TOULON : Décès de Paul DARCHE, centenaire et vétéran de la…
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TOULON : Décès de Paul DARCHE, centenaire et vétéran de la 2ème DB de Leclerc de la Seconde Guerre mondiale
Paul Darche, centenaire et vétéran de la 2ème DB de Leclerc, s’est éteint à Garéoult.
Michel Magnaldi a annoncé le décès de ce vétéran de la 2ème DB de Leclerc, dans la nuit du 8 juillet 2025 à Garéoult. La cérémonie civile est prévue le jeudi 17 juillet 2025 à 13h45 au crématorium de Cuers. Michel Magnaldi remercie le monde combattant de relayer l’hommage à leur ami et vétéran de la Seconde Guerre mondiale et de mobiliser des porte-drapeaux.

Paul Darche, un Varois dans la 2ème DB
Paul Darche, l’un des derniers combattants varois de la Seconde Guerre mondiale, avait fêté son centenaire le 18 mars 2025 à Garéoult, entouré de sa famille. Sa santé ne permettait pas de cérémonie élargie au monde combattant.

Paul Darche est né le 18 mars 1925 à Alger. Son père, ingénieur aux Chemins de Fer Marocains, était lui-même fils d’un ingénieur des Ponts et Chaussées. Né en 1900, son père n’avait eu que trois mois de mobilisation à la fin de la Grande Guerre, à l’âge de dix-huit ans. Paul était élève au lycée d’Oujda, près de la frontière algérienne, quand la guerre a été déclarée. Dès que la famille a pris connaissance de l’appel du 18 juin, Paul a espéré pouvoir un jour s’engager dans les Forces Françaises Libres. C’est le débarquement allié en Afrique-du-Nord qui lui en a donné la possibilité deux ans plus tard.
À dix-sept ans dans la 2ème DB
La 2ème DB étant en formation à Casablanca, Paul a fait le choix de quitter le lycée pour s’engager. À son arrivée au camp militaire de Casablanca, on lui a demandé ce qu’il souhaitait faire. Il s’est proposé pour les tanks, mais il n’y avait plus de place dans cette section. Paul a donc été engagé dans la 2ème batterie du 22ème FTA, les forces terrestres antiaériennes. Dès le mois d’octobre 1943, les forces terrestres antiaériennes s’étaient formées sur la plage de Temara autour d’une batterie d’artillerie coloniale de DCA légère qui avait servi au Tchad. Paul a été formé à la manipulation des canons antiaériens Bofors.

