PARIS : Nathalie CHAILLOU : « Les États répètent leurs erre…
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PARIS : Nathalie CHAILLOU : « Les États répètent leurs erreurs comme des héritages familiaux »
Le projet « Réparer les États-Nations » lance la psychogénéalogie des États pour analyser les traumatismes historiques qui dictent les politiques.
Face aux crises qui se succèdent, les États semblent piégés dans une boucle de répétition. Centralisation accrue, expansion territoriale, recherche de la croissance à tout prix : autant de stratégies éprouvées qui, malgré leurs échecs passés, continuent d’être appliquées avec une constance déconcertante. C’est pour percer ce mystère que le projet de recherche « Réparer les États-Nations », piloté par Nathalie Chaillou, diplômée de Sciences Po, lance une discipline inédite : la psychogénéalogie des États. Le postulat est audacieux : les choix politiques ne seraient pas uniquement le fruit de décisions rationnelles, mais aussi l’héritage de traumatismes historiques et de récits fondateurs non résolus qui continuent d’influencer les décisions collectives.
Une nouvelle discipline : la psychogénéalogie des États
Initialement développée pour comprendre la transmission de traumatismes au sein des familles par des figures comme Françoise Dolto ou Anne Ancelin Schützenberger, la psychogénéalogie est ici transposée à l’échelle des nations. L’approche part du principe qu’un État possède une mémoire collective et que certains événements, tels que des guerres, des révolutions ou des effondrements, agissent comme des traumatismes non digérés. Ces chocs historiques engendrent des réflexes et des schémas de pensée qui se transmettent de génération en génération, souvent de manière inconsciente, et finissent par constituer des blocages.
Cette grille de lecture ne vise pas à simplifier la politique en la « psychologisant », mais à enrichir les analyses géopolitiques et historiques traditionnelles. Le projet illustre ce mécanisme avec l’exemple des États-Unis, où la tentation récurrente d’acquérir de nouveaux territoires, comme l’intérêt manifesté pour le Groenland, s’inscrirait dans une logique d’expansion héritée de leur histoire et d’une croyance en une croissance infinie. Dans un monde aux ressources limitées, ce réflexe historique devient aujourd’hui contre-productif.
Du diagnostic à la réparation : le cas français
Le projet, fruit de plus de dix ans de recherches, se déploie en deux temps. Une première phase de diagnostic, déjà accessible en vidéo, a permis d’identifier les schémas de répétition propres à plusieurs trajectoires nationales. Le projet entre désormais dans sa phase de « réparation ». Ce terme ne désigne pas une solution miracle, mais un processus visant à rendre visibles les héritages qui conditionnent les choix d’un État pour lui permettre d’envisager d’autres voies.
Pour inaugurer cette seconde étape, le projet se concentre sur le cas de la France. Ce choix est motivé par la longue histoire de l’État français, marquée par une forte centralisation du pouvoir et un rapport singulier à l’autorité. Les nouvelles vidéos, qui analysent la matrice française, sont désormais accompagnées de sessions de questions-réponses avec Nathalie Chaillou pour favoriser une compréhension approfondie de cette discipline émergente.
Un projet porté par une expertise pluridisciplinaire
Derrière « Réparer les États-Nations », Nathalie Chaillou s’appuie sur une solide base théorique, à la croisée de plusieurs champs du savoir. Son travail convoque aussi bien les recherches d’historiens de la genèse de l’État moderne (Jean-Philippe Genêt, Alain Guéry) que les apports de sociologues anglo-saxons (Thomas Ertman, Randall Collins) et d’économistes (Joseph Stiglitz). La réflexion s’ouvre également au-delà du modèle occidental, avec des références aux travaux sur les traditions chinoise et arabe, tout en s’ancrant dans la psychologie historique d’Ignace Meyerson et les approches systémiques de l’École de Palo Alto.
L’objectif de cette démarche est de fournir aux citoyens des outils pour analyser objectivement leur propre modèle de gouvernance et repenser les impasses actuelles.
Pour en savoir plus, le projet et ses vidéos sont présentés sur le site officiel : https://www.histoiresdunereparation.fr


