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PARIS : La notion d’infrapolitique, une forme d’engagement…

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PARIS : La notion d’infrapolitique, une forme d’engagement qui diffère de la politique classique et de la métapolitique

Dans cet article, Jean Goujon, auditeur de la promotion Saint Exupéry, développe la notion d’infrapolitique, une forme d’engagement qui diffère de la politique classique et de la métapolitique.

Désobéissance civile, mouvements de base, initiatives communautaires… l’infrapolitique conduit des familles, des groupes informels ou des communautés à s’engager dans une résistance préventive face aux formes autoritaires de gouvernance et à penser des ordres alternatifs, indépendamment de l’emprise idéologique des élites.

Où commence et se termine le politique ? Le politique se manifeste de différentes manières et ne se limite pas à sa dimension institutionnelle. Est-ce que ce sont les idées qui mènent le monde ? Suffit-il de construire une contre-hégémonie culturelle pour renverser les structures de domination et conquérir le pouvoir étatique ? La dissolution du politique et la perte de confiance actuelle dans les institutions déplacent les contours du politique vers de nouvelles orientations d’édification du commun. De nouvelles formes d’engagement collectif apparaissent se situant en dessous du politique sans pour autant être métapolitiques. Par quels moyens une puissance existe-t-elle si elle n’est pas narrative ou politique ? Face à une désillusion généralisée et une érosion de la citoyenneté, le désengagement civique constitue une forme d’infrapolitique, car il implique une prise de distance, une défiance et une résistance souterraine face à des institutions représentatives jugées insatisfaisantes. Nous explorerons dans un premier temps les différents niveaux du politique, en définissant et distinguant les concepts d’infrapolitique et de métapolitique. Par la suite, nous démontrerons l’importance de l’infrapolitique dans les luttes politiques actuelles. Enfin, nous détaillerons les types de résistance infrapolitique.

I. Qu’est-ce que l’infrapolitique ?

« Jusqu’à fort récemment, la plus grande partie de la vie politique active des groupes dominés a été ignorée parce qu’elle a lieu à un niveau qui est rarement reconnu comme politique. […] l’action politique au grand jour est loin de constituer la totalité de l’action politique en général. »
James C. ScottLa Domination et les arts de la résistance (1990)

1. L’émergence de la notion d’infrapolitique

1.1 Présentation de Pierre Clastres

Pierre Clastres est un anthropologue français dont les travaux ont porté sur l’étude des sociétés indigènes semi-nomades en Amérique du Sud et les formes non institutionnelles du politique. Clastres a mis en avant l’idée que dans de nombreuses sociétés dites primitives, le pouvoir et l’organisation politique existent sans être centralisés ni coercitifs. Selon Clastres, ces sociétés ne seraient pas simplement sans État par accident ou par sous-développement, mais s’opposeraient activement à l’État, mettant en place des mécanismes sociaux et culturels pour empêcher l’émergence de structures étatiques. Ainsi, l’absence de l’État n’équivaut nullement à une absence d’ordre, il y a bien un espace politique dans les sociétés sans État. Clastres rejette la réduction du pouvoir à la seule forme de l’État, qu’il considère comme un concept historiquement déterminé, et non comme un fondement universel.

Clastres est considéré comme un précurseur de l’anthropologie anarchiste parce qu’il offre une vision des sociétés humaines qui démontre que des structures sociales autonomes sans État existent et fonctionnent. Ses travaux anticipent la notion d’infrapolitique par une analyse des résistances préventives face aux formes autoritaires de gouvernance. L’analyse de Clastres sur la nature du pouvoir et les moyens de le contester préfigure les réflexions sur les formes cachées de résistance politique. Ces résistances structurelles et culturelles correspondent à l’idée d’infrapolitique, où des sociétés acéphales, très peu hiérarchisées maintiennent néanmoins des modes de vie autonomes et organisés qui échappent à tout contrôle centralisé.

