AURIOL : Le Domaine viticole LAGET engagé dans le projet MA…
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AURIOL : Le Domaine viticole LAGET engagé dans le projet MATI’AIR
La pollution de l’air est un enjeu de santé publique et climatique important en Provence-Alpes-Côte d’Azur qui provoque des problèmes respiratoires, maladies cardio-vasculaires, maladies chroniques…
En 2020, la région dépassait les seuils fixés par l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) sur la qualité de l’air pour les particules fines, la totalité des particules en suspension dans l’air et l’ammoniac. En agriculture, ces émissions sont principalement liées à l’utilisation des engrais azotés, leur transport, et à la gestion des effluents d’élevage. Une partie plus faible est issue du travail du sol et de la pratique de brûlage à l’air libre des résidus agricoles.
Depuis 8 ans, l’Inter-Réseau Agriculture Énergie Environnement (IRA2E) aide les acteurs du monde agricole à réduire l’impact de leurs activités sur le climat et l’environnement en expérimentant des solutions alternatives innovantes.
Ces nouvelles pratiques permettent une réelle amélioration de la qualité de l’air et des effets positifs pour l’ensemble du système agricole et le territoire : diminution des polluants atmosphériques, amélioration de la qualité des sols, amélioration des performances économiques des exploitations, collaborations territoriales…
Après avoir été retenu en 2017 dans le cadre de l’appel à projets national AGRAIR (cf. encadré), l’IRA2E a une nouvelle fois été lauréat d’un autre appel à projets ayant trait à la qualité de l’air et l’agriculture : AgriQair avec son projet MATI’AIR.
Lancé en début d’année et financé par l’ADEME, ce projet s’appuie sur 8 expérimentations, menées en étroite collaboration avec une douzaine d’agricultrices et agriculteurs de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elles permettent de tester des pratiques innovantes pour, notamment, réduire la pollution atmosphérique. Ce projet a entre autres objectifs celui d’essaimer les bonnes pratiques et de favoriser le passage à l’acte des agriculteurs et des agricultrices,
À PROPOS DE L’IRA2E : Né des programmes régionaux AGIR et AGIR+ (2007/2012) « Vers 100 exploitations exemplaires », l’Inter-Réseau Agriculture Énergie Environnement (IRA2E) est un réseau de compétences pour la transition énergétique, climatique et environnementale de l’agriculture qui répond à des enjeux particulièrement élevés en région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Il regroupe 7 têtes de réseau agricole : Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Chambre d’Agriculture Régionale, la Maison Régionale de l’Élevage, la Filière Cheval Sud, le CRIPT PACA et en particulier le Lycée agricole de Carpentras, Solagro et le Geres.
Co-présidé depuis juin dernier par le Geres et Bio de Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce collectif engagé a adopté en décembre 2022 le statut d’association Loi 1901, le positionnant comme une importante porte d’entrée en région, capable de répondre à toutes les questions sur les thématiques énergie, environnement et climat en agriculture.
ZOOM SUR LE VOLET 3 MENÉ DANS LE CADRE DU PROJET MATI’AIR
LE CONTEXTE :
L’arrêté préfectoral n° 2013-322-0020 du 18 novembre 2013, en vigueur dans les Bouches-du-Rhône, interdit le brûlage à l’air libre de végétaux, avec des dérogations qui sont amenées à disparaître, y compris pour les agriculteurs.
Cette pratique engendre des émissions de particules fines et de gaz à effet de serre GES qui ont un impact non négligeable sur la qualité de l’air.
C’est notamment le cas en viticulture quand, lors du renouvellement du vignoble, les vignes arrachées sont très majoritairement brûlées. A titre d’exemple, 50 kg de déchets verts représentent les émissions de près de 6 000 km avec un véhicule diesel. Les dégagements sont notamment constitués de monoxyde de carbone (CO), d’oxydes d’azote (Nox) et d’hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP). Ces molécules sont connues pour avoir un impact sur la santé à partir des concentrations suivantes : CO :10 mg/m³ ; NOx :30 μg eq NO2/m3; HAP : 1 ng/m3 .
