PARIS : Madeleine RIFFAUD, le vouloir et la vie par Antoine…
Partager :

PARIS : Madeleine RIFFAUD, le vouloir et la vie par Antoine PERRAUD, journaliste
A l’orée de ses cent ans, Madeleine Riffaud évoque les facettes de sa multiple vie, lors d’une rencontre avec Antoine Perraud.
La Scam a souhaité honorer de son vivant cette journaliste, poétesse et grande figure de la résistance. Le salon des auteurs et autrices qui sera inauguré en septembre prochain, dans les nouveaux locaux de l’avenue Vélasquez, portera son nom. Allongée dans son lit, Madeleine Riffaud fume. Avec calme, patience et détermination, elle tire sur un cigarillo, inspirant la fumée si profondément que son existence entière semble défiler en un tel intervalle. Une existence faite de dangers encourus, d’épreuves subies, de mort souvent frôlée. Voilà peu encore, une infection pulmonaire faillit l’emporter. Elle s’en est une fois de plus sortie. Et elle fume, en cachette de la faculté. La cendre s’accumule à l’extrémité du cigarillo, défiant les lois de la pesanteur, comme chez feu son contemporain JB Pontalis (1924-2013), qui, dans son minuscule bureau des éditions Gallimard, laissait la poudre résultant de la combustion atteindre la moitié du petit cylindre de tabac maintenu à la verticale entre ses doigts, comme si la cendre ainsi accumulée symbolisait la continuité d’une vie qui jamais ne cède. JB Pontalis est mort le jour de son anniversaire. Il n’avait que 89 ans. Madeleine Riffaud se demande pour sa part, aujourd’hui, avec une curiosité un rien blasée, si elle atteindra ses 100 ans le 23 août prochain. Elle avait donc 15 ans tout juste lorsque fut signé le pacte germano-soviétique, dit Ribbentrop-Molotov, en 1939, qui réglait cyniquement le sort de l’Europe au gré des intérêts de Hitler et de Staline. Ainsi va le destin communiste, fait de fardeaux, de combats, de couleuvres à gober sans ciller.
SOURCE : La lettre Astérisque de la Scam – été 2024.


