LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – Instau…
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LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – Instaurer un socle pour se libérer de la peur de l’avenir
Il y a trente ans, le Secours Catholique faisait le choix de documenter, chiffres à l’appui, ce que ses bénévoles observaient au quotidien : la pauvreté, dans toutes ses réalités.
Année après année, ce rapport est bien plus qu’un outil statistique. C’est une vigie, un baromètre du visage changeant de la pauvreté, mais aussi un cri adressé à la société et aux pouvoirs publics.
Et maintenant, on fait quoi ?
L a tentation peut être forte, face à un défi tel que l’aggravation de la pauvreté, de vouloir dresser l’inventaire des réponses à apporter. Mais si on commençait par écouter ce que demandent les personnes concernées ? Demander de l’aide n’est jamais simple. Aussi les demandes le plus fréquemment adressées au Secours Catholique donnent-elles une indication assez claire des besoins essentiels des personnes confrontées à la précarité.
Depuis vingt ans et de façon relativement constante, celles que nos bénévoles entendent le plus (chez 40 à 60% des personnes rencontrées selon les années) sont, alternativement, une demande d’aide alimentaire et une demande d’écoute. Mais avant d’esquisser les grands axes de ce que pourrait être une politique de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, encore faut-il que, collectivement, nous en fassions une priorité.
Besoin de survivre : instaurer un socle pour se libérer de la peur de l’avenir
L’aide alimentaire est le second besoin le plus exprimé par les ménages rencontrés, souvent par les mamans, avec de fortes hausses au moment des crises (post-2008 et 2020). Sans surprise, ce sont les plus pauvres des ménages qui expriment le plus ce besoin : quand le budget ne permet pas de joindre les deux bouts, l’alimentation sert de variable d’ajustement. Notre enquête sur la période Covid avait révélé des situations d’insécurité alimentaire grave chez 27% des ménages soutenus. La demande de vêtements, plus marquée chez les ménages étrangers avec enfants, complète ce registre des besoins matériels essentiels adressés à notre association.
La récurrence de cette demande faite aux associations signe un échec de l’action publique. Il n’est pas acceptable que, dans notre pays riche, près de 3 millions de personnes dépendent des associations pour pouvoir se nourrir et nourrir leurs enfants. La puissance publique s’est défaussée de ses responsabilités en faisant porter par les associations, dont l’aide était conçue pour répondre à des situations d’urgence, la réponse à un problème structurel. Le même constat peut être fait en matière d’accès au logement.
Cette demande ne transparaît pas comme telle dans nos chiffres, car les personnes n’attendent guère du Secours Catholique qu’il leur offre un toit. Pourtant, pouvoir se projeter dans un «chez soi» est bien la première préoccupation de nombreux ménages : c’est le cas des ménages sans logement stable (36% en 2024, en hausse de 11 points en 10 ans), comme de ceux qui, en situation d’impayé de loyer (41% des ménages en 2024), craignent pour leur maintien dans le logement.
Or depuis des décennies, plutôt que d’apporter des réponses à l’insuffisance structurelle de logements abordables en zones tendues, l’État a surtout développé des solutions d’urgence –centres d’hébergement, nuitées hôtelières–, certes nécessaires, mais insuffisantes, coûteuses et de court-terme. « Se libérer de la peur de l’avenir» : la promesse de la Sécurité sociale, au sortir de la guerre, devrait continuer à nous guider.
Dans une période de fortes incertitudes sur l’avenir, les habitants de notre pays ont besoin de savoir qu’ils peuvent s’appuyer, en cas de coup dur, sur le collectif que forme notre société pour subvenir à leurs besoins essentiels. Cela passe par des services publics accessibles en matière de santé ou d’éducation, par un revenu minimum garanti à un niveau décent, par la mise en oeuvre effective du droit au logement ou à l’hébergement, mais aussi par des politiques de transition écologique et alimentaire pour rendre l’avenir moins inquiétant et permettre à chacun de s’y projeter.