La mauvaise qualité de l’air impacte la santé des agriculteurs, des éleveurs, de leurs animaux et du voisinage. Asthme, allergies, maladies respiratoires ou cardiovasculaires, cancers : les particules sont à l’origine ou aggravent de nombreuses pathologies. Plus elles sont fines, plus elles sont nocives, car elles atteignent les alvéoles pulmonaires et pénètrent dans le sang. En Europe, les particules fines contribuent à une perte d’espérance de vie de 8 à 10 mois et sont responsables de 48 000 décès prématurés par an en France. Elles perturbent également l’équilibre des écosystèmes terrestres et aquatiques (ex: réduction de la photosynthèse des plantes, échanges gazeux difficiles, acidification des sols…) et contribuent au changement climatique.
S’ajoute à ce constat le fait que les sols méditerranéens figurent parmi les plus pauvres en matières organiques, facteur aggravant de sècheresse et désertification. Ceci est d’autant plus vrai pour les sols viticoles du fait des pratiques historiques (travail du sol important, désherbage chimique, fertilisation minérale, peu d’apports de matière organique…). La nécessité pour les exploitations agricoles de s’adapter aux évolutions du climat (nouvelles distributions des précipitations, aux épisodes plus fréquents de gels tardifs, aux chaleurs extrêmes, aux orages plus intenses…) est déjà une réalité en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. En parallèle, le tri et la valorisation des biodéchets devront être mis en place au 1er janvier 2024, ce qui représente un gisement de 450 000t de biodéchets alimentaires à valoriser et ceci idéalement au plus près des gisements afin de réduire au maximum les impacts liés aux transports.
L’EXPÉRIMENTATION MENÉE AU DOMAINE LAGET :
Lancée en octobre dernier sur une parcelle expérimentale (près d’1 hectare de vignes plantées en 1972 et qui arrivent en bout de production) appartenant à Marie-Emma LAGET, viticultrice de 23 ans (Domaine familial LAGET composé de 14 ha de vignes et d’oliviers), cette expérimentation a pour objectif d’éviter le brûlage, d’améliorer la qualité de l’air et d’améliorer le fonctionnement du sol.
Après avoir précédemment préparé la parcelle en vue du passage du broyeur (enlèvement des matériaux résiduels comme d’éventuels piquets, fils de fer, pierres…) et réalisé un état sanitaire pour s’assurer que la vigne n’est pas porteuse d’une maladie qui pourrait se transmettre, le broyage mécanique sur place a eu lieu le jeudi 21 novembre avec dépôt du broyat au pied des vignes.
Cet apport de matière organique sur les sols méditerranéens souvent appauvris améliore leur structure, permet de conserver l’humidité et d’améliorer le stockage du carbone. Enfin, la biomasse microbienne du sol est aussi dynamisée, renforçant ainsi sa bonne santé et ses capacités productives.
Si la technique semble simple c’est pourtant un véritable changement de pratique pour les agricultrices et agriculteurs qui s’engagent ainsi à protéger la biodiversité et à améliorer la qualité de l’air en région.
Pour Romain Gateau, Conseiller Environnement à la Chambre d’agriculture des Bouches du Rhône et Amélie Himpens, ingénieure agronome et chargée de projet Biomasse – Énergie – Agriculture – Territoires au sein du Geres, assurant la coordination technique du projet Mati’Air pour l’IRA2E :
« La valorisation par broyage et incorporation des résidus agricoles issus de l’arrachage en viticulture est encore trop peu réalisée sur le territoire régional. Or c’est une alternative au brûlage à l’air libre qui permet en plus un retour de matière organique au sol. L’objectif de ce projet est de continuer à perfectionner la faisabilité technique et économique du broyage de souches de vignes et répondre aux questions sanitaires et agronomiques qu’il soulève. Nous souhaitons enfin faire connaitre les pratiques alternatives au brûlage, bien identifier leurs avantages et leurs limites pour que les agriculteurs puissent s’en saisir en toute connaissance de cause. »


