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PARIS : Institut ILIADE – Jacques Heers, l’Histoire et la mémoire
Auteur d’une quantité d’ouvrages véritablement impressionnante, professeur réputé, chercheur infatigable et historien libre, il fut l’un des plus brillants médiévistes français et européens.
C’est encore à l’adolescence, alors que je dévorais ces collections de livres reliés qui résumaient l’histoire de l’Europe et du monde, que j’ai découvert Jacques Heers (1924-2013).
Dans le deuxième volume de l’Histoire universelle, consacré au monde médiéval, j’ai découvert un Moyen Âge très différent de celui qui était enseigné à l’école et de celui qui m’émerveillait dans les romans de chevalerie. C’était l’arrivée dans un nouveau monde, qui me ferait douter à jamais de la classification consacrée « Âge des ténèbres » et aiguiserait ma curiosité pour une période fascinante. Naturellement, Heers fut un historien qui marqua profondément mon parcours universitaire, notamment par son style indépendant et ses conclusions très méritoires pour la recherche sérieuse.
Diplômé de la Sorbonne, Jacques Heers devient professeur puis, en 1951, chercheur au prestigieux CNRS. Sur recommandation de Fernand Braudel, il est envoyé en Italie pour y mener ses recherches doctorales sur Gênes au XVᵉ siècle, qu’il soutient à la Sorbonne en 1958. Il a été assistant de Georges Duby à la faculté des lettres d’Aix-en-Provence, puis professeur dans plusieurs universités, notamment à Alger, Caen, Rouen, Nanterre et à la Sorbonne, où il a été directeur des études médiévales.
Au cours de cette brillante carrière, il a été influencé par Braudel, qui l’a « marqué, même s’il n’a pas toujours souscrit à tous ses travaux », Yves Renouard, grand spécialiste de l’histoire de l’Italie, et Duby, qui a eu selon lui une « influence indéniable » sur ses travaux et qui l’a toujours bien traité, même si tous deux ne partageaient pas les mêmes opinions politiques.
Publié en 1992, Le Moyen Âge, une imposture est un ouvrage provocateur qui démystifie les principaux mythes généralement associés à cette période historique. Dans l’avant-propos, l’auteur affirme : « Bien souvent nos sociétés intellectuelles s’affichent ouvertement racistes. Non pas au sens où nous l’entendons ordinairement, c’est-à-dire condamnations ou mépris des civilisations, mœurs ou religions différentes des nôtres, mais par une étonnante propension à mal juger de leur passé. » C’est cette mauvaise appréciation du Moyen Âge que Heers réfute dans cet ouvrage. Pour lui, le Moyen Âge proprement dit n’a jamais existé, car la division du temps historique en différentes périodes chronologiques n’est qu’une convention qui ne correspond pas à la réalité. Ainsi, il affirme que « chaque société s’invente des boucs émissaires, réflexe pour justifier des échecs ou mécomptes, pour surtout entretenir des animosités » et considère que « Moyen Âge » et « Renaissance » sont des mots inventés.
SOURCE : Institut ILIADE pour la longue mémoire européenne.


