PARIS : Mathieu GALLARD : « Une part croissante des Françai…
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PARIS : Mathieu GALLARD : « Une part croissante des Français ne voit plus les États-Unis comme un allié »
Un mois après le début du conflit iranien, une étude Ipsos révèle l’anxiété des Américains et l’érosion des alliances internationales.
Un mois après le début de l’intervention militaire en Iran, le conflit pèse lourdement sur le moral et le portefeuille des Américains, tout en fissurant l’image des États-Unis à l’étranger, notamment en France. C’est le constat majeur qui ressort du dernier bulletin mensuel de l’institut de sondage Ipsos, qui analyse les répercussions de la guerre sur l’opinion publique nationale et internationale. L’impopularité des frappes reste constante, avec 59 % de désapprobation au sein de la population américaine, selon un sondage Reuters/Ipsos. Au-delà du rejet de l’opération, une inquiétude profonde s’installe : 46 % des Américains estiment que cette guerre rendra leur pays moins sûr à long terme, contre seulement 29 % qui pensent le contraire.
Un impact direct sur le portefeuille et le quotidien
Les conséquences économiques du conflit se font déjà sentir dans la vie de tous les jours. Une écrasante majorité d’Américains (84 %) anticipe une nouvelle hausse des prix du carburant dans les semaines à venir. Cette crainte a déjà modifié les comportements : selon l’Ipsos Consumer Tracker, 58 % des consommateurs déclarent conduire moins, 60 % privilégient des magasins plus proches de leur domicile, et 21 % n’hésitent pas à faire des détours plus longs pour trouver des stations-service moins chères.
Cette pression sur le budget des ménages est d’autant plus critique que la moitié des Américains affirment ne plus avoir d’argent disponible après avoir payé leurs factures. Toute augmentation, comme celle du prix de l’essence, les contraint à des arbitrages et à des coupes dans d’autres postes de dépenses. L’indice de confiance des consommateurs, mesuré par Ipsos avant le début du conflit, a d’ailleurs commencé à fléchir, et 53 % des Américains s’attendent désormais à une dégradation de leur situation financière personnelle à cause de la guerre.
Un rejet massif de l’intervention au sol
Si l’opinion publique est déjà hostile aux frappes aériennes, elle s’oppose encore plus fermement à une escalade militaire. Alors que 65 % des Américains jugent probable l’envoi de troupes au sol pour une opération d’envergure, seuls 7 % y seraient favorables. Une majorité nette de 55 % se déclare opposée au déploiement de tout soldat américain sur le sol iranien.
Ce sentiment est partagé au-delà des clivages politiques traditionnels. Bien que l’opposition soit majoritaire chez les détracteurs du président Trump, environ un cinquième de ses propres partisans rejettent l’idée d’une intervention terrestre. Ce chiffre suggère un risque politique pour l’administration, même si la majorité de sa base électorale soutient encore le déploiement d’un contingent limité.
La France, un allié historique de plus en plus sceptique
L’onde de choc du conflit se propage bien au-delà des frontières américaines et ébranle les relations transatlantiques. L’analyse de Mathieu Gallard, Directeur d’études chez Ipsos bva France, met en lumière une détérioration notable de la perception des États-Unis en France. « Depuis des décennies, les Français entretiennent une relation ambivalente avec les États-Unis », rappelle-t-il, évoquant un mélange de fascination pour l’innovation et de rejet d’un modèle social jugé inégalitaire.
Cependant, l’ère Trump a marqué une rupture. « Jusqu’en 2016, une majorité de Français avait une opinion globalement positive des États-Unis. Son premier mandat a considérablement altéré cette perception », explique Mathieu Gallard. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a ravivé ce scepticisme. De récents sondages indiquent qu’« une part croissante des Français ne considère plus les États-Unis comme un allié, et certains les voient désormais comme un adversaire potentiel ».
Une onde de choc internationale
La France n’est pas un cas isolé. L’inquiétude et la désapprobation sont largement partagées parmi les alliés historiques. En Italie, une majorité de citoyens se dit préoccupée par l’escalade du conflit. Au Royaume-Uni, plus de 8 Britanniques sur 10 s’inquiètent de l’impact sur les prix de l’énergie, tandis que la croyance en la « relation spéciale » avec les États-Unis s’érode. Aux Pays-Bas, l’opinion est majoritairement critique, et au Canada, une majorité de la population désapprouve les frappes américaines.
Pour suivre l’évolution de ces tendances, Ipsos a mis en place une page web dédiée au conflit iranien, regroupant ses recherches et sondages menés à travers le monde (https://info.ipsos.com/Mjk3LUNYSi03OTUAAAGgyd_ZIS1gGj8XL6A8Z3Lg4lilp7OIKhIOt4gk4AJN-Ws5jCUqNz7po54c9bCWMwX3sYAOXHQ).

