
PARIS : Importations, à qui la faute ?
Les débats récents sur l’ouverture du marché européen via la signature de nouveaux accords de libre-échange motivent la crainte de faire augmenter la part des produits d’origine importés, non soumis aux mêmes normes, dans notre alimentation.
A l’échelle de la France, les chiffres sont connus et inquiétants pour les filières animales : un quart de la viande bovine, un tiers du lait et la moitié du poulet consommé sont importés, avec des tendances à l’augmentation. Dans cette analyse, nous vous proposons d’étudier l’origine de ces importations au regard des circuits de distribution et de l’organisation économique des filières.
L’essentiel à retenir :
Les circuits de distribution qui favorisent les importations sont différents selon les filières :
– Pour le lait, ce sont les industries non laitières qui mobilisent 77% du lait importé pour répondre à des besoins en matière grasse industrielle (crème, beurre, fromages ingrédients) et en ingrédients secs.
– Pour la viande bovine, 63% des volumes importés sont destinés à la restauration hors domicile, un secteur en croissance, sous forme de haché ou piécé.
– Pour le poulet, 58% des volumes importés sont à destination de la restauration hors domicile, principalement sous forme de découpes, mais la GMS absorbe également des volumes importants, avec une part d’élaborés en croissance. Par ailleurs 72% des volumes transformés par les industries agroalimentaires (en préparations ou en élaborés) sont d’origine importée.
Pour chacune des filières étudiées, les importations proviennent à 90% ou plus des pays de l’UE 27. Mais il faut considérer dans cette réflexion le fait que :
– Un opérateur n’a pas toujours connaissance de l’origine de son produit. En matière d’étiquetage des colis, l’affichage du pays de naissance n’est obligatoire que pour la viande bovine ; pour les autres viandes, seule l’indication du pays d’élevage et du pays d’abattage est obligatoire, et peut se limiter à la mention « hors UE » pour les viandes issues de pays tiers. La mention « Origine » ne peut être utilisée que pour les viandes issues d’animaux nés, élevés et abattus au sein d’un même pays.
– La règle générale qui prévaut est qu’un produit agroalimentaire va prendre l’origine de son dernier pays de transformation substantielle. Une viande préparée, saumurée, ou cuisinée prend l’origine du pays où ont eu lieu ces dernières étapes, idem pour un produit laitier.
– Dans les échanges intracommunautaires, si le pays d’origine n’est pas connu, le pays de provenance de la marchandise (un pays de l’UE donc) est privilégié, ce qui peut nuire à la qualité des statistiques disponibles.
Dans les chiffres des Douanes, un produit issu d’un animal élevé dans un pays tiers et transformé dans un Etat-Membre peut être considéré comme origine UE. Il est donc possible que l’approvisionnement français repose davantage sur les pays tiers que ce qu’indiquent les statistiques, qui restent déclaratives.
Des importations significatives même pour les filières autosuffisantes
Dans un précédent article, nous faisions état des estimations pour le marché européen des conséquences à venir des accords de libre échange en cours de négociation, qui aboutiraient à faire augmenter le ratio importations/consommation européen. Quelles conséquences pour le marché français, dont la dépendance aux importations est déjà marquée pour certains secteurs animaux ? A partir des chiffres fournis par l’Idèle et Interbev (enquêtes « Où va le lait ? » et « Où va le bœuf »), et par l’Anvol et l’Itavi que nous remercions pour ces données, nous vous proposons un état des lieux des importations françaises pour les filières laitière, viande bovine et poulet.
Pour les filières lait et viande bovine, les taux d’auto-approvisionnement, issus des travaux de FranceAgriMer (que nous avions discuté dans leur ensemble ici) sont bons, proches de l’autosuffisance ou légèrement excédentaire pour le lait, bien que les projections du Cniel indiquent que la France ne produira plus assez pour couvrir sa consommation en d’ici 2027[1]. Pour le poulet, la France a perdu son autosuffisance en 2014, alors qu’elle disposait d’un taux d’auto-approvisionnement de 150% dans les années 2000, car la production n’a pas suivi la hausse de la consommation[2], et sa dépendance aux importations ne cesse d’augmenter depuis.
Comment expliquer les importations en hausse pour le lait et la viande bovine, et l’incapacité de la filière poulet à se développer en France pour répondre à un marché en croissance ? Les réponses sont différentes selon les productions, et dépendent avant tout de la nature des produits.
SOURCE : Agriculture Stratégies – Newsletter n°63.

