PARIS : “Sécurité juridique, rapidité, ampleur”
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PARIS : “Sécurité juridique, rapidité, ampleur”
Dans un rapport remis au gouvernement en décembre 2023, Charles Rodwell, député des Yvelines, propose vingt-huit mesures, réglementaires, législatives ou autres, pour une « attractivité d’attaque » des investissements industriels en France.
Un arsenal stratégique nourrit d’un volume impressionnant d’expériences au plus près de l’économie réelle.
Entretien.
Vous prônez dans votre rapport [1] une politique d’attractivité « d’attaque » consistant à « cartographier, étape par étape, les failles de nos chaînes d’approvisionnement et à les sécuriser au fur et à mesure, en remontant ces chaînes par rangs successifs de fournisseurs ». Cette politique vise-t-elle certains secteurs plutôt que d’autres ?
Charles Rodwell : Permettez-moi un point d’introduction sur le contexte de cette mission : la France est depuis plusieurs années le pays européen le plus attractif pour les investissements étrangers, notamment dans le domaine industriel (en nombre de projets). Même si en termes de création de valeur, de création d’emplois, nous pouvons encore faire mieux, c’est un résultat presque inespéré après des décennies de désindustrialisation.
C’est le fruit de la politique conduite au niveau national, avec la baisse de la fiscalité, les lois de simplification, la loi Pacte, les réformes du marché du travail, et dernièrement la réforme de l’assurance chômage. Mais aussi des politiques portées depuis longtemps et de manière transpartisane par les présidents de région, les élus locaux, avec les industriels, que nous avons pu rencontrer dans 41 départements durant cette mission : des centaines de personnes qui n’ont pas attendu le gouvernement pour attirer des investisseurs français et étrangers sur leurs territoires.
Le deuxième point de contexte, c’est que depuis quelques années nous avons changé de paradigme au niveau mondial : nous vivons dans un monde en guerre économique. Avec l’agression de l’Ukraine par la Russie et le conflit israélo-palestinien, la guerre se trouve aux portes de l’Europe. Ces conflits sont politiques, géopolitiques, militaires, diplomatiques, mais aussi de nature économique. Lorsque nous connaissons une rupture énergétique aussi brutale entre l’Europe et la Russie, lorsque le président chinois dit ouvertement à la télévision que son pays va passer d’une économie de paix à une économie de guerre, et qu’il ferme l’accès à une bonne part de ses marchés stratégiques, avec une incidence directe sur l’activité de centaines voire de milliers d’entreprises européennes, lorsque les États-Unis mettent en œuvre l’Inflation Reduction Act, qui frappe de plein fouet l’industrie européenne, on peut parler de tensions économiques majeures.
Points périodiques sur les maillons faibles des chaînes de valeur
Dans un tel contexte, soit on reste dans le même paradigme en France et en Europe, même s’il a évolué depuis la crise Covid – je pense à la dette levée en commun, aux alliances industrielles qui ont été mises en œuvre –, soit on accélère, avec un objectif au niveau national : l’indépendance et la sécurité économiques de la France. C’est l’objet des propositions de ce rapport, que j’ai mises à disposition du gouvernement.
Évidemment nous avons des priorités, dans certains secteurs stratégiques, où la sécurité des chaînes d’approvisionnement de nos industries est un élément fondamental. Et ça, c’est un travail commun à mener entre l’État et les industriels, pour renforcer la résilience de ces chaînes de valeur. Sur le long terme, l’équipe que nous proposons de mettre à disposition des entreprises pour mener cette politique d’attractivité d’attaque, pourra être ouverte à l’ensemble des entreprises qui contribuent à la croissance française et à la sécurité économique de notre pays.
À ce stade, nous avons donné la priorité aux secteurs où nous sommes le plus en situation de vulnérabilité, je pense à l’électronique, à tout ce qui est lié à l’énergie, à la santé, à l’agroalimentaire, à l’industrie chimique, et quelques autres qui aujourd’hui définissent ou non la puissance et l’indépendance politique d’un pays vis-à-vis de régions du monde qui ne sont pas des alliés objectifs.
Et cette méthode d’attaque devrait être pilotée par le SGDSN [2], c’est-à-dire avec une forte inflexion défense nationale, plutôt que par Bercy… Est-ce que vous aviez en tête l’épisode malheureux d’Excellia l’année dernière [3] ?
C. R. : Oui, absolument. Il y a plusieurs options, on peut aussi s’appuyer sur la Direction générale des entreprises. L’important, ce sont deux caractéristiques. La première : proximité avec la décision politique. Les décisions, et Excellia en est un bon exemple, doivent être prises parfois à l’heure près. Avec un SGDSN qui est directement rattaché au Premier ministre, vous avez entre les mains le cœur de la décision politique, qui peut être prise dans un temps record pour des opérations extrêmement sensibles. La deuxième : le caractère interministériel. Aujourd’hui, vous devez avoir autour de la table les collectivités, Bercy, l’Énergie, qui est désormais rattachée à Bercy, l’Intérieur.
Le SGDSN a comme son nom l’indique un prisme défense, une méthode de travail qui est profondément liée à la sûreté nationale. Ne vous méprenez pas, je connais bien Bercy et ses services, une fonction publique et des agents d’une qualité exceptionnelle et qui ont toujours l’intérêt de l’État au cœur de leur action ; ce que je veux souligner, c’est qu’associer la sécurité économique de notre pays à des enjeux de défense nationale sur un plan politique ou diplomatique constituerait une approche extrêmement intéressante. Si c’est la DGE qui prend la tête des opérations là-dessus, ça me va bien aussi, je connais la qualité de cette direction ; mais il faut assurer le caractère interministériel, pour être le plus efficace possible.
SOURCE : ILEC – La Voix des marques


