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MARSEILLE : Corinne VEZZONI : « Il faut composer avec l’eau, pas la contraindre »

Face à la multiplication des inondations, l’architecte Corinne Vezzoni propose une nouvelle approche pour concevoir des bâtiments plus résilients.

La multiplication des pluies diluviennes, des crues soudaines et des ruissellements incontrôlés fragilise les territoires et impose un changement de paradigme architectural. Plutôt que de chercher à contenir artificiellement l’eau par des ouvrages rigides, il est désormais impératif d’apprendre à composer avec elle. C’est la conviction de l’architecte Corinne Vezzoni qui, à travers ses réalisations, défend une approche de la construction et de l’urbanisme en harmonie avec les cycles de l’eau. Elle propose quatre principes fondamentaux pour concevoir des bâtiments et des quartiers capables de s’adapter durablement aux nouvelles réalités climatiques.

Laisser l’eau circuler plutôt que la contraindre

Le premier principe consiste à cesser de lutter contre l’eau en la bloquant, une stratégie qui ne fait souvent que déplacer le risque. Il s’agit au contraire d’accepter ses trajectoires naturelles et de lui ménager des espaces d’expansion. Le lycée Simone Veil à Marseille, situé au pied du massif de l’Étoile, en est une parfaite illustration. Le bâtiment a été volontairement implanté sur le point haut du terrain, libérant en contrebas de vastes surfaces naturelles pour l’absorption des eaux pluviales. Un canyon paysager a été aménagé sur le lit historique de l’eau, complété par des bassins de rétention. Les toitures, conçues en restanques à la manière des terrasses agricoles traditionnelles, freinent la course de l’eau, permettent son stockage temporaire et limitent l’érosion. Cette approche, où la contrainte hydraulique devient un levier de création architecturale, a valu au projet d’être sélectionné pour représenter la France à la Biennale d’Architecture de Venise en 2025.

Désimperméabiliser pour préserver les sols

L’imperméabilisation massive des sols par le bitume et le béton est l’un des principaux facteurs aggravants des inondations. En empêchant l’infiltration, elle accélère le ruissellement et augmente son pouvoir destructeur. La réponse de Corinne Vezzoni est de limiter l’emprise bâtie en construisant plus compact. Cela passe par la superposition des usages, comme à Saint-Mitre où le parvis de l’église est installé sur un toit, ou dans le quartier Chalucet à Toulon, où une densification intelligente a permis de réduire le nombre de bâtiments de sept à cinq. L’externalisation des circulations (halls, couloirs) est un autre levier, visible sur le campus de The Camp à Aix-en-Provence ou à l’IUT de Toulon. Grâce à cette logique, seule la moitié de la parcelle du lycée Simone Veil a été construite, permettant au site de jouer un véritable rôle d’éponge lors des épisodes pluvieux intenses.

Intégrer des espaces de rétention dans le paysage

Face à l’intensification des précipitations, la création de zones de stockage temporaire de l’eau devient indispensable pour soulager les réseaux et prévenir les débordements. L’agence Corinne Vezzoni et Associés intègre systématiquement ces dispositifs dans le paysage, transformant une nécessité technique en agrément. Bassins paysagers, jardins inondables, noues végétalisées ou toitures retenantes inspirées des « ampluvium » romains absorbent les surplus d’eau tout en améliorant le cadre de vie. À Toulon, dans le quartier Chalucet, les jardins et bassins régulent les eaux pluviales tout en créant des îlots de fraîcheur. Sur le campus de l’IUT, les toitures végétalisées participent également au confort thermique. Ces éléments sont pensés dès la conception comme de véritables espaces de vie, alliant efficacité hydraulique et qualité architecturale.

S’adapter à la topographie et au territoire

Chaque projet doit commencer par une lecture fine et respectueuse du site, de sa géographie, de ses pentes et de ses écoulements naturels. La Villa Embrun, dans les Hautes-Alpes, incarne cette philosophie. Construite sur pilotis, elle préserve la pente naturelle du terrain, n’entrave ni le passage de l’eau ni le système racinaire des arbres, et conserve intégralement la végétation existante qui joue un rôle clé dans la stabilisation des sols. À Aix-en-Provence, le campus The Camp applique la même logique : les bâtiments cylindriques s’insèrent dans la pinède sans qu’aucun arbre n’ait été abattu, tandis que la topographie est laissée intacte. L’air et l’eau y circulent librement. Cette adaptation au relief permet de limiter les risques climatiques et hydrauliques sans recourir à des infrastructures lourdes et coûteuses.

Dirigée depuis plus de 20 ans par Corinne Vezzoni, Pascal Laporte et Maxime Claude, l’agence Corinne Vezzoni et Associés (https://www.vezzoni-associes.com/) est reconnue pour son approche contextuelle de l’architecture. Ses réalisations majeures, comme le Centre de conservation du MuCEM à Marseille ou le quartier Chalucet à Toulon, témoignent de cette vision d’une architecture durable, qui place l’humain et le respect de l’environnement au cœur de chaque projet.