PARIS : Le Front national en campagnes, les agriculteurs et…
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PARIS : Le Front national en campagnes, les agriculteurs et le vote FN
Le vote des agriculteurs lors de l’élection présidentielle de 2017 devrait être scruté de près car on observe depuis le début des années 2000 une montée notable de la popularité des idées du Front national au sein du monde agricole.
En 2017, Marine Le Pen pourrait donc y effectuer une nouvelle percée spectaculaire. Or le vote des agriculteurs continue à compter. Même si leur part dans la population active (1,9%), et a fortiori dans la population française totale (1%), est devenue aujourd’hui très marginale, ce que l’on appelle l’« électorat agricole » n’en représente pas moins quelque 8% du corps électoral français. Ce vote continue également de pencher vers la droite, en particulier vers les partis gaullistes et néogaullistes, et désormais de plus en plus souvent vers l’extrême droite.
Pourtant, jusqu’au début des années 2000, les agriculteurs figuraient parmi les catégories les moins sensibles au discours du Front national. Lors des élections présidentielles de 1988 et de 1995, Jean-Marie Le Pen n’a ainsi recueilli que 10% des suffrages des agriculteurs, soit un score bien plus faible que sa moyenne nationale.
Le tournant s’est opéré le 21 avril 2002, lorsque les agriculteurs ont apporté un soutien significatif à Jean-Marie Le Pen (22%) relativement à l’ensemble de la population française (16,9%). Malgré des scores plutôt en dents de scie par la suite, Marine Le Pen a presque reproduit la performance de son père en 2012 en obtenant 21% des votes des agriculteurs lors de la présidentielle (17,9% au total).
Différents facteurs semblent expliquer ce phénomène : une déception des agriculteurs vis-à-vis des politiques, l’impression d’être victimes d’une mutation économique liée à la mondialisation, un sentiment de déclassement social, la perception d’une montée del’insécurité physique, la progression d’un euroscepticisme et une profonde crise identitaire traversée par la profession. L’une des grandesinconnues concernant le scrutin de 2017 sera donc l’impact électoral de la crise particulièrement prononcée vécue par plusieurs secteurs agricoles en 2015-2016. Les agriculteurs pourraient en profiter pour exprimer leur mécontentement et donner un bon « coup de pied dans la fourmilière ».
Eddy Fougier,
Politologue, consultant indépendant, chargé d’enseignement à Sciences Po Aix-en-Provence et à l’Audencia Business School.
Jérôme Fourquet,
Directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop.
SOURCE : Fondation pour l’innovation politique – La Newsletter du 29 février 2024

