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TOULOUSE : Génération Z – Le grand retour à la déconn…

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TOULOUSE : Génération Z – Le grand retour à la déconnexion volontaire

Face à la saturation numérique, la Gen Z initie un mouvement de ‘digital detox’, privilégiant des objets comme l’iPod pour se réapproprier son temps.

C’est un paradoxe qui bouscule les idées reçues. La génération Z, première à avoir grandi avec un smartphone greffé à la main, semble aujourd’hui mener une contre-révolution silencieuse. Loin d’être une simple mode passagère, le retour en grâce d’objets technologiques d’un autre temps, comme l’iPod, révèle une tendance de fond : une quête de sobriété numérique et un désir de reprendre le contrôle face à l’hyperconnexion. Des experts en marketing et en stratégie analysent ce phénomène qui redessine les contours de notre rapport à la technologie.

La « contrainte choisie » pour reprendre le contrôle

Pour Mathieu Allemany Oliver, Professeur en marketing à TBS Education (https://www.tbs-education.fr/professeur/alemany-oliver-mathieu/), ce mouvement est une réponse directe à la saturation cognitive imposée par les appareils multifonctions.

« Le recours à des objets comme l’iPod traduit une volonté de reprendre le contrôle via une contrainte choisie : moins de fonctionnalités signifie moins de sollicitations », analyse-t-il.

En se limitant volontairement à une seule tâche, comme écouter de la musique, l’utilisateur s’affranchit du flux incessant de notifications et de la tentation du multitâche. Ce phénomène est également porté par une forme de nostalgie, qualifiée d’« anémoia » (nostalgie d’une époque non vécue), pour des objets plus simples et intentionnels. Selon l’expert, la déconnexion devient ainsi un nouveau marqueur social, un luxe qui témoigne d’une maîtrise de son environnement numérique et d’une aspiration à un rythme de vie plus lent.

Rejeter l’économie de l’attention

Cette volonté de ralentir est au cœur des travaux de Romain Sohier, Professeur Associé en marketing à l’EM Normandie (https://www.em-normandie.com/annuaire-des-professeurs/romain-sohier) et spécialiste de la « digital detox ».

Il observe un rejet croissant de l’instantanéité et de la pression attentionnelle que les smartphones et leurs algorithmes exercent sur les individus. « Les stratégies de déconnexion, qu’il s’agisse d’utiliser des objets dédiés ou de multiplier les pratiques ‘offline’, visent à réduire la dépendance aux plateformes et à retrouver des plages de concentration profondes », explique-t-il. Il s’agit d’une démarche active pour réintroduire des temporalités plus humaines dans un quotidien dicté par la vitesse des réseaux, et pour se réapproprier une ressource devenue rare : l’attention.

Du « tout-en-un » au retour de l’objet tangible

D’un point de vue technologique et historique, cette tendance marque une rupture.

Après des années de « bundling », c’est-à-dire la concentration de toutes les fonctionnalités dans un seul appareil, le smartphone, « on observe un mouvement inverse de ‘débundling’ et de rematérialisation », note Solène Juteau, Professeur Assistant en stratégie à l’EM Normandie (https://www.em-normandie.com/annuaire-des-professeurs/solene-juteau).

Les utilisateurs cherchent à redonner du sens et une forme tangible à leurs pratiques numériques. Choisir un iPod pour la musique, un appareil photo dédié pour les souvenirs ou un carnet pour les notes, c’est réinvestir chaque action d’une intentionnalité qui s’était dissoute dans la polyvalence infinie du smartphone. Cette fragmentation des usages pousse également l’industrie à repenser ses offres pour répondre à ce nouveau besoin de simplicité et d’authenticité.

Une expérimentation concrète à Toulouse

Ce phénomène ne se limite pas à des choix individuels et trouve un écho concret dans le milieu étudiant. Pour la troisième année consécutive, l’école ISCOM Toulouse organise une journée de cours entièrement sans écran pour ses étudiants. Le lundi 13 avril 2026, une soixantaine d’entre eux participeront à cette initiative de déconnexion totale sur leur campus de Labège (373 L’Occitane). L’objectif est de sortir de la sollicitation permanente des écrans pour explorer d’autres formes de créativité et d’interaction. Au programme : ateliers d’écriture, improvisation, yoga, céramique ou encore percussions. Une initiative qui répond à une demande forte des étudiants eux-mêmes, désireux d’expérimenter, le temps d’une journée, un rapport au monde et à l’apprentissage libéré de l’omniprésence numérique.