MARSEILLE : Véronique EYRAUD : « Chez Marthe est un espace…
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MARSEILLE : Véronique EYRAUD : « Chez Marthe est un espace de dignité et de projection vers l’avenir »
Incubé par KEDGE Business School, le tiers-lieu « Chez Marthe » vient d’ouvrir à Marseille pour offrir un toit et un avenir aux femmes sans-abri.
C’est une initiative qui redéfinit les codes de l’hébergement d’urgence. Depuis février 2026, le projet « Chez Marthe » a ouvert ses portes en plein cœur de Marseille, investissant un ancien édifice religieux de 1 400 m². Loin de la simple mise à l’abri temporaire, ce tiers-lieu solidaire ambitionne de proposer une solution pérenne et humaine à des femmes en situation de grande précarité. Porté par un collectif associatif et soutenu par l’incubateur de KEDGE Business School (https://kedge.edu/), ce projet répond à une crise sociale qui s’aggrave, frappant de plein fouet une population souvent invisible.
Une urgence sociale méconnue
La création de ce lieu intervient dans un contexte alarmant. Selon un récent rapport du Sénat (https://www.senat.fr/rap/r24-015-1/r24-015-12.html), les femmes représentent désormais 40 % des personnes sans domicile en France. Chaque soir, environ 3 000 femmes et autant d’enfants dorment à la rue, exposés à des dangers constants. Le rapport met en lumière une réalité glaçante : l’errance féminine est marquée par des stratégies d’invisibilisation pour échapper aux violences, mais la rue finit toujours par blesser.
Les données sanitaires sont sans appel : vieillissement accéléré, grossesses à risques et troubles psychiques sévères sont le quotidien de ces femmes. Plus terrible encore, la quasi-totalité d’entre elles subissent des violences sexuelles. Le constat médical est brutal : après un an à la rue, le taux de victimation sexuelle atteint des sommets, faisant de la sécurité un impératif absolu. C’est précisément pour briser ce cycle de violence et d’errance que « Chez Marthe » a été conçu.
Réinventer l’habitat solidaire
Pour répondre à cette problématique complexe, le projet propose bien plus qu’un lit. Il s’agit d’un habitat alternatif social gratuit, pensé pour accueillir à terme une trentaine de résidentes et leurs enfants dans 50 chambres. L’objectif est de sortir du modèle classique de la nuitée d’hôtel, jugé inadapté car instable et ne permettant pas la reconstruction personnelle.
L’innovation réside dans l’utilisation de l’espace. Le site repose sur l’occupation temporaire de fonciers vacants, transformés en lieux de vie intégrés au tissu urbain. Ce modèle d’ingénierie urbaine permet de mobiliser des bâtiments inoccupés pour en faire des leviers d’insertion sociale, avec le soutien des collectivités territoriales et de l’État.
L’hybridation pour recréer du lien
L’originalité de « Chez Marthe » tient à sa mixité d’usages. Le lieu ne se contente pas d’héberger ; il combine un espace de coworking pour entrepreneures et une cantine participative à prix libre, ouverte aux habitants du quartier. Cette ouverture est stratégique.
« Cette hybridation des fonctions permet d’éviter l’isolement, de recréer du lien social et de favoriser l’autonomie des résidentes », explique Véronique Eyraud, fondatrice du projet.
Pour cette figure de l’économie sociale et solidaire, la dignité est la clé de la réinsertion : « Nous avons voulu créer un lieu qui ne se contente pas de mettre à l’abri, mais qui permet aux femmes de se reconstruire et de reprendre leur place dans la société. Chez Marthe est un espace de dignité, de mixité et de projection vers l’avenir ».
La force de l’accompagnement entrepreneurial
Pour passer de l’intention humaniste à une structure viable, le collectif — comprenant Habitat Alternatif Social, Sister4Good, Les Petites Cantines et JUST — a bénéficié de l’expertise de KEDGE Business School. L’incubateur de l’école de management a joué un rôle déterminant dans la structuration du projet.
Cet accompagnement a permis de sécuriser le montage financier, mêlant fonds publics et privés, et d’établir un modèle économique robuste capable de dialoguer avec les institutions. « Chez Marthe est la preuve que l’entrepreneuriat à impact peut apporter une réponse technique et pérenne à l’urgence sociale. Notre rôle a été de transformer une vision solidaire en un projet structuré capable de convaincre les partenaires institutionnels et financiers », analyse Feyrouz Tripotin, directrice de l’entrepreneuriat à KEDGE.
Cette collaboration entre acteurs sociaux et académiques vise désormais plus loin : faire de « Chez Marthe » un pilote duplicable, adaptable à d’autres immeubles vacants à Marseille et, à terme, sur l’ensemble du territoire national.

