PARIS : Intellectuelles et féministes à l’avant-garde des l…
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PARIS : Intellectuelles et féministes à l’avant-garde des luttes
Avec le portrait de quelques enseignantes et pionnières du féminisme entrées en politique avec l’affaire Dreyfus, l’historienne Mélanie Fabre remet la question de l’éducation et de l’école publique au centre de l’émancipation sociale et politique.
En 1881, lors d’une conférence prononcée devant des institutrices, Pauline Kergomard déclare : “L’endroit désigné pour faire la démocratie, c’est l’école.”
Cette phrase, précise Mélanie Fabre, pourrait être l’adage des intellectuelles qu’elle a étudiées : “Elles font du système scolaire un levier majeur de transformation sociale. Pour elles, l’école cristallise des engagements multiples, pour plus d’équité sociale, pour plus d’égalité entre les sexes, pour la construction d’un monde pacifique, et ce, dans un combat contre tous les obscurantismes.”
Mais ce n’est pas tout, car si “l’endroit désigné pour faire la démocratie, c’est l’école”, alors “celles et ceux qui font l’école assument non seulement une fonction sociale indispensable mais un rôle politique majeur. C’est ainsi qu’une élite féminine enseignante, en s’emparant des opportunités professionnelles ouvertes par le nouveau régime, subvertit le rôle professionnel qui lui avait été assigné pour s’imposer dans des espaces de débats et de prises de décision jusqu’alors monopolisés par les hommes”.
Ce qui n’est pas sans mettre ces intellectuelles en contradiction avec le devoir de réserve auquel elles sont tenues en tant que fonctionnaires. À quoi Albertine Eidenschenk répondra par des propos qui résonnent toujours, plus d’un siècle après : “Je ne suis pas neutre, je ne veux pas l’être, je le trouverais déshonorant. Si, quand mes élèves entendront s’élever de la rue des clameurs de mort contre une classe de citoyens, elles pouvaient une seconde penser que je les approuve ; si, quand elles liront d’épouvantables excitations à la haine et à la persécution, des appels au ‘sabre libérateur’, elles pouvaient douter un instant que je les condamne, j’en serais profondément humiliée : j’aurais le sentiment très net que j’ai manqué à un de mes devoirs essentiels d’éducatrice.”
Vient de paraître :
“Pour Pauline Kergomard, la crise de l’affaire Dreyfus doit amener le régime à revoir sa politique : la neutralité de l’enseignement public est une abdication face à l’enseignement catholique, accusé de nourrir un fort sentiment antirépublicain. “Deux adversaires sont en présence dont l’un est armé et l’autre, sans armes ; dont l’un parle et l’autre reste muet. Il n’est que temps de réagir. De la neutralité, nous mourons.” Pour Marie Baertschi, l’éthique du fonctionnaire ne peut consister à se taire : “C’est nous qui enseignons qu’il y a des domaines où l’esprit d’examen, la raison, la conscience n’ont pas à intervenir. Ce qui manque en somme à nos écoles, c’est l’habitude de penser par soi-même, de croire par soi-même, de vouloir par soi-même, sur toutes les questions, partout et toujours.”
« Dans les dernières décennies du XIXe siècle, quelques femmes n’entendent pas se contenter d’un rôle de subalterne. Elles saisissent de nouvelles opportunités, notamment dans l’institution scolaire, vue comme un levier majeur de transformation sociale pouvant faire barrage à tous les obscurantismes. Dans les salles de classe, les universités populaires, les revues, sur les estrades des réunions publiques, elles font entendre leur voix. Marie Baertschi, Jeanne Desparmet-Ruello, Albertine Eidenschenk ou encore Pauline Kergomard défendent l’idéal d’une école démocratique et émancipatrice, nourrissent les combats féministes et s’engagent dans les mouvements pacifistes. Ces pionnières oubliées inventent la figure de l’intellectuelle. »
De Mélanie Fabre, lire en ligne :
— “Sur les traces d’une poignée d’intellectuelles et féministes au tournant du XXe siècle” (Au jour le jour, février 2024)
Prochaines rencontres :
16 février à 18h30 : À l’occasion de la parution du livre de Stefania Maurizi sur L’Affaire WikiLeaks, en partenariat avec les Amis du Monde diplomatique, le Centre mosellan des droits de l’homme (CMDH), le Comité de soutien Assange (CSA) et la Free Assange Wave France (FAW), la librairie Autour du monde (44 rue de la Chèvre) vous invite à une discussion sur les liens entre médias indépendants, censure et crimes d’État.
Bruxelles (Belgique), le 5 mars à 19h30 : À l’invitation des éditions Agone et EPO, Peter Mertens présentera son nouveau livre, Mutinerie. Comment le monde bascule, au Studio 4 à Flagey (place Sainte-Croix).
Crest (Drôme), le 8 mars à 18h : À l’occasion de la parution de son livre Pour ne pas en fin avec la nature, le philosophe et montagnard Philippe Dupouey est invité à discuter du rapport nature/culture dans l’anthropologie et l’écologie de Philippe Descola à la librairie La Balançoire (6 rue du Général-Berlier).