Passer au contenu principal

TOULON : François de Canson : « Suzanne Lefort – Rouq…

Partager :

TOULON : François de Canson : « Suzanne Lefort – Rouquette est entrée dans la guerre par sa bravoure »

François de Canson, vice-président de la Région Sud, participait, ce vendredi 2 mai 2025, à la Cérémonie d’hommage à Suzanne Lefort – Rouquette – Lycée Rouvière à Toulon.

Ce vendredi 2 mai, François de CANSON, Vice-Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur en charge du développement économique, de l’attractivité, du tourisme et de la prévention des risques majeurs, Président de la Communauté de Communes Méditerranée Porte des Maures, Maire de La Londe-les-Maures, Président du Comité Régional de Tourisme Provence-Alpes-Côte d’Azur, représentant Renaud MUSELIER, Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Président délégué de Régions de France, s’est rendu au Lycée Rouvière – Suzanne LEFORT-ROUQUETTE, aux côtés notamment de Nicolas ROUGIER, proviseur du Lycée et de Hugues LEFORT, petit-fils de Suzanne LEFORT-ROUQUETTE.
A cette occasion, ils ont dévoilé la plaque d’entrée avec le nouveau nom de l’établissement et ont rendu hommage à Suzanne LEFORT-ROUQUETTE au cours d’une cérémonie commémorative.
Suzanne LEFORT-ROUQUETTE, résistante et combattante, est désormais inscrite dans l’histoire de cet établissement.
Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la commémoration du 80e anniversaire du débarquement de Provence. La Région Sud a fait du devoir de mémoire une priorité en faisant évoluer la dénomination de six lycées du territoire régional pour rappeler le rôle central qu’a joué la Provence dans l’histoire de la Libération.

Aujourd’hui, ce lycée inscrit dans son nom une promesse, un exemple, un repère. Le lycée Rouvière devient le lycée Suzanne Lefort – Rouquette – Rouvière. Et c’est bien plus qu’un changement d’enseigne. C’est une transmission. Un souffle. Un acte de mémoire vivante.

Suzanne Lefort – Rouquette, c’est une vie donnée aux autres. Une vie d’action, de résistance, de soin, de lumière.

Son engagement commence en Algérie, lorsqu’elle répond à une campagne de recrutement lancée en pleine guerre. Elle rejoint le 27ᵉ régiment du Train, dans les rangs des conductrices. Très vite, elle prend le commandement d’une unité essentielle : le 25ème bataillon médical de la 9 ème Division d’Infanterie Coloniale.

Elle est lieutenant, chef de section ambulancière, et commande plus de 200 ambulanciers, hommes et femmes. Parmi eux, 30 jeunes femmes, dont certaines n’ont même pas 18 ans.

Le 20 août 1944, Suzanne débarque sur la plage de la Nartelle, en ambulance, directement depuis une barge.

Elle entre dans la Libération non pas par les armes, mais par le soin, la bravoure, la présence sur le terrain.

La devise de son unité est brodée sur les étendards qu’elle gardera chez elle jusqu’à la fin de sa vie : « Franchise et vaillance ».

Ce jour-là, leur unité est prise sous le feu ennemi. Suzanne est blessée. Deux de ses jeunes ambulancières sont touchées. Deux tirailleurs sénégalais sont tués.

Elle racontera, avec une sobriété bouleversante : « On a été prises sous le feu. J’ai été blessée, deux de mes filles ont été blessées, deux Sénégalais ont été tués. Et puis, on a été ramassés… et faits prisonniers ».

En novembre 1944, alors qu’elle tente de secourir des combattants sur la ligne de front, elle est de nouveau touchée. Elle sera amputée d’une jambe. Elle aurait pu choisir l’attente prudente, l’abri des jours sans éclat. Elle aurait pu, comme tant d’autres, détourner le regard, espérant que la tempête passe. Mais Suzanne Lefort – Rouquette n’a pas choisi la facilité. Elle n’a pas choisi l’effacement.

Elle a choisi de s’engager. Elle a choisi de faire face. Elle a choisi l’Histoire.

