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PARIS : Sylvie BOURGEOIS HAREL, récit de sa rencontre avec l’éditeur Raphaël SORIN

Dans une chronique, l’écrivaine Sylvie Bourgeois Harel raconte sa rencontre décisive avec l’éditeur Raphaël Sorin pour son roman *L’amour libre*.

Dans une récente chronique intitulée « Chroniques du monde d’avant (9) », l’écrivaine Sylvie Bourgeois Harel revient sur ses débuts dans le monde de l’édition, il y a une vingtaine d’années. Après le succès de son premier livre, *Lettres à un monsieur*, elle raconte les coulisses, faites de bluff, d’intuition et d’obstacles, qui ont mené à la publication de son deuxième roman, *L’amour libre*, par le célèbre éditeur Raphaël Sorin chez Fayard.

Un coup de poker éditorial

Tout commence par une impatience. Alors que son premier éditeur accepte de publier son second manuscrit mais seulement en octobre, Sylvie Bourgeois Harel, désireuse d’une sortie au printemps, décide de forcer le destin. Se souvenant qu’un libraire de Saint-Germain-des-Prés lui avait mentionné la venue de l’éditeur Raphaël Sorin, alors fraîchement arrivé chez Fayard après avoir quitté Flammarion, elle décide de le contacter directement.

Déjouant le barrage de l’assistanat, elle obtient l’éditeur au téléphone. « Bonjour monsieur Sorin, je suis Sylvie Bourgeois, vous ne me connaissez pas mais comme le mois dernier vous êtes venu à l’Écume des Pages à la signature de mon premier roman, Lettres à un monsieur, je me suis dit que vous vouliez faire ma connaissance. Voulez-vous que l’on prenne un café demain matin au Flore ? », lance-t-elle avec audace. Le rendez-vous est pris pour le lendemain à 9 heures en terrasse du célèbre café parisien.

La prophétie sur Michel Houellebecq

Lors de cette première rencontre avec Raphaël Sorin, aujourd’hui décédé, une conversation surprenante s’engage au sujet de Michel Houellebecq. Sylvie Bourgeois Harel, qui admire l’auteur sans le connaître personnellement, annonce à l’éditeur : « Vous savez qu’il va faire son prochain roman avec vous ». Dubitatif, Sorin lui explique l’impossibilité d’un tel transfert. « C’est impossible, c’est moi qui ai verrouillé son contrat chez Flammarion, il n’a aucune option de sortie », répond-il. Mais l’écrivaine insiste, portée par une certitude inexplicable. « N’empêche, il le fera avec vous chez Fayard », affirme-t-elle. Elle explique dans sa chronique que cette conviction lui est venue d’une « voix qui m’avait dicté ces mots ». Un an plus tard, l’histoire lui donnera raison : Michel Houellebecq parviendra à rompre son contrat pour rejoindre son éditeur fétiche chez Fayard.

Un parcours semé d’embûches

Séduit par cette rencontre, Raphaël Sorin accepte de lire le manuscrit de Sylvie Bourgeois Harel. Cinq jours plus tard, le verdict tombe. « J’ai adoré votre livre, vous avez un vrai talent Sylvie, votre écriture est sincère, franche, rapide, drôle, elle existe, elle prend toute sa place, je vous édite, il sortira en avril », lui annonce-t-il. Mais le parcours n’est pas si simple. L’écrivaine se heurte à l’assistante de l’éditeur qui, selon son récit, annule et reporte systématiquement leurs rendez-vous de travail sur le texte, prenant un retard considérable.

Convoquée par un Raphaël Sorin furieux, qui la croyait responsable de ces reports, Sylvie Bourgeois Harel finit par clarifier la situation, refusant cependant de « dénoncer » l’assistante. Convaincu, l’éditeur lui présente ses excuses mais doit lui annoncer une mauvaise nouvelle : « Votre livre ne sera jamais prêt pour le mois d’avril comme je l’avais prévu, il sortira le 2 juin ».

Une sortie compromise et une promesse télévisée

Le jour de la sortie, le 2 juin, l’attaché de presse de la maison d’édition lui assène un coup final, une valise à la main. « Je pars en vacances. Votre livre est mort. On ne sort jamais le roman d’un auteur pas connu en juin, les journalistes travaillent déjà sur les livres qui paraîtront en septembre pour la rentrée littéraire », lui déclare-t-il. Une seule porte de sortie lui est offerte : une invitation sur le plateau de Patrick Poivre d’Arvor. Il s’agissait, selon l’attaché de presse, d’un arrangement avec le journaliste qui, en échange de la publication de sa compagne de l’époque, Claire Castillon, chez Fayard, s’était engagé à recevoir tous les auteurs de la maison. Une conclusion en suspens pour une aventure littéraire hors du commun, que l’auteure promet de poursuivre dans une prochaine chronique.

Les écrits de Sylvie Bourgeois Harel sont disponibles sur son site : https://avecsylvieonsemepourlavie.us21.list-manage.com/track/click?u=188923363dbd8e8524835f112&id=2b0f629f6f&e=6e81823000