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PARIS : Jean-Marc JANCOVICI : « La sortie des combustibles fossiles doit devenir la colonne vertébrale des politiques publiques »
The Shift Project dévoile son « Plan Robuste pour l’Économie Française » avec un rapport sur 20 chantiers pour une décarbonation réussie.
Face à la multiplication des crises énergétiques et géopolitiques, le think tank The Shift Project présentera le 14 avril prochain une étude d’envergure intitulée « Réussir la transition dans l’incertitude : la méthode Shift en 20 chantiers ». Ce rapport constitue la première pierre de son nouveau « Plan Robuste pour l’Économie Française » (PREF), une initiative visant à doter la France d’une feuille de route pour sécuriser son avenir énergétique et regagner en souveraineté à un an de l’élection présidentielle.
Un plan de souveraineté face aux crises
Dans un monde marqué par l’instabilité, de la guerre en Ukraine aux tensions au Moyen-Orient, la dépendance aux énergies fossiles n’est plus seulement un enjeu climatique, mais un risque stratégique majeur. Pour le groupe de réflexion, la décarbonation de l’économie devient une condition essentielle à la souveraineté nationale. « La sortie des combustibles fossiles doit devenir la colonne vertébrale des politiques publiques », souligne Jean-Marc Jancovici, président de The Shift Project.
Ce nouveau plan prend la suite du Plan de Transformation de l’Économie Française (PTEF) publié en 2022. Alors que le PTEF reposait sur un contexte stable, le PREF intègre pleinement les incertitudes et les chocs probables des prochaines décennies. L’objectif est de proposer une trajectoire de décarbonation résiliente, capable de résister aux aléas économiques, technologiques et géopolitiques. L’étude a été financée par plus de 30 000 donateurs et a mobilisé des milliers de bénévoles et de professionnels.
Vingt chantiers prioritaires sous la loupe
L’analyse du Shift Project se concentre sur vingt chantiers jugés incontournables pour réussir la transition bas-carbone. Chaque secteur a été examiné pour identifier ses conditions de succès et ses points de fragilité, qu’il s’agisse de besoins en main-d’œuvre, de dépendances matérielles ou de faisabilité industrielle. Ces chantiers couvrent l’ensemble de l’économie :
* Transports : déploiement du vélo, des transports en commun, de la voiture électrique sobre, massification du train, décarbonation de l’aérien, relance du fret ferroviaire et déploiement des camions électriques.
* Logement : rénovation massive des habitations et déploiement des pompes à chaleur.
* Numérique : maîtrise du déploiement des centres de données.
* Industrie : production d’acier et d’hydrogène bas-carbone, captage et séquestration de carbone (CCS).
* Agriculture : transformation des systèmes d’élevage, gestion de l’azote et développement des puits de carbone naturels.
* Énergie : prolongation du parc nucléaire et lancement de nouveaux réacteurs (EPR2), déploiement des énergies renouvelables et des bioénergies.
Aura-t-on assez de bras, d’énergie ou de cuivre ?
Pour tester la robustesse de ces chantiers, le think tank a développé une modélisation quantitative inédite. Plusieurs scénarios ont été simulés pour évaluer les conséquences de retards ou d’échecs partiels dans certains secteurs. Que se passe-t-il si une technologie tarde à arriver à maturité ou si les compétences nécessaires ne sont pas disponibles ?
Cette approche permet de cartographier les futurs énergétiques possibles et d’identifier les stratégies les plus solides. La cohérence de chaque trajectoire a été vérifiée à travers quatre « bouclages » :
* Un bouclage carbone pour évaluer le respect des objectifs climatiques.
* Un bouclage énergie pour s’assurer de la capacité à produire assez d’énergie bas-carbone.
* Un bouclage cuivre pour mesurer la consommation de ce métal stratégique.
* Un bouclage emploi et formation pour estimer les besoins en main-d’œuvre.
Six enseignements clés pour sécuriser la transition
De cette analyse de robustesse, The Shift Project tire six conclusions majeures. Premièrement, la France peut encore réussir sa décarbonation, mais cela exige d’en faire une priorité politique et économique absolue dès maintenant. Deuxièmement, le retard accumulé impose de mener tous les chantiers de front sans faire d’impasse.
Le rapport souligne également que l’électrification massive des équipements (voitures, pompes à chaleur, industrie) est incontournable pour protéger les ménages des futurs chocs sur les énergies fossiles. Cette électrification demandera une forte hausse de la production électrique bas-carbone, rendant indispensables à la fois le nucléaire et les énergies renouvelables. Parallèlement, la maîtrise de la consommation d’énergie (vélo, transports en commun, rénovation) reste une condition indispensable au succès. Enfin, le rapport insiste sur le défi majeur de la transformation des compétences, qui nécessitera la formation et le recrutement de centaines de milliers de techniciens et d’ouvriers.
Le rapport sera présenté au public le mardi 14 avril à 18h30 au CNAM à Paris, en présence de Sébastien Martin, Ministre délégué chargé de l’Industrie, et de Jean-Marc Jancovici. Une conférence de presse se tiendra en amont le lundi 13 avril à 15h00.
The Shift Project (https://theshiftproject.org/) est un think tank qui œuvre en faveur de la décarbonation de l’économie, guidé par l’exigence de la rigueur scientifique. L’étude complète « Réussir la transition dans l’incertitude » sera disponible sur son site à partir du 14 avril.


