AIX EN PROVENCE : Le Festival, une démarche patrimoniale d’…
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AIX EN PROVENCE : Le Festival, une démarche patrimoniale d’ampleur
De ce monde qui nous stupéfie chaque jour davantage, l’opéra ne nous divertit pas plus qu’il ne l’imite platement.
Il le raccorde aux temps immémoriaux et aux passions premières, dont il livre le spectacle brûlant avec ses moyens inimitables. L’Atride Iphigénie passant de victime à bourreau, l’élu Samson que sa force isole jusqu’au carnage, Butterfly vulnérable et obstinée à en mourir : l’édition 2024 est peuplée de ces destinées exemplairement ambivalentes. La violence, la folie, la destruction se déchaînent ; mais la fidélité, la volonté, la lutte pour la justice et l’émancipation leur font face. Voici l’humaine fragilité, résistant à sa propre barbarie à travers le plus sublime et pathétique des langages. Chaque édition du Festival possède une identité propre.
Deux dominantes donnent à celle-ci sa tonalité : française, elle fait entendre sa prosodie raffinée du Samson d’après Rameau au Pelléas et Mélisande de Debussy en passant par les Iphigénie de Gluck ; baroque, elle tend son arc chatoyant d’Il ritorno d’Ulisse in patria de Monteverdi à La clemenza di Tito de Mozart – s’enlaçant ainsi autour de la trinité qui domine l’opéra du XVIII e siècle et jette les bases de la modernité : Rameau, Gluck et Mozart. Elle célèbre également Puccini, dont on fête le centenaire de la disparition ; et le théâtre musical, avec un fascinant diptyque formé de Eight Songs for a Mad King de Peter Maxwell Davies et des Kafka-Fragmente de György Kurtág, mais aussi The Great Yes, The Great No, création du génial William Kentridge présentée à LUMA Arles.
PROJET PATRIMONIAL
UN RICHE FONDS D’ARCHIVES
Désireux de valoriser et de partager avec le grand public son histoire et sa mémoire, le Festival d’Aix-en-Provence a enclenché une démarche patrimoniale d’ampleur. Certains noms prestigieux peuvent à eux seuls donner la mesure des collaborations artistiques qui ont défini le Festival depuis 1948 et sa place unique dans l’histoire de la scène lyrique : Cassandre ou Derain à la scénographie, Peter Brook ou Patrice Chéreau à la mise en scène, Hans Rosbaud ou Pierre Boulez en fosse, Montserrat Caballé ou Jessye Norman sur le plateau… Autant de décors, costumes, photographies, captations audiovisuelles, programmes ou affiches qui dessinent une exceptionnelle histoire du spectacle et donnent à revivre ses plus belles heures. 2022 a marqué un moment fondateur de cette démarche : la création avec la Ville d’Aix-en-Provence du « Fonds du Festival international d’art lyrique d’Aixen-Provence », regroupant des collections jusque-là dispersées, et conservées pour la plus grande part dans les musées et les archives de la Ville d’Aix. Leur numérisation est alors amorcée avec le soutien de la DRAC PACA. En 2023, cette première impulsion se concrétise lors d’une journée dédiée à la découverte du patrimoine du Festival, au cours de l’édition anniversaire de ses 75 ans : trois courts films documentaires ont été produits en collaboration avec Aix-Marseille Université, partenaire fidèle du Festival dans le cadre des actions Passerelles.
AIXOPERA – UN PROGRAMME DE RECHERCHE FÉDÉRATEUR ET VISIONNAIRE
Cette démarche trouve désormais une nouvelle dimension grâce au soutien essentiel d’Aix-Marseille Université (AMU) avec la naissance du projet AixOPERA (2024-2027). AMU et le Festival d’Aix s’associent en effet dès 2024 pour porter ce programme de recherche pluridisciplinaire ambitieux. Musicologie, acoustique, humanités numériques, archivistique, histoire culturelle et du spectacle vivant ou encore histoire de l’art seront sollicitées pour mener à bien ce projet, qui offrira un large accès à des collections exceptionnelles dans le domaine de l’art lyrique et du spectacle vivant. Retenu pour son excellence et lauréat à ce titre d’un financement dédié de l’AMU, AixOPERA couvrira trois axes de recherche en partenariat avec le Festival et la Ville d’Aix-en-Provence :
• inventorier et numériser les collections liées au Festival : archives audiovisuelles, décors et costumes, etc.
• construire une base de données accessible aux chercheurs, aux professionnels de l’opéra ainsi qu’au grand public ;
• créer des outils de médiation culturelle à partir de ces archives : balades sonores, webdocumentaires, etc.
Le programme fédère plusieurs institutions aux côtés d’AMU et du Festival : la direction de la lecture publique, du patrimoine écrit et des archives de la Ville d’Aix-en-Provence (archives municipales), la direction des musées et du patrimoine culturel de la Ville d’Aix-en-Provence (musée des Tapisseries et musée Granet), plusieurs laboratoires de recherche de l’ENS de Lyon et de l’EPHE, ainsi que le Centre national du costume et de la scène (CNCS) et la Cité de la musiquePhilharmonie de Paris. AixOPERA offre ainsi une double perspective enthousiasmante : la constitution d’un outil documentaire de référence, couvrant plus de 75 ans de patrimoine de la scène lyrique – de 1948 à aujourd’hui ; et le partage par tous de cet héritage artistique d’exception, œuvrant ainsi pour le rayonnement du territoire aixois et à l’enrichissement de son histoire.

