PARIS : Institut ILIADE – Réinventer le travail de de…
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PARIS : Institut ILIADE – Réinventer le travail de demain
Réinventer le travail de demain : comment garantir un cadre communautaire et enraciné aux Européens ?
Le travail est avant tout un impératif vital : « il faut travailler pour vivre ». « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. » (2 Th 3,10) rappelle Saint Paul dans son épitre aux Thessaloniciens.
Cependant, l’homme européen a sans cesse cherché à se libérer de la peine du travail, considéré comme une forme d’asservissement aux nécessités de la matière, enfermant l’esprit dans des considérations serviles. La Grèce antique distinguait ainsi le ponos (travail subi) de l’ergon (travail créatif et noble), tout comme Rome opposait le labor, pesanteur du quotidien, à l’opus, l’œuvre digne du citoyen libre. Le christianisme médiéval, à travers la figure de Saint Benoît, a anobli le travail comme complément naturel et continuité de la vie contemplative : ora et labora. Le labeur nous ramène à notre condition de créatures, il est une voie d’humilité.
Il faut donc se préserver de deux extrêmes : chercher à se libérer totalement du travail ou vivre pour le travail. Le refus de la démesure impose des limites : jours chômés, repos du corps, temps pour la contemplation. Remarquons que cette distinction entre le « travail aliénant » et le « travail source d’accomplissement » a été occultée par la modernité industrielle, alors qu’elle demeure essentielle pour comprendre les mutations contemporaines du travail et envisager des alternatives. L’histoire du travail est une suite de métamorphoses : de l’apparition de la manufacture à la révolution de l’IA, on est passé par la mondialisation et les délocalisations, la tertiarisation des métiers en Occident, et l’apparition des bullshit jobs, sans parler des problématiques posées par l’auto-entrepreneuriat et le télétravail. La question du travail est enchâssée dans celle de la technique et du capitalisme : quel travail échappe aux impératifs d’un monde arraisonné par la croissance du capital, où tout être n’a de valeur qu’en rapport à sa potentielle valeur marchande ? Le monde du travail moderne, c’est celui de la rentabilité qui mène aussi à considérer le monde comme une immense abstraction puisqu’à chaque être on peut substituer une quantité.
Presque toutes les transformations modernes du travail — division taylorienne des tâches, mécanisation, ubérisation, tertiarisation — tendent à renforcer la dimension aliénante du travail plutôt que son potentiel d’élévation. La promesse d’une libération totale du travail par la technique n’a abouti qu’à l’extension d’un travail sans âme, dénué de finalité autre que la rentabilité immédiate. Comme l’écrit Aurélien Berlan, l’illusion moderne de la « délivrance » repose sur un paradoxe : en cherchant à s’émanciper des nécessités du quotidien, on en vient à accroître sa dépendance aux structures économiques et techniques dominantes. Faut-il donc chercher à « se libérer du travail » ?
N’est-ce pas le cadre, la fin, les moyens du travail qu’il faut transformer ? Autrement dit, n’est-ce pas la question du sens qu’il faut poser avant celle du profit. Si la production économique est une des conditions de possibilité pour la vie de l’homme, elle ne pourra jamais être à ellemême sa propre fin sans ravager toutes les autres dimensions de la vie. Pourquoi vouloir se réapproprier le travail alors que la technique semble nous en libérer ? Parce que cette délivrance est un mirage. L’enjeu du travail n’est pas tant d’en être libéré que d’y retrouver autonomie et enracinement. À rebours du fantasme d’une société de loisirs déconnectée des nécessités du réel, l’homme européen doit chercher non pas l’abolition du travail, mais sa réintégration dans une logique communautaire et locale, où effort et transmission prennent sens.
SOURCE : Institut ILIADE pour la longue mémoire européenne.

