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PARIS : Jean-Thomas TROJANI – De la promotion immobil…

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PARIS : Jean-Thomas TROJANI – De la promotion immobilière à la transition énergétique, portrait d’un entrepreneur corse aux multiples casquettes

Il a 48 ans, un diplôme de l’Université de Caen en poche, et une vingtaine de sociétés à son actif.

Jean-Thomas Trojani fait partie de ces entrepreneurs corses qu’on ne croise pas souvent dans la presse nationale, et pourtant, son empreinte sur le BTP et l’immobilier insulaire est difficile à ignorer. Immobilier, construction, solaire, rénovation : tout y passe.

Corsea : la première pierre d’un groupe intégré

Tout commence en 2009. Jean-Thomas Trojani, issu d’une famille implantée de longue date dans le BTP corse, lance Corsea Promotion. Son idée ? Monter un promoteur qui ne dépend de personne. Acquisition du terrain, conception, commercialisation, financement : tout devait se faire en interne. Un pari risqué pour un marché aussi petit que la Corse.

Parce que construire en Corse, ce n’est pas du tout la même chose que construire à Toulouse ou à Rennes. Foncier rare, contraintes environnementales fortes, loi Littoral, plans d’urbanisme restrictifs. Pour y réussir, il faut connaître le territoire sur le bout des doigts. C’est précisément cet ancrage local qui distingue Corsea dès ses débuts.

Entre 2013 et 2014, le groupe s’étoffe rapidement. Corsea Immobilier prend en charge la commercialisation, Corsea Courtage accompagne les acquéreurs sur le volet financement, et Maisons Corsea se positionne sur la construction de maisons individuelles en Haute-Corse. Le groupe intègre également Constructys pour la construction et Technitys pour l’ingénierie. En quelques années, Jean-Thomas Trojani structure un ensemble de seize sociétés, emploie 80 collaborateurs et atteint un chiffre d’affaires consolidé de 75 millions d’euros.

L’un des marqueurs de cette période reste la livraison de la résidence L’Altore à Ajaccio : 170 logements BBC, le premier programme à énergie positive de Corse. Un signal fort envoyé au marché local, alors peu familier des standards de construction basse consommation.

L’expansion vers Paris avec Promea

En 2018, Jean-Thomas Trojani franchit un cap géographique. Il crée Promea, une structure de promotion immobilière dédiée au marché francilien. 20 millions d’euros de fonds propres au départ, des partenaires bancaires costauds (Parthena, la SOCFIM, la Caisse d’Épargne), et un objectif affiché de 300 logements par an en région parisienne.

Dans la foulée, le siège déménage au 4 rue Balzac, en plein 8e arrondissement parisien. Ce choix n’est pas anodin : il marque la volonté de jouer dans la cour des promoteurs nationaux tout en conservant le savoir-faire opérationnel développé sur le terrain corse.

Cette double implantation, Corse et Île-de-France, permet au groupe de diversifier ses sources de revenus et de lisser les cycles propres à chaque marché. Pendant que le marché insulaire reste porté par une demande résidentielle et touristique soutenue, l’Île-de-France offre des volumes et une profondeur de marché incomparables.

Inovaco : le virage vers la transition énergétique

L’an dernier, Jean-Thomas Trojani a lancé un tout autre projet. Le Groupe Inovaco, installé à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, ne fait plus de promotion immobilière. Il s’attaque à la construction, la rénovation et surtout aux énergies renouvelables. Un virage que peu de promoteurs corses ont pris aussi franchement.

Le choix de la Corse pour cette nouvelle aventure n’a rien d’un hasard. L’île, classée Zone Non Interconnectée (ZNI), dépend encore largement des importations d’énergie. Le potentiel de développement des énergies renouvelables y est considérable, et les incitations financières liées au statut ZNI rendent les projets solaires particulièrement attractifs pour les particuliers comme pour les professionnels.

Inovaco fédère quatre entités complémentaires, chacune spécialisée dans un maillon de la chaîne du bâtiment durable.

Alba Solaire : l’énergie du soleil corse

Alba Solaire, c’est la branche solaire du groupe. Panneaux photovoltaïques, bornes de recharge pour voitures électriques, carports solaires. L’équipe travaille aussi bien pour des particuliers que pour des hôteliers, des agriculteurs ou des gérants de commerces.

