnaissance des souffrances de toutes les composantes d’une nation.
Un débat nécessaire pour l’avenir
Le voyage de Léon XIV en Algérie ne fait que commencer et d’autres allocutions sont attendues. Cependant, cette première journée a déjà eu le mérite de mettre en pleine lumière l’extrême complexité d’une histoire partagée, où chaque mémoire porte sa propre douleur. L’appel au pardon du pape, s’il se veut une porte ouverte sur l’avenir, a aussi rappelé avec force qu’une paix durable ne peut se construire qu’en regardant en face l’ensemble des blessures du passé, y compris celles que les discours officiels préfèrent parfois taire.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Presse Agence.


