PARIS : Marion CATELLIN : « Nous avons réussi à enrayer les…
Partager :

PARIS : Marion CATELLIN : « Nous avons réussi à enrayer les stratégies des industriels du tabac »
L’alliance Contre-Feu salue le décret interdisant les sachets de nicotine, conçus pour les jeunes, mais reste mobilisée face à la riposte des lobbies.
L’alliance Contre-Feu, qui milite pour un monde sans tabac, se félicite ce mercredi de l’entrée en vigueur d’un décret interdisant la vente et l’usage des produits nicotiniques à usage oral, comme les sachets de nicotine. Une mesure perçue comme une victoire majeure contre les stratégies de l’industrie du tabac visant à créer une nouvelle génération de dépendants à la nicotine, notamment parmi les plus jeunes.
Une offensive marketing ciblant les plus jeunes
Face à l’érosion des ventes de cigarettes traditionnelles, les industriels ont massivement investi ces dernières années dans de nouveaux produits. Parmi eux, les sachets de nicotine, souvent présentés dans des emballages colorés et déclinés avec des arômes fruités ou mentholés, ont connu une popularité grandissante. Promus sur les réseaux sociaux par des influenceurs, ils ont rapidement trouvé leur public auprès des adolescents.
Dès novembre 2023, Contre-Feu tirait la sonnette d’alarme : selon leurs chiffres, un jeune sur dix dans la tranche d’âge des 13-16 ans avait déjà expérimenté ces produits. Loin d’être des substituts pour fumeurs cherchant à arrêter, ces sachets sont considérés par l’alliance comme une porte d’entrée vers l’addiction.
Un décret pour une interdiction totale
En réponse à ces alertes, le gouvernement a publié en septembre 2025 un décret bannissant expressément « l’usage, l’acquisition et la vente des produits nicotiniques à usage oral ». Cette interdiction couvre les sachets, mais aussi les billes, perles et toute autre innovation future de ce type. Le texte s’appuie sur le code de la santé publique qui classe la nicotine parmi les substances vénéneuses.
En effet, la nicotine est une substance extrêmement toxique, classée « très dangereuse » par l’Organisation Mondiale de la Santé. La réglementation européenne impose même pour les préparations contenant plus de 0,1 % de nicotine des mentions telles que « mortel par contact cutané » et « toxique en cas d’ingestion ».
La contre-attaque des lobbies parlementaires
Malgré ce cadre réglementaire, la bataille n’est pas terminée. En décembre 2025, une quarantaine de députés ont déposé une proposition de loi (n° 2298) visant à réautoriser et à encadrer la vente de ces produits. Leur argumentaire repose sur la présentation des sachets comme une alternative « moins nocive » à la cigarette et sur le risque de voir un marché noir se développer en cas d’interdiction totale. La proposition suggère de limiter la dose de nicotine à 12 milligrammes par sachet, d’interdire la vente aux mineurs et de confier la distribution au réseau des buralistes.
Pour Contre-Feu, cette manœuvre ne vise qu’à « accroître le marché de la nicotine » en maintenant une porte d’accès légale à ces produits addictifs.
Une victoire juridique en suspens
« Ce décret interdisant sur notre territoire tous les produits nicotiniques à usage oral est une victoire majeure ! En portant une telle mesure, nous avons réussi à enrayer les stratégies des industriels qui font profit de l’addiction à la nicotine », se réjouit Marion Catellin, directrice de Contre-Feu.
Cependant, la directrice de l’alliance prévient que la vigilance reste de mise. « Les lobbies n’ont pas dit leur dernier mot : ils ont contesté en urgence ce décret. Si cela a conduit à la suspension d’une partie des dispositions du texte concernant la fabrication et l’exportation de ces produits, Contre-Feu va intervenir en défense auprès du ministère de la Santé afin qu’aucune entreprise ne puisse continuer à tirer profit de cette substance nocive au détriment de nos jeunes et de notre santé », a-t-elle précisé.
Un enjeu de santé publique majeur
L’alliance anti-tabac rappelle que la nicotine est loin d’être un produit anodin. Extrêmement addictive, elle peut aggraver l’anxiété, accentuer les symptômes dépressifs et nuire au développement cognitif des adolescents. Un rapport de l’Anses de septembre 2023 avait déjà alerté sur les risques liés à ces nouveaux produits, soulignant une augmentation des appels aux centres antipoison, notamment pour des intoxications chez des adolescents ayant consommé ces produits en milieu scolaire.


