LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – Réinsu…
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LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – Réinsuffler de la fraternité dans les relations et les politiques
Il y a trente ans, le Secours Catholique faisait le choix de documenter, chiffres à l’appui, ce que ses bénévoles observaient au quotidien : la pauvreté, dans toutes ses réalités.
Année après année, ce rapport est bien plus qu’un outil statistique. C’est une vigie, un baromètre du visage changeant de la pauvreté, mais aussi un cri adressé à la société et aux pouvoirs publics.
Et maintenant, on fait quoi ?
L a tentation peut être forte, face à un défi tel que l’aggravation de la pauvreté, de vouloir dresser l’inventaire des réponses à apporter. Mais si on commençait par écouter ce que demandent les personnes concernées ? Demander de l’aide n’est jamais simple. Aussi les demandes le plus fréquemment adressées au Secours Catholique donnent-elles une indication assez claire des besoins essentiels des personnes confrontées à la précarité.
Depuis vingt ans et de façon relativement constante, celles que nos bénévoles entendent le plus (chez 40 à 60% des personnes rencontrées selon les années) sont, alternativement, une demande d’aide alimentaire et une demande d’écoute. Mais avant d’esquisser les grands axes de ce que pourrait être une politique de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, encore faut-il que, collectivement, nous en fassions une priorité.
Besoin d’exister : réinsuffler de la fraternité dans nos relations et nos politiques
Ce que vivent les personnes que nous rencontrons est lourd à porter. 43% ont vécu un accident de la vie récent (séparation, perte d’emploi ou de logement, exil, deuil, souci de santé, accident budgétaire). Souvent les personnes se sentent seules pour faire face à leur situation, elles ne voient pas d’issue, elles peuvent aussi en avoir honte ou souffrir du regard des autres. Ainsi cette femme de Saint-Antonin : «J’ai été placée en invalidité totale de 2002 à 2015 en raison d’une maladie non visible, j’ai donc été jugée “faignante” par les gens, car “tout ce qui n’est pas visible, c’est mal vu”. J’ai ressenti que la société me jugeait “mal”». Alors ces personnes cherchent d’abord quelqu’un avec qui parler, une épaule sur laquelle s’appuyer. Répondre à ce besoin d’exister aux yeux des autres, de reconnaissance, accueillir de façon inconditionnelle les personnes qui traversent une épreuve, quelle que soit leur trajectoire, c’est le cœur du projet du Secours Catholique, comme d’autres associations.
De l’action publique, on ne saurait attendre qu’elle prenne intégralement en charge ce besoin de fraternité. En revanche, il est urgent que la parole et l’action publiques entendent l’attente de respect formulée par tant de personnes en galère, qui résonne comme un cri : « Si on a du respect on n’a pas de jugement sur les gens, on est bienveillant». La sagesse d’Hippocrate, «d’abord ne pas nuire», devrait amener nos responsables politiques à cesser de générer de la stigmatisation, de la discrimination, de la maltraitance institutionnelle. Quand un ministre veut «rendre impossible» la vie des personnes migrantes, quand un chef de l’État moque les difficultés des personnes privées d’emploi, quand une loi prévoit de priver des ménages d’un minimum vital, ils insultent la fraternité de notre devise républicaine.
La troisième demande le plus souvent adressée au Secours Catholique, en 2024, est celle d’un accompagnement pour les démarches administratives. Elle a fortement augmenté en vingt ans (de 2,4% en 2002 à 14,7% en 2024), particulièrement parmi les ménages étrangers mais aussi chez les ménages français. Elle témoigne des difficultés croissantes rencontrées par les personnes aux situations les plus précaires pour faire valoir leurs droits. Insuffler de la fraternité dans nos politiques, c’est aussi cela : faire confiance en première intention et simplifier la vie des usagers.
