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AIX EN PROVENCE : Madama Butterfly au Festival d’Aix-en-Provence

De ce monde qui nous stupéfie chaque jour davantage, l’opéra ne nous divertit pas plus qu’il ne l’imite platement.

Il le raccorde aux temps immémoriaux et aux passions premières, dont il livre le spectacle brûlant avec ses moyens inimitables. L’Atride Iphigénie passant de victime à bourreau, l’élu Samson que sa force isole jusqu’au carnage, Butterfly vulnérable et obstinée à en mourir : l’édition 2024 est peuplée de ces destinées exemplairement ambivalentes. La violence, la folie, la destruction se déchaînent ; mais la fidélité, la volonté, la lutte pour la justice et l’émancipation leur font face. Voici l’humaine fragilité, résistant à sa propre barbarie à travers le plus sublime et pathétique des langages. Chaque édition du Festival possède une identité propre.

Deux dominantes donnent à celle-ci sa tonalité : française, elle fait entendre sa prosodie raffinée du Samson d’après Rameau au Pelléas et Mélisande de Debussy en passant par les Iphigénie de Gluck ; baroque, elle tend son arc chatoyant d’Il ritorno d’Ulisse in patria de Monteverdi à La clemenza di Tito de Mozart – s’enlaçant ainsi autour de la trinité qui domine l’opéra du XVIII e siècle et jette les bases de la modernité : Rameau, Gluck et Mozart. Elle célèbre également Puccini, dont on fête le centenaire de la disparition ; et le théâtre musical, avec un fascinant diptyque formé de Eight Songs for a Mad King de Peter Maxwell Davies et des Kafka-Fragmente de György Kurtág, mais aussi The Great Yes, The Great No, création du génial William Kentridge présentée à LUMA Arles.

MADAMA BUTTERFLY

Pour commémorer le centenaire de la mort de Giacomo Puccini (1858-1924), le Festival d’Aix-en-Provence accueille pour la deuxième fois l’une de ses œuvres au Théâtre de l’Archevêché : après Tosca en 2019, c’est au tour de Madama Butterfly.

REGARDER LE JAPON

Madama Butterfly (1904) se déroule dans le Japon du tournant du siècle. Comme le public de l’époque, Puccini et ses librettistes, et avant eux l’Américain David Belasco avec sa pièce Madame Butterfly (1900), étaient fascinés par les images qui parvenaient de ce pays lointain, dévoilant des costumes et coutumes si « exotiques ». Pourtant, aucun d’entre eux ne s’est rendu physiquement au Pays du soleil levant : Puccini, Illica et Giacosa ont nourri leur imaginaire de photographies résultant de reconstitutions en studio de scènes prétendument « réelles ». Le Japon comme décor de Madame Butterfly est donc un mélange de fidélité à des sources visuelles sujettes à caution et de réinvention personnelle. Loin d’être une représentation du vrai – ce « vrai » que le vérisme souvent prêté à Puccini cherchait à atteindre –, Madama Butterfly déploie de fait un fantasme occidental – jusque dans sa musique, dont les éléments japonisants sont profondément stylisés. L’opéra de Puccini s’offre ainsi comme un regard posé sur le Japon, et un sublime artifice.

REGARDER BUTTERFLY

De retour au Festival après une mémorable Salomé en 2022, Andrea Breth aura à cœur de concilier émotion et mise à distance en relevant ce double défi : dessiner le portrait et le parcours d’une jeune femme victime du désir masculin, tout en l’enchâssant dans un imaginaire visuel hérité de ce regard originel et assumant l’idée d’artifice. Le cadre dans lequel se déroule l’intrigue – la maison japonaise pareille à une petite boîte magique, avec ses espaces enchâssés, ses parois coulissantes, ses matières translucides – est d’ailleurs propice à cela. Déjouant l’idée de reconstitution, la scénographie de Raimund Orfeo Voigt jouera sur les jeux d’ombres et de lumières, et recourra à une série de photographies d’époque aux couleurs délavées, insérées dans le décor comme arrière-plans changeants de l’action.

UNE DISTRIBUTION HAUTEMENT PUCCINIENNE

Déjà à l’œuvre pour Tosca en 2019, l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Lyon seront de retour, ainsi que leur directeur musical Daniele Rustioni. Dans le rôle-titre, rien moins que l’une des plus grandes pucciniennes de sa génération : l’Albanaise Ermonela Jaho. Outre ses interprétations de Liù (Turandot), Mimì (La Bohème), Angelica (Suor Angelica), Magda (La rondine) ou Anna (Le villi), sa Butterfly a conquis les plus grandes scènes, de New York à Paris en passant par Londres ou Orange. Son rôle-signature sera aussi celui de ses débuts au Festival. La soprano sera notamment entourée du ténor britannique Adam Smith (Pinkerton), de la mezzo-soprano japonaise Mihoko Fujimura (Suzuki) et du baryton belge Lionel Lhote (Sharpless).