Faut dire que la Corse tape fort côté soleil. Les rendements annuels dépassent les 20 %, et l’île fait partie des régions les plus ensoleillées du pays. Alba Solaire revendique un amortissement des installations en moins de quatre ans, un argument qui parle autant aux propriétaires soucieux de leur facture énergétique qu’aux investisseurs en quête de rentabilité.

L’entreprise est certifiée RGE (QualiPV, QualiSol, QualiPAC, Qualifelec) et labellisée Advenir pour les bornes de recharge. Elle propose un accompagnement complet, de l’étude de faisabilité gratuite jusqu’à la maintenance post-installation, en passant par la gestion des démarches administratives.

Bati’Renov Corsica : rénover plutôt que démolir

Bati’Renov Corsica, c’est l’autre gros morceau d’Inovaco. Entreprise générale de bâtiment, elle fait de la rénovation énergétique et construit aussi des villas individuelles. Quatre implantations sur l’île (Porto-Vecchio, Bastia, Ajaccio, Île-Rousse), ce qui lui permet d’intervenir à peu près partout. Isolation, menuiseries, toitures, chauffage : le spectre est large.

Ce qui plaît aux clients, c’est surtout que Bati’Renov gère aussi le volet administratif. MaPrimeRénov’, éco-PTZ, Certificats d’Économies d’Énergie : ils s’occupent de monter les dossiers. Pour des propriétaires souvent perdus dans le maquis administratif de la rénovation énergétique, cet accompagnement fait la différence.

La société propose également des projets de construction neuve, comme la villa Maraninca à Figari, qui illustre sa capacité à conjuguer architecture contemporaine et intégration paysagère dans un contexte corse.

Gout’Alu : le spécialiste aluminium du groupe

Troisième entité, Gout’Alu se positionne sur un créneau technique : la fabrication et la pose de gouttières, toitures, bardages de façades et couvertines en aluminium laqué. L’entreprise dispose de deux agences, à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio et à Sorbo Ocagnano, et intervient sur toute la Corse.

Le choix de l’aluminium n’est pas cosmétique. En milieu insulaire et maritime, la résistance au sel marin et aux conditions climatiques est un critère déterminant. L’aluminium laqué offre une durabilité et une résistance à la corrosion que d’autres matériaux ne peuvent garantir dans cet environnement. Gout’Alu fabrique sur mesure, directement sur chantier, pour une adaptation parfaite à l’architecture de chaque bâtiment.

Certifiée Qualibat RGE, l’entreprise centralise l’ensemble des travaux aluminium d’un chantier sous un seul interlocuteur : gouttières, couverture, façade. Un gain de cohérence et de simplicité pour les maîtres d’ouvrage.

Vialoc : la logistique au service des chantiers

Quatrième brique du groupe, Vialoc assure la location de matériel de chantier. Un maillon logistique discret mais essentiel dans un contexte insulaire où l’approvisionnement reste plus complexe que sur le continent. En internalisant cette fonction, Inovaco garantit la fluidité de ses chantiers et réduit sa dépendance aux prestataires extérieurs.

Une vision cohérente sur le long terme

De Corsea à Inovaco, le fil conducteur du parcours de Jean-Thomas Trojani est l’intégration verticale. Plutôt que de multiplier les sous-traitants, il construit des écosystèmes où chaque entité nourrit les autres : la promotion génère des chantiers, les chantiers alimentent les besoins en matériaux et en équipements, la rénovation prolonge la durée de vie des bâtiments livrés.

Cette approche, pragmatique et progressive, reflète aussi une lecture attentive des évolutions du marché. La transition énergétique n’est plus un sujet de prospective : c’est une réalité réglementaire et économique. En positionnant Inovaco sur ce créneau, Jean-Thomas Trojani anticipe une demande structurelle qui ne fera que croître dans les années à venir, en Corse comme ailleurs.

À 48 ans, l’entrepreneur corse pilote donc deux groupes complémentaires qui couvrent l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment, de sa conception à sa rénovation, en passant par son alimentation en énergie propre. Un parcours qui illustre, à l’échelle d’un territoire insulaire, comment l’entrepreneuriat local peut conjuguer ancrage territorial et ambition industrielle.