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PARIS : La CPI finalise des mandats d’arrêt contre la…

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PARIS : La CPI finalise des mandats d’arrêt contre la junte malienne d’Assimi Goïta

Des sources concordantes révèlent l’imminence de poursuites internationales pour crimes commis depuis l’arrivée au pouvoir des militaires en 2021.

La Cour pénale internationale (CPI) s’apprête à délivrer des mandats d’arrêt contre des responsables de la junte militaire malienne dirigée par le colonel Assimi Goïta, pour des crimes présumés commis depuis 2022, selon plusieurs sources concordantes au sein de l’institution judiciaire de La Haye. Cette initiative marque une escalade judiciaire majeure contre un régime militaire qui défie ouvertement la communauté internationale depuis sa prise du pouvoir par la force en août 2020, puis consolidée par un second coup d’État en mai 2021.

Une procédure en phase terminale

Selon les informations publiées sur le site officiel de la CPI, la Chambre préliminaire I, présidée par la juge béninoise Reine Alapini-Gansou, examine actuellement un dossier concernant la situation au Mali pour la période 2021-2024. Cette instance, habilitée à délivrer des mandats d’arrêt et à confirmer les charges, aurait selon nos sources finalisé l’étude des éléments transmis par le Bureau du Procureur.

« Les procédures touchent à leur terme », confie une source proche du dossier, précisant sous couvert d’anonymat que « la notification pourrait intervenir sous peu ». Cette formulation reflète la prudence habituelle des instances judiciaires internationales, où chaque étape fait l’objet d’un examen minutieux avant validation définitive.

Goïta dans le viseur international

Le colonel Assimi Goïta, qui s’est imposé comme homme fort du Mali après avoir renversé successivement le président Ibrahim Boubacar Keïta puis le gouvernement de transition dirigé par Bah N’Daw, se trouve désormais confronté à la justice pénale internationale. Âgé de 41 ans, cet officier formé dans plusieurs académies militaires, notamment en Russie, dirige depuis 2021 un régime militaire qui a rompu avec les partenaires occidentaux traditionnels du Mali pour se rapprocher de Moscou.

La junte malienne, officiellement dénommée « Comité national pour le salut du peuple » (CNSP), s’est illustrée par une série de mesures autoritaires : expulsion des forces françaises et onusiennes, suspension de la Constitution, dissolution des institutions démocratiques et répression accrue de l’opposition. Le régime de Goïta a également procédé au retrait du Mali de la CEDEAO en janvier 2024, isolant davantage le pays sur la scène régionale.

Des accusations documentées de crimes graves

Les charges examinées par la CPI portent sur des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre présumés, comprenant des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des actes de pillage et de torture commis depuis 2022. L’élément le plus documenté concerne la découverte en avril 2025, près de la localité de Kwala, d’une soixantaine de dépouilles de civils présentant des traces de sévices, selon les éléments fournis par les organisations requérantes.

Ces faits s’inscrivent dans un contexte sécuritaire marqué par l’intensification des opérations militaires contre les groupes jihadistes, menées par les Forces armées maliennes (FAMa). Des sources onusiennes et d’organisations de défense des droits humains ont régulièrement documenté des exactions commises lors de ces opérations dans les régions du centre et du nord du Mali.

Une saisine formelle récente

Les 15 et 16 juin 2025, quatre organisations touarègues – Imouhagh International, Kel Akal, Diaspora of the United States et Azawad Solidarity Association – ont officiellement transmis au Bureau du Procureur de la CPI une communication détaillant les crimes allégués. Bien que cette démarche ne contraigne pas automatiquement le Procureur à ouvrir une enquête, elle alimente l’évaluation en cours et enrichit le dossier de preuves disponibles.

La communication évoque également des faits similaires survenus au Burkina Faso voisin, gouverné depuis 2022 par une junte militaire alliée à celle de Bamako. Cette dimension transfrontalière pourrait conduire à une extension géographique de l’enquête ou à l’ouverture d’une procédure distincte, compte tenu de la coopération militaire étroite entre les deux régimes.

Les implications pénales

En cas de condamnation devant la CPI, les peines encourues peuvent atteindre trente années d’emprisonnement, voire la réclusion à perpétuité pour les crimes les plus graves. Le Statut de Rome prévoit également des mesures de réparation aux victimes et la possibilité d’ordonner la confiscation des biens obtenus par le crime.

Pour le colonel Goïta et son entourage, ces poursuites potentielles représentent une menace existentielle qui pourrait considérablement limiter leurs déplacements internationaux et leur marge de manœuvre diplomatique. L’expérience d’autres dirigeants africains poursuivis par la CPI illustre l’impact durable de telles procédures sur l’exercice du pouvoir et les relations internationales.