Lorsqu’on l’interrogeait, bien plus tard, sur les raisons de son engagement, elle répondait simplement, presque doucement : « Je ne pouvais pas rester à regarder la nuit tomber sur mon pays. J’ai fait ce que je devais faire. »

Ces mots, d’une humilité bouleversante, disent tout.

Ils disent la clarté morale d’une génération qui ne s’est pas contentée d’espérer un monde meilleur, mais qui s’est levée pour le construire, dans la douleur, dans le silence, dans le sang parfois.

Elle n’a pas attendu que l’histoire lui tende la main.

Elle y est entrée à pied ferme, avec une ambulance pour arme, et le courage pour seule certitude.

Elle savait que le confort de l’inaction est un poison.

Et elle a fait le choix inverse. Celui du risque. Celui du service. Celui du devoir.

Elle a risqué sa vie, non par goût de l’héroïsme, mais par fidélité à des valeurs plus grandes qu’elle-même : la liberté, la dignité humaine, la France.

Et c’est cette fidélité-là, sans emphase, sans orgueil, qui nous touche profondément aujourd’hui.

De retour à la vie civile, elle ne se replie pas.

Elle continue à agir, dans l’entraide sociale, les œuvres caritatives, les combats pour la mémoire.

Elle écrit. Elle témoigne.

Elle publie un livre essentiel : « Des ambulancières dans les combats de la Libération », où elle raconte l’héroïsme discret, le soin sous les balles, la solidarité entre femmes.

Et puis, elle écrit aussi un petit livre de souvenirs, intitulé Calinot, du nom du caniche mascotte de son unité. Un clin d’œil tendre. Un symbole. Même dans la guerre, la douceur trouve sa place.

La Nation l’a couverte d’honneurs, à juste titre :

  • Commandeur de la Légion d’Honneur

  • Grand-Croix de l’Ordre National du Mérite

  • Croix de guerre 39-45, avec trois citations et deux palmes

  • Et la Légion étrangère lui rendra les honneurs.

Mais au-delà des décorations, c’est sa droiture, sa modestie, son humanité qui impressionnent.

Mais au-delà de l’uniforme et des décorations, il y avait une femme.

Et avec elle, toutes les femmes que l’Histoire a trop souvent reléguées à ses marges, quand elles en furent, en vérité, l’un des piliers silencieux.

Suzanne Lefort-Rouquette n’était pas seule.

Elle était entourée de femmes jeunes, déterminées, téméraires, qui s’engageaient parfois sans autorisation, parfois sans âge, mais jamais sans courage.

Elles furent ambulancières, agentes de liaison, combattantes, passeuses, nourricières, résistantes, mères — des héroïnes sans statue, des visages oubliés dans l’ombre des récits.

L’hommage que nous lui rendons aujourd’hui, c’est aussi celui que nous devons à toutes les femmes de guerre et de résistance, celles qui ont soigné, porté, soutenu, consolé, relevé — souvent sans uniforme, sans arme, mais avec une force intérieure que rien n’a pu briser.

Elle fut de celles qui prouvent, une fois pour toutes, que le courage n’a pas de genre, et que la grandeur n’appartient à aucun uniforme.

Je veux saluer ici le Souvenir Français, et tout particulièrement Vincent Dujarric de Lagarde, pour avoir veillé à ce que cette mémoire soit honorée.

Un salut appuyé aussi au 9ᵉ DIC, cette grande unité du monde mêlé, libre et fraternel.

Je remercie également le proviseur Nicolas Rougier, les enseignants, les équipes éducatives, pour avoir fait de ce projet une réalité.

Et je remercie les élèves pour leur présence, leur écoute, leur avenir.

Un lycée, ce n’est pas seulement un bâtiment d’enseignement. C’est une maison de la République.

C’est un lieu où l’on ne se contente pas d’apprendre des savoirs : on y apprend à être libre.
À discerner, à douter, à comprendre le monde, à choisir sa place avec lucidité et conscience.

Ici, jour après jour, dans les salles de classe, dans les couloirs, dans les échanges parfois silencieux, se forment les citoyens de demain.

Et c’est pourquoi le nom qu’on donne à un lycée n’est jamais neutre.

