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PARIS : ILEC – Génération réindustrie

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PARIS : ILEC – Génération réindustrie

Les leviers de la réindustrialisation sont nombreux, et pas tous coûteux. Mais sa réussite passe aussi par la loyauté dans les relations commerciales entre puissances.

Et par une volonté politique à la hauteur du large consensus qui soutient cette priorité nationale. Entretien avec Olivier Lluansi, professeur de Chaire au Conservatoire national des Arts et Métiers.
Vous dites dans votre récent ouvrage [1] que l’industrie est au cœur d’un récit français unanimement partagé. A-t-elle cessé d’être secondaire dans la croissance, et les errements de l’industrie sans usine [2] sont-ils vraiment derrière nous ?

Olivier Lluansi : Nous ne sommes qu’en chemin vers ce nouveau récit. La désindustrialisation française a eu deux phases, celle liée aux chocs pétroliers (1975-1995) et une deuxième, spécifique à un nombre limité de pays occidentaux dont les États-Unis, le Royaume Uni et la France, et notamment dans la décennie funeste de 2000 à 2009 celle de « l’industrie sans usine » qui nous a conduits à être parmi les derniers de la classe européenne. Conséquence de la crise financière, l’année 2009 a été celle de la prise de conscience de notre désindustrialisation par les institutions.

Parallèlement à cette histoire institutionnelle, il y a une trajectoire émotionnelle : les Français ont-ils renoué avec l’industrie ? La reconnexion est plus tardive et date de 2018 avec la crise des Gilets jaunes, 2020 avec la Covid, et 2022 : la guerre en Ukraine et la crise de l’énergie. Ces étapes nous ont permis, collectivement, de prendre conscience de l’impasse de la tertiarisation de l’économie.

Les Gilets jaunes nous ont rappelé de manière parfois violente que l’industrie est un outil de répartition de la richesse sur l’ensemble du territoire. Une économie tertiarisée concentre sa richesse, ses talents, ses services à haute valeur ajoutée (banque, marché financier…) dans les métropoles au détriment des territoires, qui ont beaucoup souffert de la fermeture des usines, avec pour conséquences un décrochage économique, social, et un questionnement des habitants sur leur appartenance à la nation et au récit collectif.

Le deuxième choc, la crise Covid, est double. Le pays de Pasteur n’a pas réussi à produire le vaccin ARN, alors qu’il l’a inventé, symbole d’une perte de positionnement liée à l’idée d’« industrie sans usine ». La Covid a également montré que nous étions dépendants, donc vulnérables, pour des produits aussi peu technologiques que les masques ou que les respirateurs, produits intermédiaire en termes technologiques. Le troisième choc est de nature énergétique, causé par la guerre en Ukraine : les factures qui explosent, mais aussi la question des approvisionnements en métaux stratégiques. Nous opposons un embargo aux exportations russes mais nous conservons, par exemple, une exclusion pour le titane, dont nous avons besoin pour notre industrie aéronautique.

Cette dernière crise est ambivalente. Elle a certes complété notre prise de conscience collective de nos dépendances, mais par la hausse structurelle des prix de l’énergie qu’elle a engendrée, elle met l’industrie européenne en grande difficulté.

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SOURCE : ILEC – La Voix des marques.