Paul a traversé avec ses camarades le parcours de la 2ème DB. Avec son véhicule surnommé « Boum Boum », il a quitté Casablanca en direction de l’Algérie. Arrêté à Oujda, à la frontière algéro-marocaine, Paul a reçu une dernière visite de ses parents. Il a rallié Oran, puis Mers-el-Kébir qu’il a quitté le 30 avril 1944 sur un LST. Paul a été marqué par la traversée de l’Atlantique sous la menace constante des sous-marins allemands. Acheminé à Hull, Paul s’est reposé dans le domaine mis à disposition de l’armée anglaise et a passé « trois mois à se taper des pintes de bière » ! Averti à la fin du mois de juillet de leur débarquement imminent en Normandie, il a quitté Southampton le 30 juillet 1944, toujours sur les LST, avant de débarquer le 1er août aux abords de Grandcamp.
Un « baptême de feu » en Normandie
Le 12 août, en compagnie de son lieutenant Guy Levy, chef de patrouille, du radio Armand Michard, de l’ordonnance Ben-Safi et de leur fidèle véhicule « Boum Boum », Paul a subi son baptême de feu. Ils roulaient lentement le long d’un étroit chemin bordé de haies et de bois, l’artillerie américaine pilonnait le secteur. À leur droite, des haies perpendiculaires aux chemins ainsi qu’un léger fossé, à leur gauche, un long mur en pierre sèche d’une hauteur de deux mètres. Soudain, du haut du mur, un petit groupe de cinq à six soldats a jailli, dégringolé sur le sol puis s’est relevé rapidement, aussi surpris qu’eux-mêmes ! Ils se sont mis à courir en direction du chemin. Par réflexe, le lieutenant a engagé le feu, mitraillette au poing, et les soldats ont riposté fort mal. L’un d’eux est resté allongé à terre, leur premier prisonnier de guerre. Le lieutenant lui a fait signe de reculer pour faire demi-tour, manœuvre que Paul a amorcée. Entre-temps, les soldats allemands éclipsés ont fait de nouveau apparition, se dirigeant vers une grande demeure au bout de l’allée tout en tiraillant dans leur direction. Le lieutenant Levy a riposté à son tour, Paul a lâché le volant, monté sur le siège et pris place à la mitrailleuse 12-7 sur tourelle. Le lieutenant lui a sommé de redescendre, Paul étant trop exposé. Le prisonnier était accroupi, le lieutenant debout au milieu du chemin faisait feu sur l’ennemi, Michard et Ben-Safi étaient couchés dans le fond du Dodge.
« Soudain, j’entends le lieutenant m’appeler par deux fois, il s’affaisse sur le sol, il se met à râler. Je saute du véhicule, le saisit par les épaules, le lieutenant est mort. Je le soulève, le tire vers le mur et reste auprès de lui, tapis au sol le regard fixé sur le haut du mur, je craignais que d’autres soldats allemands ne l’escaladent et me suppriment à mon tour. Le radio Michard envoie des appels de détresse. En surveillant le mur, je tire deux coups de révolver, récupéré sur le lieutenant, en guise de sommation », déclarait-il.
Au bout du chemin est apparue une Jeep américaine qui a récupéré Paul et ses camarades. Paul a hissé le corps du lieutenant dans le Dodge, indiqué aux soldats américains la grande demeure où s’étaient retranchés les soldats allemands et leur a livré le prisonnier allemand.
Paul a rejoint le front à l’intérieur des terres, avant de rejoindre Le Mans. Puis c’est la marche vers Paris et l’encerclement de la capitale.
« Je me souviens de ma première soirée à Paris, dans un hippodrome dans la périphérie, dans les tribunes, à la belle étoile ! ».
Avec le 22ème FTA, Paul a mené combat au Bourget où il est rentré en contact avec « ces FFI qui nous font bien rire ! Sur dix FFI, au moins sept ou huit petits rigolos qui n’ont pas servi à grand chose ! »
Quelques coups de feu des miliciens les ont poussés à se retrancher au rez-de-chaussée d’un immeuble jusqu’à leur neutralisation. « Les bons parisiens avaient préparé la bouteille de champagne pour nous accueillir ! Je les revois accrocher la bouteille à une corde pour nous la passer ». Paul racontait la « marche vers Strasbourg », les quelques accrochages à Lunéville et à Nomexy-Chatel. Il a été cité à l’ordre du régiment le 26 septembre 1944.
« Une anecdote qui va vous faire sourire… Sans casque sur ma tête, j’entends des réprimandes, je me retourne… C’était le Général Leclerc sur son command car ! Mon premier et dernier contact avec le chef ! ».
Pendant la libération de Strasbourg, « je faisais ce que je faisais de mieux, tirer sur les avions depuis le sol ! ».
Paul a été marqué par l’accueil chaleureux des Strasbourgeois. Le 22ème FTA a suivi l’épopée de la 2ème DB jusqu’à Berchtesgaden, en passant par la traversée du Rhin le 27 avril 1945.
« Nous sommes accueillis froidement mais sans résistance par la population civile allemande. Les portes sont grandes ouvertes, car ils savent que nous pouvons tuer du monde sans punition. Le 8 mai, pour célébrer la Victoire, je rentre avec une dizaine de camarades dans un café, les canons continuent de tirer à droite et à gauche ! On nous sert du vin alsacien et allemand sorti des célèbres caves de Berchtesgaden, les civils allemands ne disaient rien. Il ne faut pas trop chatouiller non plus, une balle perdue, c’est une balle perdue. La famille dans laquelle je loge avait une Mercédès, j’aurais bien voulu l’emporter avec moi ! Je revois mon capitaine s’esclaffer : « Ça ne va pas, la tête ? Vous croyez que je vais vous laisser rentrer en France avec une voiture ! Apprenez déjà à conduire ! » ».
Paul et ses camarades ont rejoint la France le 27 mai 1945, à Châteauroux. Les rangs se sont reformés dans l’Ain, au-dessus de Bourg-en-Bresse, jusqu’à la démobilisation le 30 novembre 1945. Paul est retourné à Paris pour se reposer chez une grande-tante avant de revenir au Maroc.
« J’avais vingt ans et toute la vie devant moi ».
La vie est passée, Paul s’est installé à Garéoult (Var), près de Toulon et retrouvait ses camarades de la 2ème DB pendant les grandes commémorations.
Remise de la Légion d’honneur le 8 mai 2016 à Toulon
Le 8 mai 2016, Paul a reçu la Légion d’honneur à Toulon, juste reconnaissance soixante-dix ans après la guerre. À la demande de Jérôme Guervin, Directeur de l’ONACVG83, Paul a accompagné la Délégation Var FFL entouré de jeunes lycéens pour la remise de la gerbe de la Fondation de la France Libre. Auprès de la délégation varoise de la Fondation de la France Libre, Paul a été amené à témoigner à plusieurs reprises de ses souvenirs auprès de Néo Verriest, de jeunes. Discret, humble, Paul a toujours décliné sa participation aux remises des prix auprès du CNRD83 comme président d’honneur de la remise des prix, ni sa mise à l’honneur aux cérémonies d’état présidées par le Président de la république pour le 75 et le 80ème Anniversaire du Débarquement de Provence, à la Nécropole nationale de Boulouris, à Saint-Raphaël.
L’un des derniers héros s’est éteint. Mais son souvenir vivra longtemps dans le cœur des siens et de tous ceux qu’il a inspirés.

