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PARIS : Pr David SMADJA : « Le silence est devenu un risque…

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PARIS : Pr David SMADJA : « Le silence est devenu un risque pour la santé publique »

Face à la montée des fake news, le Pr David Smadja exhorte les scientifiques à investir les réseaux sociaux. Un enjeu clé du prochain salon MedInTechs.

La désinformation en matière de santé n’est plus un simple bruit de fond numérique. Elle engendre désormais des conséquences sanitaires tangibles, illustrées par la résurgence de pathologies que l’on croyait maîtrisées, à l’image des épidémies de rougeole observées aux États-Unis. Face à ce constat alarmant, le Pr David Smadja, hématologiste et professeur à l’Université Paris Cité, tire la sonnette d’alarme et appelle le monde médical à un sursaut de communication.

Un vide dangereux sur les réseaux sociaux

Le cœur du problème réside dans le décalage entre les habitudes d’information du public et la présence des experts. « Les réseaux sociaux sont devenus le premier espace d’information en santé, notamment chez les jeunes », explique le Pr Smadja. Pourtant, cet espace stratégique est largement déserté par ceux qui détiennent le savoir validé.

La science, les médecins et les grandes institutions de santé brillent trop souvent par leur absence sur ces plateformes. Selon l’hématologiste, ce retrait volontaire s’explique par une crainte diffuse : celle des polémiques, des attaques virulentes ou du soupçon permanent de conflits d’intérêts qui pèse sur la parole officielle.

La nature ayant horreur du vide, cet espace laissé vacant est immédiatement occupé. « Ce vide est aujourd’hui occupé par des discours anti-science, avec des conséquences sanitaires réelles », déplore le professeur. En se retirant de l’arène numérique, la communauté scientifique laisse le champ libre à la propagation de fausses nouvelles médicales, de la défiance vaccinale et d’une confusion généralisée.

Une erreur collective à réparer

Pour David Smadja, cette posture de retrait n’est plus tenable face aux enjeux actuels. Il qualifie cette démission tacite de véritable faute stratégique : « Laisser les réseaux sociaux aux antivax est une erreur collective ».

La solution préconisée est claire : la science doit impérativement reprendre la parole. Il ne s’agit pas seulement de publier des articles dans des revues spécialisées, mais d’aller au contact du grand public, là où il se trouve. Cela implique d’expliquer les faits « simplement » et de « répondre sans peur » aux interrogations, même les plus polémiques. Pour l’expert, l’enjeu dépasse la simple communication : « Le silence est devenu un risque pour la santé publique ».

Sortir de la diabolisation des laboratoires

Au-delà de la présence médicale, le Pr Smadja soulève un point souvent sensible du débat public : la place de l’industrie pharmaceutique. Il regrette une forme de « diabolisation croissante » des laboratoires, qui sont pourtant des maillons essentiels de la chaîne de soins.

« Critiquer est légitime. Diaboliser ne l’est pas », tranche-t-il. Il rappelle une réalité fondamentale souvent occultée par les postures idéologiques : « Il ne faut pas oublier une chose simple : ce sont les laboratoires qui développent et fabriquent les médicaments. Les exclure du débat, c’est oublier comment fonctionne concrètement notre système de santé ». Pour lui, un débat sain doit inclure tous les acteurs, sans ostracisme.

MedInTechs : briser les silos

Cette urgence de réinvestir l’espace public et numérique sera au centre des discussions lors du prochain salon MedInTechs, qui se tiendra à Paris. Une table ronde spécifique abordera ces thématiques, proposant un format inédit conçu pour casser les codes habituels.

L’objectif affiché est de réunir autour de la même table des chercheurs, des institutions de santé, des industriels et des experts de la communication. Cette approche vise à « remettre le débat scientifique au centre », en dépassant les postures idéologiques et les fonctionnements en silos qui paralysent trop souvent la réponse face à la désinformation.

Le Pr Smadja plaide pour une alliance sacrée où pouvoirs publics, chercheurs et acteurs privés avancent de concert. C’est à ce prix, selon lui, que la science pourra cesser de se taire et regagner la confiance du public sur les terrains numériques.