TOULON : Henry PEYRET : « Les collectivités ne peuvent plus…
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TOULON : Henry PEYRET : « Les collectivités ne peuvent plus gouverner sans comprendre ce que leurs habitants ressentent »
Après les élections, la startup Wassati propose aux élus une analyse émotionnelle des territoires pour ajuster l’action publique au ressenti citoyen.
Les élections municipales de 2026 sont closes, mais les résultats dans les urnes ne suffisent plus à saisir la complexité d’un territoire. Derrière les chiffres de la participation et les scores politiques se cache une réalité plus subtile, faite d’attentes non formulées, de frustrations accumulées et d’aspirations diffuses. C’est le constat que dresse la startup française Wassati, qui propose une nouvelle approche de la gouvernance locale fondée sur l’écoute du « ressenti » des habitants.
Un diagnostic au-delà des urnes
La crise démocratique locale ne se résume pas à l’abstention. Elle s’ancre dans un sentiment partagé par de nombreux citoyens de ne plus être compris par leurs élus. Selon Henry Peyret, fondateur de Wassati, cette rupture se manifeste par une « fatigue démocratique », nourrie par des consultations perçues comme formelles, et une difficulté croissante à mobiliser les habitants. Ce désalignement entre l’action publique et le vécu citoyen est confirmé par des indicateurs nationaux : d’après une étude du CEVIPOF, 84 % des Français estiment que le pays va dans la mauvaise direction, un symptôme d’une défiance profonde envers les institutions. Pour Wassati, il est devenu impératif de changer de point de départ : écouter avant de décider.
Le « bilan émotionnel territorial », une nouvelle boussole
Pour combler cet écart, la startup a développé un outil d’analyse innovant : le bilan émotionnel territorial. Basé sur un concept d’« intelligence collective augmentée », qui allie analyse des conversations en ligne et intelligence artificielle, il vise à décrypter la matière invisible qui conditionne la vie locale. L’objectif est de révéler les émotions dominantes qui traversent un territoire, d’identifier les points de friction qui génèrent des tensions, mais aussi de mettre en lumière les aspirations collectives et les fiertés silencieuses. Cette méthode permet aux décideurs de sortir d’une lecture purement technique ou idéologique pour replacer l’expérience humaine au cœur de leurs projets.
L’exemple de Toulon : une ville à deux visages
L’analyse menée par Wassati sur la ville de Toulon illustre le potentiel de cette démarche. Elle révèle une fracture entre l’image d’une ville en plein essor économique (tourisme, innovation maritime) et un mal-être quotidien ressenti par une partie de sa population. Pour comprendre ces dynamiques, l’étude a identifié plusieurs profils d’habitants, ou « personas », aux attentes radicalement différentes.
Parmi eux, le « Gardien du Silence » incarne l’amoureux déçu de son quartier : « Je paie 1800 € de taxe foncière, j’adore le Mourillon, mais impossible de dormir avant 1h du matin à cause des rodéos. Si ça continue, je vends », témoigne-t-il.
Son exaspération ne vient pas tant du bruit que du sentiment d’impunité et d’abandon perçu la nuit. Loin d’être un simple plaignant, il représente un leader d’opinion local dont l’écoute est cruciale pour la légitimité de l’action municipale.
À l’opposé se trouve l’« Animateur de Nuit », le créatif frustré : « À 22h, Toulon s’éteint. Mes amis partent à Marseille pour sortir. On a le cadre, on a l’envie, mais on n’a pas l’autorisation de vivre ».
Son point de friction est le sentiment que la ville est conçue uniquement pour les seniors et les familles, négligeant le potentiel des jeunes talents qu’elle peine à retenir.
De l’écoute à l’action : vers un « ROI citoyen »
L’analyse émotionnelle n’est qu’une première étape. Wassati ambitionne de traduire ces ressentis en actions concrètes et mesurables, notamment via un nouvel indicateur : le « Retour sur Investissement Citoyen » (ROI Citoyen). Il ne s’agit pas d’un indicateur comptable, mais d’un indicateur de confiance qui mesure l’efficacité perçue de chaque euro public dépensé.
« Quand l’écart entre le coût réel et la satisfaction perçue est trop grand, la confiance s’érode », explique l’entreprise.
Cette approche permet de piloter les budgets non plus seulement en fonction des coûts, mais de leur impact réel sur la qualité de vie ressentie.
Wassati, financée notamment par la région Hauts-de-France et Bpifrance, souhaite désormais expérimenter sa méthodologie à plus grande échelle. La startup a lancé un appel pour identifier dix têtes de liste aux municipales de 2026, de tous horizons politiques, prêtes à intégrer cette écoute profonde au cœur de leur projet, dans l’espoir de démontrer qu’une politique locale plus authentique et co-construite est possible.
Pour en savoir plus : https://www.wassati.com
via Presse Agence.


