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PARIS : Caroline GANS COMBE : « Les données agricoles, un levier économique structurant pour les agriculteurs »
À la veille du Salon de l’Agriculture, une experte de l’INSEEC souligne le potentiel des données agricoles, une ressource stratégique sous-exploitée.
À l’heure où le monde agricole français traverse une crise profonde, une ressource immatérielle mais stratégique pourrait offrir de nouvelles perspectives de revenus : la donnée. Selon Caroline Gans Combe, professeure associée et directrice de la Recherche Structurée à l’INSEEC Grande École, les informations générées quotidiennement par les exploitations constituent un véritable actif économique dont la valeur échappe encore largement à ceux qui la produisent.
Un trésor numérique au cœur des exploitations
Chaque jour, les fermes françaises collectent une masse considérable de données relatives aux sols, à l’utilisation de l’eau, aux conditions climatiques, à la santé des cultures ou encore aux rendements. Ces informations précieuses ne dorment pas dans les serveurs ; elles sont la matière première qui alimente les outils d’aide à la décision, les modèles d’intelligence artificielle et une multitude de services développés par les acteurs de l’agritech.
Le paradoxe, souligné par l’experte, est que les agriculteurs, à l’origine de cette richesse, n’en tirent que très peu de bénéfices directs. « Les exploitants produisent la matière première, mais n’en maîtrisent ni l’usage ni la valeur », analyse Caroline Gans Combe. Cette situation crée un déséquilibre majeur et constitue un frein à l’adoption des technologies numériques, perçues comme coûteuses sans retour sur investissement direct et clair.
Un marché en pleine expansion qui échappe aux agriculteurs
Le potentiel économique est pourtant colossal. Le marché de l’agriculture numérique, estimé à 23 milliards de dollars en 2025, devrait connaître une croissance exponentielle pour dépasser les 60 milliards de dollars d’ici 2034. Actuellement, ce sont principalement les grands industriels et les plateformes technologiques qui structurent ce marché et captent l’essentiel de la valeur ajoutée.
Pour Caroline Gans Combe, la reconnaissance des données comme un véritable actif agricole est une question structurante pour l’avenir du secteur. Il s’agit de permettre aux agriculteurs de monétiser cette ressource, transformant une simple collecte d’informations en une nouvelle source de revenu tangible et durable.
Au-delà de l’économie, un enjeu écologique et financier
La valeur de ces données ne se limite pas à l’optimisation de la production. Elles sont également essentielles pour mesurer et valoriser les services écologiques rendus par les exploitations : stockage de carbone dans les sols, préservation de la biodiversité, gestion de la ressource en eau, etc. Selon les analyses, ces services environnementaux peuvent représenter jusqu’à 50 % de la valeur économique des grandes cultures.
Cette capacité à quantifier l’impact écologique devient un critère de plus en plus déterminant pour les acteurs financiers, qui intègrent désormais les performances environnementales dans leurs modèles d’évaluation et leurs décisions d’investissement. La maîtrise des données offre ainsi aux agriculteurs un levier pour faire reconnaître et rémunérer leurs efforts en faveur de la transition écologique.
Vers une nouvelle gouvernance de la donnée agricole
Face à ce constat, l’experte des nouveaux paradigmes de l’innovation plaide pour une refonte des règles du jeu. Pour que la donnée devienne un levier économique au service des agriculteurs, il est impératif de mettre en place un cadre garantissant leur pleine maîtrise et une juste valorisation de leurs informations. Ce débat sur la souveraineté et la propriété des données agricoles s’impose désormais comme un enjeu central pour assurer la pérennité et la compétitivité de l’agriculture française.


