
PARIS : L’humanisme et l’humanité en islam
Mot-valise s’il en est, volontiers galvaudé, l’humanisme est une notion qui couvre depuis ses origines des champs aussi divers qu’étendus.
À travers les siècles, le terme a été associé, quand il ne s’y est pas substitué, à la philologie, à la philosophie, à l’éthique, au progrès, au romantisme… Les fondements de l’humanisme peuvent cependant se résumer à deux axes : la quête du savoir – en particulier ce qui a trait à l’homme et à la place qu’il occupe dans l’univers – et l’amour de l’humanité et la préservation de sa dignité.
De prime abord, l’humanisme évoque l’Europe et ses propositions éthiques et esthétiques développées à la Renaissance et synthétisées au siècle des Lumières. Soulever la question de l’humanisme en islam est en soi un défi pour au moins deux raisons. Tout d’abord existe le risque d’un comparatisme de bon aloi avec le mouvement intellectuel européen dans le but de montrer des principes communs, voire une vision commune. Car si les points de convergence ne manquent pas – et la centralité de l’humain n’en est pas le moindre –, il n’en demeure pas moins que ce sont deux systèmes de représentation du monde très différents, le point d’achoppement étant leur rapport à la raison discursive. Ensuite, parce que l’humanisme islamique est un champ d’études en sciences humaines relativement récent et qui, le plus souvent, a été restreint à une démonstration calquée sur la définition de l’humanisme à visage européen. À cela s’ajoute des sujets, tels le transhumanisme et l’humanité augmentée, qui sont à ce jour demeurés quasiment inexplorés alors même qu’ils préfigurent, selon leurs chantres, une nouvelle humanité.
Sans prétention aucune à l’exhaustivité, cette note pose quelques jalons de réflexions sur les fondements de l’humanisme, de l’humanité et de l’humain en islam.
À l’opposé de la trajectoire prise par la proposition européenne, l’humanisme islamique ne s’est pas édifié en opposition à la religion et à son texte révélé, et a fortiori à une transcendance divine. Il s’en est au contraire servi comme d’un point d’ascension, un horizon sublime, pour se hisser au-delà d’une conception limitée aux seuls phénomènes observables. L’homme, dont l’archétype est l’Adam primordial, tient une position centrale dans la cosmogonie islamique. Notre étude se fonde principalement sur les sources scripturaires de l’islam, Coran, hadîth et leurs exégèses. En raison de leur acuité et de leur avant-gardisme sur le plan des idées, nous avons pour notre démonstration privilégié les sources issues du tasawwuf (soufisme). Ce corpus traditionnel forme le noyau dur de la matière islamique. C’est à partir de cette matière qu’au cours des siècles a été pétrie une éthique de type humaniste en contexte musulman.
Mais parce que l’humanisme, comme vocable et mouvement intellectuel, s’enracine en Europe, et que les grandes questions actuelles sur le devenir de l’homme s’expérimentent de manière privilégiée à partir du monde occidental, il nous a paru nécessaire de mettre en perspective notre sujet en retraçant les grandes lignes de l’humanisme européen.
Les traductions des versets du Coran proposées dans cette note sont l’oeuvre de l’auteur et ont été effectuées à partir de l’édition du Caire.
Le conseil scientifique de la série Valeurs d’islam a été assuré par Éric Geoffroy, islamologue à l’Université de Strasbourg.
Ahmed Bouyerdene,
Chercheur en histoire, auteur et docteur en études méditerranéennes et orientales.
SOURCE : Fondation pour l’innovation politique – La Newsletter du 31 janvier 2025.


