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ADDIS ABEBA : Duma Gideon BOKO : « Nous ne pouvons pas permettre d’anéantir des décennies de progrès »
Réunis au sommet de l’Union africaine, les chefs d’État exigent des financements durables pour éviter une résurgence catastrophique du paludisme.
L’heure est grave à Addis-Abeba. Alors que les chefs d’État et de gouvernement sont réunis ce mardi 17 février 2026 pour le 39e Sommet de l’Union africaine, le constat sanitaire dressé sur le continent est alarmant. Face à une stagnation des progrès et une crise financière qui s’aggrave, les dirigeants africains ont lancé un appel unifié pour inaugurer une nouvelle ère de financement dans la lutte contre le paludisme.
Le Rapport 2025 de l’Union africaine sur les progrès accomplis, présenté par l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA – www.ALMA2030.org), révèle des chiffres inquiétants. En 2024, les États membres ont enregistré 270,8 millions de cas, soit 96 % du total mondial, et 594 119 décès. « La convergence sans précédent de défis qui menacent l’élimination du paludisme s’est intensifiée », a déclaré Duma Gideon Boko, président de la République du Botswana et président d’ALMA.
Un risque économique et humain majeur
Les progrès sont au point mort depuis 2015. Le rapport met en garde contre les conséquences dévastatrices d’une inaction. Une réduction de 30 % des financements pourrait se traduire par une pénurie de 640 millions de moustiquaires et entraîner près de 400 000 décès supplémentaires d’ici 2030, touchant majoritairement les enfants de moins de cinq ans. Au-delà du drame humain, l’impact économique serait colossal avec une perte estimée à 37 milliards de dollars de PIB.
« L’aide publique au développement pour la santé en Afrique a diminué de 70 % en seulement quatre ans […] Nous ne pouvons pas permettre que ces difficultés anéantissent des décennies de progrès qui ont permis d’éviter 1,64 milliard de cas et de sauver 12,4 millions de vies depuis 2000 », a insisté le président Duma Gideon Boko.
Mobilisation des ressources nationales
Pour pallier la baisse des financements internationaux, l’Afrique décide de prendre l’initiative. Les Conseils et Fonds d’élimination du paludisme mis en place dans 12 pays ont déjà réussi à mobiliser plus de 200 millions de dollars via des partenariats public-privé. L’objectif est clair : élaborer des plans nationaux viables et impliquer l’ensemble de la société, du secteur privé à la diaspora.
Les dirigeants demandent également la relance du « Malaria Booster Programme » de la Banque mondiale. Ce programme, qui avait mobilisé plus d’un milliard de dollars entre 2005 et 2010, est jugé essentiel pour combler les déficits actuels et renforcer les systèmes de santé face au changement climatique.
L’innovation et la recherche africaine à l’honneur
Malgré ce contexte difficile, des lueurs d’espoir existent grâce à l’innovation technologique et scientifique. La Tanzanie, par exemple, se positionne en pointe sur la recherche génétique. « Notre approche couvre l’ensemble des mesures nécessaires pour vaincre cette maladie […] Nos scientifiques travaillent à la frontière avec les nouvelles technologies, notamment le forçage génétique. Il s’agit d’une science africaine, menée par des chercheurs africains, qui relève un défi africain », a souligné Samia Suluhu Hassan, présidente de la République Unie de Tanzanie.
Le déploiement d’outils de nouvelle génération s’accélère. En 2025, 74 % des moustiquaires distribuées étaient des modèles à double action, beaucoup plus efficaces contre les moustiques résistants. De plus, 28,3 millions de doses de vaccins antipaludéens ont été distribuées, marquant une avancée significative dans la protection infantile.
Vers une souveraineté sanitaire industrielle
L’autre pilier de cette stratégie est la production locale. Actuellement dépendante à 99 % des importations pour les vaccins et à 95 % pour les médicaments, l’Afrique cherche à garantir sa souveraineté sanitaire. Le rapport cite l’exemple du Nigéria, qui développe la production locale de traitements et de tests de diagnostic. L’Agence africaine des médicaments, désormais ratifiée par 31 pays, travaille à l’harmonisation des cadres réglementaires pour accélérer ces processus.
L’enjeu est autant sanitaire qu’économique. « Le déploiement complet des outils existants et nouveaux, associé à un financement intégral, pourrait sauver plus de 13,2 millions de vies au cours des 15 prochaines années et stimuler les économies africaines à hauteur de plus de 140 milliards de dollars », a précisé le Dr Michael Adekunle Charles, PDG du RBM Partnership to End Malaria.
Le message envoyé depuis Addis-Abeba est sans équivoque : sans un investissement massif et immédiat, le continent risque de voir resurgir une maladie qu’il a passé deux décennies à combattre. Le rapport complet est consultable sur le site de l’Union Africaine (www.AU.int).


