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PARIS : Société – La rupture cognitive menace la surv…

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PARIS : Société – La rupture cognitive menace la survie de la démocratie

Une récente analyse dévoile comment la saturation informationnelle provoque une « rupture cognitive » qui pousse les citoyens à rejeter le système politique.

Si nos institutions fonctionnent encore sur le plan légal, elles semblent avoir perdu leur légitimité aux yeux d’une large part de la population. Dans une publication diffusée le 8 janvier dernier via sa lettre d’information *Com’On En Parle !*, l’expert en communication François Gombert dresse un constat clinique alarmant : la démocratie française ne produit plus de « sens partagé ». Ce phénomène, qualifié de « rupture cognitive », ne relève pas d’un simple désaccord idéologique, mais d’une incapacité biologique à traiter la complexité du monde actuel.

Le cerveau en mode survie

Face à un flux ininterrompu de données et de polémiques, le cerveau humain active désormais des mécanismes de défense. Les chiffres avancés sont éloquents : 40 % de lassitude et 45 % de méfiance au sein de la population. Plus inquiétant encore, 53 % des Français déclarent avoir du mal à suivre le fil des événements en raison de la surcharge informationnelle.

Pour François Gombert, il s’agit d’une véritable « sécession cognitive ». Saturé, le citoyen se replie dans des bulles informationnelles rassurantes, rendant le débat démocratique inaudible. « Lorsque le citoyen fait sécession pour se protéger, la démocratie perd son public », analyse l’auteur, soulignant que le consentement éclairé est la première victime de cet épuisement.

L’échec de la communication traditionnelle

L’analyse pointe également l’inefficacité, voire la nocivité, des techniques classiques de communication politique. Le *storytelling* et les éléments de langage rodés ne fonctionnent plus. Au contraire, ils déclenchent une « réactance psychologique », un réflexe de rejet face à toute tentative de persuasion perçue comme une menace pour l’autonomie de pensée.

Dans ce contexte de défiance généralisée, l’ère du récit a laissé place à l’« ère du Clash ». Plus les responsables politiques tentent de convaincre, plus le cerveau des citoyens se braque, interprétant ces messages comme des agressions.

De la violence administrative à l’agression physique

L’étude établit un lien direct et troublant entre la complexité bureaucratique et la montée des violences envers les élus. En 2024, alors que 61 % des usagers déploraient des difficultés dans leurs démarches administratives, 2 501 atteintes aux élus ont été recensées.

« La violence des usagers est souvent une réponse désespérée à la violence administrative », note l’analyse. Ce sentiment d’humiliation face à un système opaque se transforme en rage contre les représentants de l’État les plus accessibles : les élus locaux.

Les maires, derniers remparts épuisés

Bien que le maire reste l’élu le plus respecté avec 61 % de confiance, cette figure centrale de la République vacille. Depuis 2020, près de 2 200 maires ont démissionné, victimes d’un « burn-out républicain ». En 2023, le rythme s’est accéléré avec 613 démissions, soit près de deux par jour.

L’expert alerte sur cet effondrement silencieux : les maires se retrouvent « à portée de baffe », devant assumer seuls la complexité décidée en haut lieu et la colère qu’elle engendre sur le terrain.

Pour sortir de l’impasse, François Gombert appelle à changer de paradigme : il ne s’agit plus de mieux communiquer pour convaincre, mais de construire des « infrastructures de la compréhension » pour rendre l’action publique enfin lisible.