PARIS : Industrie – La France crée encore des usines…
Partager :

PARIS : Industrie – La France crée encore des usines, mais la dynamique ralentit fortement
Bien que la France continue de créer plus d’usines qu’elle n’en ferme en 2025, la dynamique de réindustrialisation s’essouffle nettement.
La photographie de l’industrie française pour l’année 2025, issue du Baromètre industriel de l’État piloté par la Direction Générale des Entreprises (DGE), dresse un portrait en demi-teinte. Si le pays maintient un solde positif avec 19 créations nettes de sites industriels, ce chiffre marque un ralentissement spectaculaire par rapport au solde de +88 enregistré un an plus tôt. La réindustrialisation est toujours une réalité, mais elle progresse désormais dans un climat international complexe et dégradé. Le chiffre le plus marquant de cette tendance est la chute de 40 % des ouvertures d’usines en l’espace de deux ans, confirmant que si le moteur productif n’est pas à l’arrêt, son régime a considérablement baissé.
Les extensions, véritable moteur de la croissance
La méthodologie rigoureuse du baromètre, qui ne comptabilise que les usines en production réelle, permet de dépasser les simples annonces pour analyser la substance de l’activité industrielle. Dans ce contexte, ce sont les 158 extensions significatives de sites existants qui ont permis de maintenir un solde positif en 2025. Cette tendance révèle un changement structurel profond : les industriels préfèrent aujourd’hui augmenter les capacités de leurs usines existantes plutôt que de se lancer dans la construction de nouveaux établissements. Considérées comme des investissements productifs à part entière lorsqu’elles entraînent une hausse de capacité de 40 % ou l’embauche de 50 salariés, ces extensions présentent l’avantage d’être plus rapides à déployer et moins risquées face à l’instabilité mondiale.
Une politique industrielle volontariste et ciblée
Cette dynamique de fond est soutenue par une politique étatique volontariste. Des dispositifs comme le Crédit d’impôt pour l’investissement dans l’industrie verte (C3IV), l’appel à projets « Première usine » du plan France 2030, ainsi que les projets issus du sommet « Choose France » ont permis de constituer un portefeuille de plus de 150 projets d’usines pour l’année 2026. L’État endosse un rôle d’architecte industriel en fléchant les investissements vers des filières jugées stratégiques pour la souveraineté nationale. L’électronique, les batteries, l’hydrogène, la défense, l’aéronautique et le spatial affichent ainsi des soldes positifs, démontrant les premiers effets concrets de cette stratégie.
La menace des surcapacités mondiales
Cependant, cette politique ambitieuse se heurte à des vents contraires violents. La montée en puissance des surcapacités de production asiatiques, notamment dans les secteurs de la chimie, des matériaux et des technologies vertes, exerce une pression concurrentielle massive sur les prix, fragilisant de nombreux sites européens. En conséquence, des pans entiers de l’industrie française, tels que le transport, la mécanique ou la métallurgie, affichent des soldes négatifs. Le risque est identifié : sans mécanismes de protection efficaces, l’Europe pourrait devenir le déversoir des excédents mondiaux, sacrifiant sa propre base productive.
Vers une préférence européenne assumée
Face à cette menace, la France a infléchi sa doctrine et promeut désormais une approche fondée sur la préférence européenne et une concurrence équitable, rompant avec une vision parfois jugée naïve du libre-échange. L’instrument phare de cette nouvelle orientation est le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), entré en vigueur en 2026. Cet outil vise à corriger la distorsion de concurrence entre les industries européennes, soumises à des normes de décarbonation strictes, et les importations issues de pays moins-disants sur le plan environnemental. Il s’agit d’un acte politique fort autant que d’une mesure technique.
Le défi : amplifier le mouvement malgré les turbulences
La question centrale demeure : la France et l’Europe peuvent-elles maintenir et amplifier cette trajectoire de réindustrialisation dans un monde où la compétition se joue sur les subventions, les normes et les rapports de force ? La réponse dépendra de la capacité des pouvoirs publics à tenir une ligne stratégique claire, articulée autour du soutien à l’investissement productif, de la protection des filières essentielles, de la sécurisation des chaînes de valeur et de la conduite d’une politique commerciale plus offensive. La réindustrialisation n’est pas un acquis, mais un combat permanent. Le défi consiste désormais à transformer l’élan actuel en une tendance durable, malgré les turbulences mondiales.


