PARIS : Le prestigieux écrin de la Collection Pinault
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PARIS : Le prestigieux écrin de la Collection Pinault
C’était l’une des ouvertures les plus attendues de l’année, décalée à de nombreuses reprises et qui vient, enfin, d’ouvrir ses portes.
La collection Pinault a opté pour un écrin de choix au cœur de Paris, dans le splendide Palais de la Bourse de Commerce. L’ambition était haute, créer un Palazzo Grassi à Paris. Car aussi impensable que cela puisse paraître, si François Pinault détient l’une des plus belles collections d’art au monde, la France ne pouvait jusque-là pas en profiter. Alors évidemment, tous les superlatifs sont de mise à commencer par les près de 150 millions d’euros du projet, plus de 6.800 m2 d’espaces d’exposition, 3 ans de travaux pour métamorphoser cette ancienne halle au grain, 5 étages pour accueillir un fonds de 10.000 œuvres… Un nouveau Panthéon des arts vient de voir le jour à Paris, entre le Louvre et le Centre Pompidou.
Mais faire du contemporain avec du néo-classique XIXe, c’était un pari extrêmement risqué. Et nombreux étaient les sceptiques face à la promesse d’un immense cylindre de béton brut de près de 30 mètres de diamètre et 9 mètres de haut, planté en plein cœur de cet édifice historique des XVIIIe et XIXe siècles. Et pourtant… ça marche ! Dans ce qui ressemble a de l’architecture haute-couture, Tadao Ando a réussi à redonner un visage contemporain à ce monument classé. Levez les yeux sur la coursive pour observer les 1400 m2 d’une fresque circulaire monumentale du XIXe magnifiquement restaurée, qui déroule sur 140 mètres de long le récit des échanges commerciaux de l’époque comme une immense bande dessinée historique. Un espace surveillé par les inquiétants pigeons de Maurizio Cattelan, illustre provocateur qui semble garder un œil fort intéressé sur ce qui se déroule ici.
Une fresque surplombée de l’une des plus belles coupoles de Paris – la première coupole en fer et fonte de grande portée du début du XIXe siècle – qui nous accueille dans une ronde artistique sans égal, baignée de lumière, réunissant les grands noms de l’art contemporain : Martial Raysse avec sa plage panoramique aux couleurs électrisantes nous dépeignant un carnaval qui dérape, Cindy Sherman ou Richard Prince dont les clichés polémiques se déroulent ici au nom de la liberté des images reprennent des posts instagram d’inconnus pour les vendre des fortunes au nom de la vulgarisation des images, les sculptures de Tatiana Trouvé parsemées par-ci par-là pour nous ramener au réel ou David Hammons, célèbre pour son drapeau américain aux couleurs africaines, révélation de cette ouverture, peu connu du grand public même s’il est l’un des artistes contemporains les plus cotés actuellement – on rappelle que François Pinault est aussi le patron de la célèbre maison de ventes Christie’s – et qui nous interpelle avec cette troublante reconstitution d’une cellule de prison Californienne, installée dans la salle des pas perdus de la Bourse de commerce. Des noms qui parlent, un peu, aux amateurs d’art contemporain. Mais qui résonnent assurément moins qu’un Jeff Koons ou un Murakami. Un choix pointu, assumé par le milliardaire, qui ambitionne ici de créer un lieu de découverte davantage qu’un lieu de démonstration d’artistes stars… On verra si la promesse dure. La promesse justement est celle de faire de l’imprévisible une évidence. Le chef-d’orchestre de cette magie n’est autre que l’ancien ministre de la culture, Jean-Jacques Aillagon, ici nommé directeur général. Et dès l’entrée, le choc esthétique est là, avec cette installation illusionniste de l’artiste suisse Urs Fischer au cœur de laquelle trône un Enlèvement des Sabines de Giambologna de plus de 4 mètres de hauteur revisité dans une version en marbre de cire… une immense bougie qui se consumera chaque jour sous les yeux des visiteurs jusqu’à sa disparition totale. Autour de cette pièce emblématique gravitent des sièges tout aussi éphémères, des fauteuils de bureau, des sièges d’avion ou des chaises de jardin qui questionnent notre rapport au temps et à la consommation, une allégorie de « la vanité des choses ». Une silhouette se dresse, prête elle aussi à se liquéfier sur place, c’est celle de l’artiste Rudolf Stingel dont les œuvres immenses font la réplique à quelques salles de là. Autour de cette rotonde imposante, un escalier des Meuniers, distribue les différents espaces dans une danse enivrante. On se croirait dans une ruelle ombragée, bordée d’étranges vitrines habitées des ready-made insolites de Lavier, répartis dans les 24 grandes vitrines de la Bourse de commerce qui accueillaient jadis les innovations de l’exposition universelle de 1889. Au sous-sol se trouve enfin une installation sonore spectaculaire de Pierre Huyghe qui nous plonge dans l’obscurité, dans un jeu magistral de fumées et de lumières vibrant sur les airs musicaux d’Erik Satie. Une découverte étonnante, peu consensuelle et qui mise sur l’inattendu, à un moment où l’imprévisible règne en maître.
SOURCE : Arts in the City.

