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PARIS : Elton JOHN : « Quand on prend une photographie, il…

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PARIS : Elton JOHN : « Quand on prend une photographie, il y a un peu de chance et de hasard »

Le Jeu de Paume présente sa programmation avec la collection photographique d’Elton John et la rétrospective inédite de Madeleine de Sinéty.

L’année 2026 s’annonce d’une richesse exceptionnelle au Jeu de Paume (https://jeudepaume.org). À partir du 12 juin, l’institution parisienne proposera un contraste saisissant entre deux univers photographiques majeurs. Au rez-de-chaussée, le public pourra découvrir la toute première rétrospective d’envergure consacrée à Madeleine de Sinéty, une figure singulière de la photographie française restée jusqu’ici dans l’ombre. À l’étage, l’exposition événement « Fragile beauté » dévoilera les trésors de la collection privée de Sir Elton John et de David Furnish, illustrant la passion intacte et le regard expert de deux collectionneurs hors du commun.

Trente ans de passion photographique

Sir Elton John a commencé à acquérir des photographies en 1991. Aujourd’hui, la collection qu’il a patiemment constituée avec David Furnish rassemble plus de 7 000 tirages couvrant les 20ème et 21ème siècles. Produite par le prestigieux Victoria and Albert Museum (V&A) de Londres, l’étape parisienne réunit plus de 300 œuvres allant des années 1950 à nos jours. Le parcours met en lumière le travail de plus de 90 photographes internationaux, parmi lesquels figurent des maîtres incontestés tels que Robert Mapplethorpe, Herb Ritts, Diane Arbus, William Klein, Ai Weiwei, Irving Penn ou encore Richard Avedon.

« Comme lorsque l’on écrit une chanson, il y a, quand on prend une photographie, un peu de chance et de hasard – quelque chose se produit au bon moment et il faut avoir l’intelligence d’appuyer sur le déclencheur. », a déclaré Sir Elton John.

Divisée en cinq sections thématiques, l’exposition explore avec profondeur le désir, la célébrité, la mode, le reportage et l’affirmation des identités. Elle présente notamment des portraits de figures iconiques de la culture pop, ainsi qu’une installation monumentale de 149 tirages de la photographe Nan Goldin, issus de sa série historique « Thanksgiving ». « Fragile beauté est un palimpseste de possibilités […]. Nous avons beaucoup à apprendre de la collection photographique d’Elton John et de David Furnish. », a souligné Duncan Forbes, conservateur en chef de la photographie au V&A.

Madeleine de Sinéty, la mémoire des invisibles

En écho à cette collection spectaculaire, le Jeu de Paume offre une mise en lumière poignante sur l’œuvre de Madeleine de Sinéty (1934-2011). Cette artiste autodidacte, ancienne dessinatrice de mode formée aux Arts Décoratifs, a consacré quatre décennies à documenter des mondes et des métiers en voie de disparition, alternant la couleur et le noir et blanc. Dès 1970, elle capture les rues d’un Paris en pleine mutation avec sa série « Paris démoli », s’attardant sur le quartier populaire de Montparnasse menacé par l’urbanisme moderne. Accompagnée de son mari journaliste, elle arpente également les gares pour documenter la fin de l’ère des trains à vapeur, partageant les temps de repos des mécaniciens et découvrant la réalité ouvrière.

« Peut-être devrais-je ne faire que de la photo, pas du dessin ? Et pourtant j’aimerais bien pouvoir rendre la vie avec un bout de papier et un crayon, la photo n’est que plus rapide que mes mains, ce que je vois, c’est pareil et ce sont les mêmes choses qui me touchent. », écrivait Madeleine de Sinéty dans son journal en 1972.

Une immersion totale dans le monde rural

La force de l’œuvre de Madeleine de Sinéty réside dans sa proximité absolue avec ses sujets. Cette démarche atteint son paroxysme lorsqu’elle décide d’abandonner sa vie parisienne pour s’installer durant dix ans à Poilley, un petit village de Bretagne. Loin du reportage éphémère, elle s’intègre profondément à la communauté, aidant aux travaux des champs et photographiant l’intimité d’une vingtaine de familles agricoles. Cette immersion de longue haleine donne naissance à une archive monumentale de plus de 50 000 images, un témoignage rare sur un monde rural ancestral qui vit ses ultimes heures. Plus tard, suivant son mari aux États-Unis, elle reproduira cette méthode documentaire humaniste dans la petite ville de Rangeley, dans le Maine, immortalisant le quotidien, les mariages et les rituels d’une autre communauté rurale.

Une saison sous le signe du regard documentaire

La programmation 2026 du Jeu de Paume propose actuellement, et jusqu’au 24 mai, deux autres expositions remarquées : « Global Warning », une relecture de l’œuvre du célèbre photographe britannique Martin Parr à l’aune des dérèglements environnementaux, et « En ces lieux », dédiée à la Sud-Africaine Jo Ractliffe. L’automne sera ensuite marqué par une vaste rétrospective de l’artiste canadien Stan Douglas, du 16 octobre 2026 au 31 janvier 2027, croisant cinéma et photographie pour décortiquer l’histoire sociale et politique. Des cycles de cinéma pointus viendront ponctuer cette année institutionnelle foisonnante.