BORDEAUX : Columbarium et Jardin du Souvenir, une commande…
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BORDEAUX : Columbarium et Jardin du Souvenir, une commande publique de la Ville
Un espace de recueillement, dans la continuité de l’histoire du lieu.
Le Columbarium et le Jardin du Souvenir du cimetière de la Chartreuse à Bordeaux sont le résultat d’un concours d’architecture, remporté en 2022 par Jenna Kaës – artiste, Martial Marquet – architecte et Renan Rousselot – paysagiste. Ils composent une création spécifique qui relève tant de l’œuvre artistique, architecturale que paysagère. Monument cinéraire dédié à recevoir les urnes des défunts, le Columbarium s’élève au milieu d’un large Jardin du Souvenir, où l’on vient disperser les cendres ou se recueillir. L’édifice se compose de quatre murs accueillant une centaine de cases, et l’extérieur présente une collection de fragments et objets, tous issus d’anciens monuments funéraires à l’abandon. Ces quatres murs délimitent un cheminement qui serpente le long du Jardin du Souvenir.
Le Columbarium s’inscrit dans le contexte historique et esthétique du cimetière de la Chartreuse, ancien jardin monastique, puis à la fois cimetière et parc philosophique dès le XIXe siècle. Un espace généreusement planté, dans lequel s’intègrent le Columbarium et le Jardin du Souvenir par une véritable promenade paysagée.
Le Columbarium et le Jardin du Souvenir composent un espace à part, à la fois intime car à l’abri des regards, et pourtant foisonnant de vie grâce à la richesse de la végétation intégrée au projet. Lorsque l’on regarde l’emplacement et l’environnement du projet, on constate qu’il est situé dans une partie du cimetière plus calme et plus verte. Le Nord et l’Est du cimetière offrent un paysage bucolique de pierre calcaire et de mousse. Cette sensation est confortée par la circulation réduite des rues périphériques. Moins bruyantes que les boulevards, les abords du site avec ses concessions mouvantes sous l’effet d’un sol argileux et d’une végétation spontanée nous donnent l’image poétique d’un cimetière vivant.
Étant loin de toute concession, ce site a été l’opportunité d’installer une végétation généreuse, afin d’offrir aux visiteurs un réel espace d’intimité au sein d’un jardin abondamment planté d’arbres. L’ensemble s’organise autour d’une promenade au cœur de ce jardin, avec une entrée marquante depuis le monument aux morts de Bougie et une sortie plus discrète sur l’allée qui borde le site. Entre l’entrée et la sortie se succèdent un ensemble d’espaces propices au recueillement, où dialoguent la pierre et la végétation.
Les dalles et décors funéraires délaissés comme ressources premières
Dans un souci historique, symbolique, et environnemental, les dalles et décors funéraires issues des concessions et monuments abandonnés du cimetière de la chartreuse ont été employées comme ressources premières.
L’espace est complété par des bancs et un autel. Chacun de ces éléments mobiliers est édifié à partir de pierres provenant en partie d’une chapelle funéraire de style roman, qui s’est écroulée en automne 2022. Cette famille de mobiliers propose un « usage ouvert », tout en invitant au recueillement cérémoniel à l’arrivée du cortège. La table centrale en pierre, tel un autel primitif, évoque la possibilité de poser l’urne, des fleurs, ou tout autre objet que les proches souhaitent unir à leur propre rituel de dépôt dans le monument cinéraire. Par cet ensemble, chaque individu, qu’il soit d’une confession ou d’aucune, peut se recueillir pour un temps, comme il l’entend. En proposant un format libre, digne et adaptable à la cérémonie qui ressemblerait à chaque défunt.
Un chemin mène vers le Columbarium, une construction à l’apparence d’un passage, qui offre dès l’entrée une percée sur un second jardin. Un passage à ciel ouvert, au sein duquel se déploie sur chaque paroi un assemblage symphonique de drapés en béton, découpé pour former les portes des cases. Une ornementation qui rappelle le motif du drapé, familier au sein des cimetières européens, et figure par la gravité de son tombé, grâce et solennité. Ces méandres de draperies invitent, lors du recueillement, à venir déposer une fleur, une petite pierre, ou tout autre élément permettant aux proches d’incarner la mémoire du ou des défunts. L’extérieur de cet ensemble édifié en maçonnerie volontairement minimaliste, à la matérialité brute et dépouillée, met en valeur les ornements multiples extraits du site. A la manière d’un mur lapidaire, ils sont les témoins de la richesse historique et esthétique du cimetière de La Chartreuse.
Jardin du souvenir : réunir subtilement les morts et le « vivant »
Cornouillers, arbousiers, érables, chênes ou encore arbres de judée viennent créer un écrin de verdure diversifié et foisonnant.
Le panorama prendra avec le temps la forme d’une clairière entourée de massifs arbustifs denses et d’arbres variés. Ici la végétation se compose d’essences locales et diversifiées. Par souci économique et environnemental, des espèces adaptées et rustiques ont été plantées pour une meilleure adaptation aux conditions du site et ainsi permettre une économie en eau.
C’est l’entièreté de cet ensemble végétal qui est considéré comme Jardin du Souvenir. Permettant la dispersion des cendres de manière libre, dans les massifs, là où chacun pourrait choisir un emplacement qui fait le plus sens : une essence d’arbre particulière, à proximité d’un banc…. Ici les plaques nominatives et commémoratives, dédiées aux défunts dispersés dans ces espaces, sont fixées sur les bancs en pierre présents. De manière volontairement non structurée, et selon la volonté des proches. Un moyen de réunir subtilement les morts et les vivants. Faisant écho aux bancs commémoratifs traditionnellement construits sur les sentiers de promenade.
Cet ensemble composant le Columbarium et le Jardin du Souvenir du cimetière de la Chartreuse de Bordeaux, peut être parcouru librement. En entrant par l’un des deux jardins. Laissant la possibilité à chacun de poursuivre le chemin mis en place, ou non. Il a été conçu en accord avec l’espace originel, afin de laisser la nature évoluer par-delà les constructions. Depuis, les mousses et les lichens commencent à s’épanouir sur les murs et les enrochements, les herbes et les fleurs à pousser entre les dalles, et les clous de bronze qui maintiennent les portes des cases, à verdir par endroits.
Le cimetière de la Chartreuse de Bordeaux
Le cimetière de la Chartreuse, en plein cœur de Bordeaux constitue en soi un musée de l’Art funéraire. Avec ses nombreuses stèles, tombeaux, temples et chapelles aussi diverses et variées, ponctuées d’allées arborées de tilleuls et d’if, la visite de ce cimetière constitue une balade patrimoniale incontournable de la culture bordelaise. Plusieurs tombes célèbres y figurent, entre autres la tombe du peintre Francisco Goya (son corps repose aujourd’hui à Madrid en Espagne, mais un cénotaphe lui est dédié), Charles-François Delacroix (père du peintre Eugène Delacroix), l’écrivaine Flora Tristan (grand-mère du peintre Paul Gauguin).