Il porte une exigence. Il trace une ligne d’horizon.

Or nous vivons une époque où les certitudes vacillent, où l’ordre du monde chancelle, où le bruit couvre trop souvent la vérité.

Les démocraties sont attaquées — non seulement par les armes, mais aussi par l’usure, le cynisme, la manipulation, la peur.

Dans ce tumulte, il nous faut des figures. Des phares. Des voix.

Il nous faut des Suzanne Lefort – Rouquette.

Et ce choix, ici à Toulon, s’inscrit dans une volonté forte portée par le président Renaud Muselier, qui a tenu à ce que six lycées de notre région portent désormais le nom de héros de la Seconde Guerre mondiale.

C’est une politique de mémoire, mais aussi une politique de sens, qui donne à chaque établissement une identité inspirante, une mission symbolique : celle de transmettre les valeurs de courage, de résistance, de liberté, à la jeunesse qui grandit entre ses murs.

Ce choix s’inscrit pleinement dans la démarche engagée par le président Renaud Muselier à travers le plan VALEURS, porté par la Région Sud.

Vision, Autorité, Liberté, Europe, Respect, Souveraineté. Autant de principes qui ne relèvent pas de l’abstraction, mais qui trouvent leur incarnation dans des parcours de vie comme celui de Suzanne Lefort-Rouquette.

Car en donnant à ce lycée ce nom,
nous affirmons l’importance de la transmission de la mémoire, nous rappelons que la liberté a un prix,
nous enseignons que le respect et la souveraineté ne se déclarent pas : ils se construisent, par l’exemple, par l’engagement, par le courage.

Dans quelques jours, nous commémorerons le 80ᵉ anniversaire de la Libération. Ce n’est pas une page tournée. C’est un appel.

À rester vigilants. À rester libres. À rester debout.

Et si vous me permettez une note personnelle, je veux vous dire ce que je ressens, aujourd’hui, ici, face à ce nom qui va désormais orner les murs de ce lycée.

Suzanne Lefort-Rouquette, c’est cette France discrète mais déterminée.

Cette France du soin, de la résistance, de la fidélité.

Elle ne s’est jamais mise en avant.

Mais elle s’est toujours mise au service.

Et cette grandeur-là, silencieuse et ferme, est peut-être la plus haute.

Jacques, Hugues,

Votre grand-mère est désormais une figure de notre histoire commune.

Mais pour vous, elle reste un souvenir intime, un exemple vivant.

Aujourd’hui, des générations d’élèves diront : « J’ai étudié au lycée Suzanne Lefort-Rouquette. »

Et ce ne sera pas un nom de façade. Ce sera une source. Une lumière. Un héritage.

Car même dans la nuit la plus noire, il y a des femmes, des combattantes, des guides, qui allument des étoiles. Et Suzanne fut de celles-là.

Bravo à notre jeunesse qui s’élève à la hauteur de son Histoire.

Enfin, Isabelle Lefort, disparue le 17 février dernier , a été associée à cet hommage.

Photos Philippe OLIVIER.

En présence de :

Geneviève LEVY, maire adjointe de Toulon, ancienne députée du Var,

Thierry ALBERTINI, vice-président du Département, maire de La Valette-du-Var,

Caroline DEPALLENS, conseillère départementale,

Thierry CAMPUS, conseiller municipal de Toulon,

Mathieu SIEYE, inspecteur d’académie, directeur académique des services de l’éducation nationale du Var, représentant Natacha CHICOT, Rectrice de l’académie de Nice,

Le proviseur Nicolas ROUGIER,

Les généraux DANGEARD et GUIGNON,

Les colonels FALLAS et GIRAUD,

Les conseillers municipaux,

Hugues LEFORT, petit-fils de Suzanne LEFORT – ROQUETTE, Médecin en chef

Jacques LEFORT, petit-fils de Suzanne LEFORT – ROUQUETTE,

Vincent DUJARRIC de LAGARDE, Délégué Général du Souvenir Français du Var,

Yves BOYER, président du Souvenir Français de La Londe-les-Maures,

Les associations d’anciens combattants,

Les porte-drapeaux,

Les enseignants et enseignantes,

Les élèves.