PARIS : Annie GENEVARD : « La reconquête alimentaire est un…
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PARIS : Annie GENEVARD : « La reconquête alimentaire est une nécessité historique »
Au Salon de l’Agriculture, Annie Genevard dévoile les ambitions des filières pour restaurer la souveraineté alimentaire française d’ici dix ans.
C’est un appel au « grand réveil alimentaire » qui résonne dans les allées du Salon international de l’Agriculture ce mardi 24 février 2026. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, a présenté les premières conclusions des Conférences de la souveraineté alimentaire, lancées en décembre dernier. Face à une balance commerciale excédentaire qui s’érode, l’objectif est clair : tracer une trajectoire de production robuste pour la prochaine décennie.
« La reconquête alimentaire de la France n’est pas un slogan, c’est une nécessité historique », a martelé la ministre lors de ce point d’étape. Les travaux, coordonnés par Ludovic Spiers, ancien directeur général d’Agrial, ont mobilisé plus de 250 professionnels pour identifier les marges de manœuvre filière par filière.
Un investissement massif pour les viandes blanches
Le constat est sévère pour la volaille de chair, dont plus de 50 % de la consommation nationale dépend des importations. Pour inverser la tendance, le groupe sectoriel « Viandes blanches » annonce une ambition forte : l’installation ou la reprise d’environ 500 élevages par an, toutes espèces confondues.
La filière volaille vise une hausse de production de 4,8 % par an pour reconquérir les parts de marché, notamment sur le poulet standard. Ces objectifs s’accompagnent d’un plan d’investissement global (amont et aval) estimé entre 10 et 15 milliards d’euros sur dix ans. « Reconquête est le mot d’ordre », confirme Christiane Lambert, présidente de la FICT, soulignant la nécessité de moderniser les outils industriels et de simplifier les procédures administratives.
Grandes cultures et souveraineté maraîchère
Du côté des fruits et légumes, le déficit commercial reste structurellement lourd. L’ambition affichée est de gagner 5 points de souveraineté à l’horizon 2030, puis 10 points pour 2035. La filière pomme de terre, fer de lance du secteur, prévoit d’augmenter ses volumes transformés de près d’un million de tonnes pour répondre à la demande mondiale de produits surgelés et de chips.
Pour les grandes cultures, où la France excelle (premier producteur européen de blé et de maïs), l’enjeu se déplace vers la transformation. Le plan propose notamment de remplacer une partie des importations de pâtes italiennes — souvent fabriquées avec du blé dur français — par des pâtes produites directement dans l’Hexagone.
Stabiliser l’élevage de ruminants
La filière bovine, confrontée à une décapitalisation inquiétante, se fixe pour objectif de stopper l’hémorragie. La feuille de route prévoit une augmentation de 20 000 tonnes équivalent carcasse (tec) de viande bovine d’ici 2030 et un retour à une collecte de 24 milliards de litres de lait de vache.
« Notre ambition est que les filières ruminants restent des piliers de notre souveraineté », indique Damien Lacombe, ex-président de Sodiaal, insistant sur la nécessité de créer de la valeur pour permettre aux éleveurs d’investir, notamment face au défi du renouvellement des générations.
L’adaptation nécessaire de la viticulture et de la pêche
Face à une baisse structurelle de la consommation de vin (potentiellement -5 à 6 millions d’hectolitres d’ici 2035), la filière viticole mise sur l’adaptation : innovation variétale, conquête de nouveaux marchés à l’export et diversification vers des produits sans alcool ou aromatisés.
Le secteur de la pêche et de l’aquaculture appelle quant à lui à un renouvellement urgent de la flotte, dont l’âge moyen atteint 32 ans, pour sécuriser l’accès à la ressource. Olivier Le Nezet, président du CNPMEM, rappelle que les pêcheurs français fournissent aujourd’hui moins du quart des poissons consommés dans le pays.
Vers une déclinaison régionale
Ces premières conclusions nationales marquent le début de la phase territoriale. D’ici l’été 2026, préfets et chambres d’agriculture déclineront ces ambitions au niveau régional pour identifier des projets concrets. « Une nouvelle étape s’ouvre désormais, et elle appartient aux territoires », a conclu Annie Genevard. Le plan définitif à dix ans sera présenté à l’été.
Les synthèses complètes sont disponibles sur le site du ministère : www.agriculture.gouv.fr

