CANNES : Sylvie Bourgeois Harel : « Mon écriture est prémon…
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CANNES : Sylvie Bourgeois Harel : « Mon écriture est prémonitoire, ce qui me bloque »
L’auteure Sylvie Bourgeois Harel raconte comment une mésaventure au Festival de Cannes a reproduit une scène de son roman « Sophie à Cannes ».
Dans une récente chronique, l’auteure et réalisatrice Sylvie Bourgeois Harel partage une expérience troublante où la réalité semble avoir imité à la perfection la fiction qu’elle avait elle-même écrite. Elle y explore le concept d’« écriture prémonitoire », un phénomène qui la fascine autant qu’il l’inhibe, de peur de voir ses écrits les plus sombres se matérialiser.
Une intuition surnommée « Baba Yaga »
Sylvie Bourgeois Harel confie avoir toujours eu une forte intuition, au point que ses frères la surnommaient « Baba Yaga », la sorcière des contes russes. « Je disais toujours ce qui allait arriver, on ne me croyait jamais, encore aujourd’hui, on ne m’écoute pas », explique-t-elle. Cette particularité, qu’elle portait depuis l’enfance, semble avoir pris une nouvelle dimension avec son activité d’écrivain. « Maintenant que j’écris, j’ai toujours de l’intuition, mais j’ai aussi une écriture prémonitoire, ce qui me bloque car je n’ose pas écrire certaines choses de peur qu’elles se réalisent », avoue l’auteure.
Quand la fiction précède la réalité
Le point de départ de cette prise de conscience est son roman « Sophie à Cannes », publié aux éditions Flammarion. L’intrigue suit les péripéties d’une jeune femme, Sophie, invitée au prestigieux festival par une amie qui lui fait faux bond au dernier moment. Se retrouvant sans logement, l’héroïne décide de rester et doit chaque soir trouver une solution pour ne pas dormir à la rue, l’entraînant dans des situations rocambolesques. Ce scénario a permis à l’auteure de dépeindre un univers qu’elle connaît intimement, ayant fréquenté le festival dans des conditions très privilégiées durant de nombreuses années, logée dans des palaces et accédant aux soirées les plus exclusives.
Une soirée cannoise aux airs de déjà-vu
Quelques années après la sortie du livre, la réalité rattrape la fiction. Alors en séjour à Nice, Sylvie Bourgeois Harel est saisie d’une envie soudaine de retourner à Cannes pour une soirée. Seule, elle obtient une invitation pour la projection de 19 heures au Palais des Festivals. S’ensuit une préparation digne des plus grandes stars : emprunt d’une robe de soirée chez son ami le créateur Christophe Guillarmé, séance de coiffure et de maquillage dans la suite Franck Provost au Martinez. Mais un problème logistique se pose : le dernier train pour Nice part à 20h45, en plein milieu de la séance. Une connaissance, Éric, lui propose que son assistante Julie la raccompagne en voiture après la projection. Le plan semble parfait. Pourtant, une fois installée dans la salle, l’intuition de l’auteure s’emballe. « Mon intuition me dit que Julie va me faire faux bond », raconte-t-elle. Ses textos à Julie, Éric et un ami commun restent sans réponse. À 20 heures, il est trop tard pour prendre le train.
Du roman à la Croisette, un mimétisme troublant
À la fin du film, les trois téléphones sont toujours éteints. Sylvie Bourgeois Harel se retrouve exactement dans la même situation que son personnage : seule à Cannes et sans savoir où passer la nuit. L’histoire continue de suivre, pas à pas, le fil de son propre roman. Un ami, Dominique, propriétaire du palace Le Majestic, l’invite à dîner. Devant lui, elle relate sa situation en riant du parallèle avec son livre. Dominique lui propose alors de l’héberger dans sa suite. « Merci, mais je ne préfère pas », répond-elle, se remémorant que son héroïne Sophie avait accepté une proposition similaire et l’avait regretté. Le mimétisme est saisissant. C’est alors qu’un autre couple d’amis, Hélène et son mari, lui lance : « Venez dormir sur notre yacht, notre Mangusta est au mouillage ». Une offre qu’elle accepte sans hésiter, sauvée, tout comme son héroïne de papier qui avait, elle aussi, trouvé refuge sur un bateau.
Le lendemain matin, l’expérience se poursuit. Déposée au ponton du Martinez, en robe de soirée et talons hauts, elle revit la « honte » de son personnage, contrainte de récupérer sa valise à la consigne du palace pour se changer dans les toilettes. « Confortablement assise devant mon orange pressée […], je me dis que, finalement, c’est vraiment chouette ce Festival de Cannes », conclut-elle avec philosophie. Et d’ajouter, comme un défi lancé à son propre pouvoir : « Et puisque mon écriture est prémonitoire, j’écris sur une feuille de papier mon désir le plus cher afin qu’il se réalise ». L’histoire ne dit pas encore si ce dernier vœu a été exaucé.


