PARIS : Myrto TRIAPATHI : « Nucléaire : l’Europe est…
Partager :
PARIS : Myrto TRIAPATHI : « Nucléaire : l’Europe est encore loin du compte »
Myrto Tripathi, présidente des Voix du Nucléaire, juge les engagements européens post-sommet insuffisants face aux enjeux énergétiques.
Au lendemain du Sommet sur le nucléaire qui s’est tenu à Paris, les déclarations se multiplient pour analyser la nouvelle posture européenne. Si la reconnaissance par Ursula von der Leyen d’une « erreur stratégique » de l’Union européenne concernant l’atome a été largement saluée, certaines voix s’élèvent pour appeler à la prudence et à l’exigence. C’est le cas de Myrto Tripathi, présidente et cofondatrice de l’association citoyenne Les Voix du Nucléaire, qui, tout en se félicitant de ce changement de discours, alerte sur l’insuffisance des mesures concrètes annoncées.
Une reconnaissance tardive mais bienvenue
Pour Les Voix du Nucléaire, l’aveu public de la présidente de la Commission européenne marque une étape importante, mais ne doit pas masquer les lacunes persistantes de la politique énergétique de l’UE. L’association estime qu’il est crucial de ne pas se contenter de cette déclaration d’intention et de mesurer l’ampleur du retard accumulé, notamment à cause de ce qu’elle qualifie d’« anti-jeu mené par la Commission européenne sur cette question ». La reconnaissance de l’erreur est un premier pas, mais la suite doit être à la hauteur des enjeux climatiques et de souveraineté.
Des moyens financiers jugés dérisoires
Le principal point de friction réside dans le décalage entre les ambitions affichées et les moyens alloués. Myrto Tripathi met en perspective les annonces de Bruxelles avec les besoins réels du secteur. « Les 200 millions d’euros en garanties annoncés par Bruxelles sont sans commune mesure avec les presque centaines de milliards mobilisés par les États-Unis pour leur programme nucléaire, ni même avec les besoins concrets de financement ne serait-ce que d’un seul réacteur type EPR2 », souligne-t-elle. Ce montant, jugé symbolique, ne permettrait pas d’amorcer la dynamique industrielle nécessaire à la relance d’une filière européenne d’envergure.
L’absence d’un cadre clair et équitable
Au-delà de l’aspect financier, la présidente des Voix du Nucléaire pointe plusieurs failles structurelles dans l’approche européenne. Elle déplore l’absence de toute cible chiffrée pour le développement du parc nucléaire, laissant les objectifs dans un flou qui ne favorise pas les investissements à long terme. De plus, le maintien du nucléaire comme simple « énergie de transition » dans la taxonomie européenne continue de freiner son accès aux financements verts, le plaçant dans une position défavorable par rapport aux énergies renouvelables. L’association milite pour un cadre réglementaire et financier véritablement équitable, qui reconnaisse le rôle du nucléaire comme énergie bas carbone pilotable, au même titre que l’hydroélectricité.
Un appel à la vigilance et à l’action
Face à ce constat, Les Voix du Nucléaire appellent à une vigilance citoyenne accrue. Pour l’association, « les déclarations de principe du Sommet ne valent que si elles se traduisent en actes concrets ». Elle formule des demandes claires : une révision ambitieuse de la taxonomie, un accès juste et équitable aux financements publics et la définition d’objectifs précis pour la montée en puissance de l’énergie nucléaire en Europe, considérée comme la seule énergie souveraine bas carbone avec l’hydroélectricité. Ingénieure industrielle diplômée d’HEC, Myrto Tripathi a passé dix ans chez AREVA avant de contribuer aux négociations climatiques des Accords de Paris au sein du UN Global Compact France. Elle a cofondé en 2018 Les Voix du Nucléaire, une association qu’elle présente comme indépendante de l’industrie, des syndicats et des partis politiques, se positionnant comme la représentante des citoyens et des consommateurs d’énergie. Une position qui, selon elle, lui confère une totale liberté de parole.