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PARIS : BTP – L’intelligence artificielle peine…

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PARIS : BTP – L’intelligence artificielle peine encore à s’imposer sur les chantiers

Une étude de l’Observatoire des métiers du BTP révèle que si l’IA intéresse le secteur, son adoption reste freinée par de nombreux obstacles.

L’intelligence artificielle (IA) est sur toutes les lèvres, mais son écho reste faible sur les chantiers. C’est le constat principal d’une étude inédite publiée ce mardi 10 février par l’Observatoire des métiers du BTP. Réalisée par le cabinet Plein Sens, cette analyse met en lumière un paradoxe majeur : malgré un intérêt certain pour ces technologies, leur intégration effective dans le quotidien des entreprises du bâtiment et des travaux publics demeure embryonnaire. Si l’IA est perçue comme un levier de transformation, le chemin pour passer de la théorie à la pratique semble encore long et semé d’embûches.

Un déploiement timide et limité aux fonctions support

Les chiffres de l’étude sont éloquents : moins de 10 % des entreprises du secteur déclarent utiliser des outils d’IA aujourd’hui. Pourtant, la curiosité est bien présente, puisque 36 % des entreprises interrogées se disent intéressées par un déploiement futur. Cet intérêt est d’ailleurs plus marqué chez les moyennes et grandes entreprises (50 %) que chez les très petites entreprises (30 %), suggérant une fracture numérique croissante.

Actuellement, les usages se concentrent quasi exclusivement sur les fonctions périphériques à la production. L’IA est principalement mobilisée pour des tâches bureautiques et administratives (à 89 %) ou pour des activités tertiaires comme la conception et les travaux d’étude (72 %). Les solutions professionnelles plus spécialisées, directement applicables sur les chantiers ou dans la gestion de projet avancée, sont très peu plébiscitées. L’étude pointe des contraintes structurelles pour expliquer ce phénomène : un secteur très fragmenté, une faible standardisation des process et des exigences de fiabilité extrêmement élevées qui freinent l’expérimentation.

Des freins multiples : technologiques, économiques et culturels

Malgré la volonté affichée, plusieurs obstacles majeurs entravent l’adoption de l’intelligence artificielle dans le BTP. L’Observatoire les a classés en trois grandes catégories.

D’abord, les freins technologiques. L’offre de solutions d’IA est encore peu adaptée aux réalités complexes du terrain et la faible interopérabilité entre les logiciels existants rend leur utilisation à la fois complexe et chronophage, pour un gain d’efficience parfois discutable.

Ensuite, les barrières économiques sont considérables. Le coût d’acquisition de ces outils est jugé prohibitif par de nombreuses PME et ETI au regard des bénéfices attendus à court terme. Cela creuse un fossé entre les grands groupes, qui peuvent investir massivement en recherche et développement, et les petites structures qui attendent des solutions plus matures et abordables.

Enfin, des freins organisationnels et culturels pèsent lourdement. Le vieillissement des dirigeants et des salariés, une acculturation au numérique encore insuffisante dans la profession et un manque de coordination sectorielle ne créent pas un environnement propice à l’innovation et à l’intégration de nouvelles pratiques.

La formation, clé de voûte de l’acculturation à l’IA

Pour surmonter ces défis, l’étude souligne que la montée en compétences est la condition sine qua non pour que l’IA devienne un atout pour toute la profession et non l’apanage de quelques-uns. Elle identifie trois paliers de maturité que les entreprises devront franchir. Le premier concerne les besoins fondamentaux : acquérir un socle solide de culture numérique et apprendre à maîtriser la donnée. Viennent ensuite les besoins intermédiaires, qui exigent de développer une ingénierie d’usage et de savoir piloter le changement en interne. Enfin, les besoins avancés visent à maîtriser l’interopérabilité des systèmes, l’automatisation et la cybersécurité.

Cinq axes pour accélérer la transformation

En conclusion de ses travaux, l’Observatoire des métiers du BTP formule cinq recommandations pour accompagner la filière dans cette transition. Il préconise de :

  1. Développer massivement la culture numérique au sein des entreprises.
  2. Mettre en place des processus pour organiser, fiabiliser et valoriser la donnée.
  3. Sécuriser les usages et aider les entreprises à tester des solutions pour identifier des cas d’application concrets et pertinents.
  4. Structurer une offre de formation claire et accessible, en intégrant des modules IA dans les cursus métiers existants.
  5. Renforcer la coordination sectorielle pour faire émerger une culture commune de l’IA et faciliter une appropriation collective des innovations.

L’Observatoire invite ainsi l’ensemble des acteurs du BTP et de la formation à se mobiliser pour que l’intelligence artificielle devienne un véritable levier de performance et d’attractivité pour les métiers du bâtiment.

L’étude complète est disponible sur le site de l’Observatoire des métiers du BTP : https://www.metiers-btp.fr/nos-etudes/etude-sur-lintelligence-artificielles-dans-les-entreprises-du-btp-2026/