1.2 Présentation de James C. Scott

James C. Scott est un universitaire américain interdisciplinaire qui a étudié les formes de résistance quotidienne des individus et des groupes sociaux à l’égard des mécanismes de domination. Influencé par les travaux de Clastres, Scott a examiné les stratégies de dissimulation et de contournement adoptées par les populations marginalisées, notamment en Asie du Sud-Est, à travers des enquêtes anthropologiques. Scott a introduit la notion d’infrapolitique pour désigner les pratiques de résistance discrètes et dissimulées, qui constituent la vie politique des dominés. En révélant ces dimensions souvent négligées ou ignorées de la vie sociale, il a mis en lumière leur influence sur les relations de pouvoir et les dynamiques de la société.

Dans son ouvrage La Domination et les arts de la résistance paru en 1990, Scott étend sa théorie de la domination à tous les groupes sociaux qui subissent des formes de coercitions, en étudiant les différentes modalités de résistance. L’auteur utilise les notions de « texte public » et de « texte caché ». Le « texte public » représente une manifestation de l’autorité et de sa légitimité, englobant les discours officiels, les règlements formels et les lois écrites, qui incarnent les normes, les valeurs et les politiques officielles des institutions du pouvoir. Le « texte caché », en revanche, se réfère aux significations et pratiques qui ne sont pas explicitement exprimées, mais qui sont néanmoins présentes dans la vie politique et sociale quotidienne. Ces « textes cachés » incluent les normes sociales non écrites, les traditions orales, les pratiques culturelles subversives et les stratégies de résistance. Scott utilise ces notions pour mettre en évidence les formes de connaissance et de pouvoir informelles qui existent en dehors des structures officielles. L’opposition dialectique entre « texte public » et « texte caché » permet de révéler les contradictions et les tensions entre le pouvoir et les groupes dominés.

1.3 L’anthropologie anarchiste et les théories de la résistance

L’anthropologie anarchiste est un champ de l’anthropologie politique qui s’intéresse spécifiquement aux sociétés sans État ou en lutte contre des structures étatiques. Ce courant a émergé principalement à partir des travaux de Clastres et de Scott, les deux figures centrales ayant analysé les dynamiques de pouvoir dans les sociétés « primitives » et marginalisées. Initialement centrée sur la critique des structures de pouvoir, l’anthropologie anarchiste a évolué vers une étude approfondie des formes de résistance et des mouvements sociaux dans les sociétés contemporaines.

Les théories de la résistance sont une branche de la sociologie critique qui a émergé dans les années 1960. Elle a pour objet d’étude les mécanismes de domination et les formes discrètes de résistance. Dans les années 1980 et 1990, sous l’impulsion de Scott, ces théories supposent de penser les capacités de résistance des sujets face à un monde normé et de mettre en évidence les compétences critiques des sujets, qui ne sont jamais aussi soumis qu’il n’y paraît. Reprenant en partie les analyses marxistes d’hégémonie culturelle, les théories de la résistance mettent l’accent sur la diversité des formes de résistance, allant de la résistance individuelle et informelle au quotidien jusqu’à la contestation politique organisée. Selon les théories de la résistance, dans toutes les sociétés, les groupes dominés disposent de ressources symboliques leur permettant de penser des ordres alternatifs, indépendamment de l’emprise idéologique des élites.

2. Différences entre métapolitique, politique et infrapolitique

2.1 Niveau d’intervention

La métapolitique se situe en amont de la politique conventionnelle. Elle vise à influencer les idées, les valeurs, la culture et les normes qui sous-tendent les décisions politiques. Elle se concentre sur la formation de l’opinion publique et la promotion d’idées politiques à travers des discours, des récits, des médias et des mouvements culturels.

La politique se concentre sur le processus de prise de décision et de mise en œuvre des politiques publiques. Elle implique les structures officielles que sont les institutions gouvernementales, les partis politiques, les processus électoraux et législatifs. L’État incarne l’action politique et la société civile, l’action métapolitique et infrapolitique.

L’infrapolitique se réfère aux stratégies de lutte et d’organisation sociale qui se situent en aval du politique, mais qui ne sont pas métapolitiques. Elle concerne les activités politiques qui se déroulent en dehors des institutions politiques formelles. Il s’agit d’actions concrètes, telles que la désobéissance civile, les mouvements de base, les initiatives communautaires, qui visent à structurer les groupes et établir des liens entre les membres.

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SOURCE : L’actualité de l’Institut ILIADE pour la longue mémoire européenne.