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PARIS : Fondation Jean-Jaurès – « Bloquons tout », tentative de portrait-robot d’un mouvement nébuleux
Par Antoine Bristielle.
Le 10 septembre, une journée de mobilisation baptisée « Bloquons tout » doit avoir lieu, à l’appel d’un mouvement né sur les réseaux sociaux et déjà soutenu par 63% des Français. Alors que la classe politique s’interroge et que les syndicats hésitent à s’y associer, la Fondation Jean-Jaurès publie une note inédite d’Antoine Bristielle, son directeur de l’Observatoire de l’opinion, qui propose un premier portrait sociologique et politique de cette mobilisation.
Une base militante ancrée à la gauche radicale
Contrairement aux « gilets jaunes » de 2018-2019, caractérisés par une forte hétérogénéité politique, « Bloquons tout » apparaît idéologiquement homogène.
· 69 % des soutiens déclarent avoir voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle de 2022 (contre 22 % dans la population générale).
· Plus de 80 % des répondants se situent dans l’espace de la gauche radicale, tandis que l’extrême droite y est marginale.
· Leur rapport au second tour de 2022 illustre ce rejet des forces dominantes : 68 % se sont abstenus ou ont voté blanc/nul, refusant à la fois Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
Ce socle traduit un mouvement moins transversal que les « gilets jaunes », et davantage porté par des individus déjà politisés. 71 % des répondants déclarent s’intéresser « beaucoup » à la politique, contre 19 % des Français en moyenne.
Une sociologie distincte de celle des « gilets jaunes »
L’étude montre un profil sociologique différencié :
· Un mouvement jeune : surreprésentation des 25-44 ans ; quasi-absence des retraités ;
· Un ancrage territorial : forte implantation dans les petites et moyennes villes, loin des métropoles ;
· Un haut niveau de diplôme : plus de la moitié des répondants détient un Bac+3 ou plus, bien au-dessus de la moyenne nationale ;
· Une diversité sociale relative : moins d’ouvriers et de retraités que dans les « gilets jaunes », davantage de cadres, étudiants et professions intermédiaires.
En somme, « Bloquons tout » n’incarne pas une colère sociale diffuse liée à la précarité, mais un engagement idéologique de catégories plus jeunes, plus éduquées et fortement politisées.
Revendications : justice sociale et démocratie directe
Le triptyque revendicatif est clair :
· lutte contre les inégalités sociales (préoccupation majeure pour 54 % des répondants, contre 13 % des Français),
· protection de l’environnement (43 % contre 23 %),
· défense du système de santé (30 % contre 19 %).
Les thèmes identitaires ou sécuritaires, très présents dans l’opinion publique, sont ici marginalisés. Plus encore, les soutiens du mouvement aspirent à une transformation institutionnelle : 82 % préfèrent une démocratie directe (référendums, assemblées citoyennes, tirage au sort) contre 13 % seulement pour la démocratie représentative.
Une défiance radicale envers le pouvoir et les institutions
La note révèle un rejet massif du pouvoir exécutif : seuls 2 % des répondants déclarent faire confiance au président ou au Premier ministre, contre respectivement 22 % et 14 % des Français. Plus largement, la méfiance s’étend aux partis politiques et aux médias (6 % de confiance seulement). Les syndicats apparaissent comme les seuls acteurs institutionnels bénéficiant encore d’une crédibilité relative (45 % de confiance).
Pour Antoine Bristielle, « Bloquons tout » ne constitue pas une résurgence des « gilets jaunes », mais bien une mobilisation distincte, portée par une gauche radicale politisée et revendiquant à la fois justice sociale, écologie et démocratie directe. Sa traduction dans la rue le 10 septembre reste incertaine, mais l’ampleur de son soutien dans l’opinion en fait déjà un acteur incontournable du débat politique de la rentrée.
Méthodologie : Enquête en immersion dans ce mouvement, du 15 au 23 août, Antoine Bristielle a posté à échéance régulière un questionnaire en ligne dans les différents groupes Telegram et Facebook du mouvement « Bloquons-tout ». Ce questionnaire s’intéressait à une pluralité de dimensions : profil sociologique et politique, rapport à la démocratie et à la violence, valeurs politiques, modalités d’action, en reposant dans la quasi-totalité des cas, des questions qui avaient été posées à l’ensemble de la population française quelques mois plus tôt, pour permettre la comparaison. Une question ouverte permettait aux membres de ces groupes de s’exprimer en longueur, tant sur leurs revendications, que sur les modalités d’action envisagées. En neuf jours, ce ne sont pas moins de 1 089 réponses qu’il a été en mesure de récolter, puis d’analyser.


